Chronologie : Situation de la Psychanalyse dans le Monde, du temps de la vie de Freud
Olivier Douville 1874-1876
Freud suit le cours facultatif de philosophie - lectures de textes, Aristote -, donné par Brentano aux étudiants en médecine de Vienne.
1879
Freud interrompt ses études de médecine car il est appelé comme « élève médecin militaire » à l’hôpital de la garnison militaire impériale. Durant cette année de service militaire, il traduit quatre essais de John Stuart Mill.
1880-1882
Séjour chez Brucke. Freud y est présenté à Josef Breuer (1880), qui lui racontera déjà l’histoire d’Anna O, traitée dans cette période. En la laissant parler de ses « hallucinations », le plus souvent d’elle-même, parfois à son invite plus ou moins insistante, le médecin obtenait un apaisement temporaire de l’état morbide. Un jour même, il s’aperçut que l’évocation de l’origine événementielle d’un symptôme s’était accompagnée de la disparition de celui-ci. Breuer faisait alterner des séances de parole libre sans hypnose (le soir) avec des séances d’ « hypnose artificielle » (le matin). Avec de telles séances de libre parole, véritable « ramonage de cheminée » (chimney sweeping), le procédé technique de la psychanalyse était en fait déjà forgé, bien qu’éludant encore de façon prudente la question d’une étiologie d’origine sexuelle, que la perspective trop physiologique et d’ailleurs plutôt puritaine de Breuer refusera toujours plus ou moins d’admettre entièrement. Freud, à qui Breuer rapporte ce cas, fin 1882, en est intellectuellement impressionné. Il le rapportera plus tard à Charcot au cours de son séjour à Paris (1885-1886), lequel ne s’y intéressera pas.
1882
Freud, faute de ressources matérielles, ne continue pas sa carrière de chercheur, il entre à l’hôpital général de Vienne dans le service du professeur de médecine interne Hermann Nothnagel. Breuer l’entretient du cas Anna O .
France : Création à Paris de la Chaire de la clinique des maladies nerveuses, Charcot en est titulaire. La neurologie prend le rang d’une discipline à part entière.
1883
Freud devient l’assistant de Theodore Meynert, professeur de psychiatrie à qui vienne doit la création en 1870 de la première clinique psychiatrique, et opte pour une spécialisation en neurologie.
1885
Freud qui fut en 1881 docteur en médecine à l’Université de Vienne y est promu Privat-dozent (sorte de chargé de cours) en neuropathologie (Neuropathologie).
Peu après un remplacement dans la très prestigieuse institution pour maldes mentaux d’Oberdöbling, dirigée par le célèbre psychiatre Maximilian Leidesdorf, Freud forme l’idée que le milieu de la médecine viennoise est trop limité à une perspective physiologique (anatomophysiologique) : « Le grand nom de Charcot brillait au loin ».
Hiver 1885-1886
Freud obtient une bourse de l’Université de Vienne pour faire un voyage d’étude. Il choisit Paris, et détruit tous ses manuscrits. A Paris, il loge dans une « jolie chambre » au rez-de-chaussée du petit hôtle Royer-Collard, près du Panthéon
Au cours du séjour parisien à la Salpêtrière Freud s’est déjà décidé à dépasser la perspective stricte de la neuropathologie vers celle de la psychopathologie, ouverte et fondée sur la psychologie.
1886
De retour à Vienne, Freud accepte de diriger le service des enfants atteints de maladies nerveuses à l’Institut Kassowitz, le premier hôpital pour enfants malades fondé à Vienne e 1882 par l’empereur Joseph II, à la suite d’un accroissement singulier de la mortalité infantile. Max Kassowitz s’est rendu célèbre comme biologiste en critiquant certains aspects de la pensée de Darwin ; on retrouve certaines de ses idées sur la génèse et la désagrégation du protoplasma dans l’ « Au-delà du principe de plaisir » de Freud ;
En octobre, dans le cadre de la Société de Médecine Impériale, Freud, jeune chargé de cours âgé de 30 ans, donne une conférence, à l’Académie des Sciences, sur l’hystérie. Schnitzler, jeune médecin inconnu âge de 25 ans,rapporte dans la prestigieuse Wiener Medizinische Presse cette séance restée fameuse et mal reçue car il pu y être entendu que la paternité de notions déjà connues à Vienne était attribuée à Charcot. De plus, la catégorie clinique de l’ « hystérie virile » est alors très difficilement admise. Après des recherches, Freud revient présenter, en novembre, à l’Académie de Médecine un patient, orfèvre de 29 ans, M. P… dont, dit-il, la maladie qui remonte à un moment où son frère débauché refusant violemment de lui rendre une somme due se jeta sur lui avec un couteau s’est déclenchée lorsqu’une femme l’a accusé de vol. Il lui a semble alors que la partie gauche de sa tête avait reçu un coup en même temps que chutait son acuité visuelle.
Freud installe sa première consultation privée en 1886, en usant d’abord de l’électrothérapie accompagnée d’adjuvants tels que bains et massages, système qu’il prolongera à l’occasion encore jusqu’en 1895.
1887
Arthur Schnitzler donne à l’Internationale Klinishe Rundschau (Revue Clinique Internationale) une recension pleine d’enthousiasme de la traduction des leçons de Charcot par Freud.
1888
Peu encouragé d’abord par la réticence de Charcot à user de l’hypnose comme procédé thérapique, il l’adopte entre décembre 1887 et juin 1889, sous forme de la procédure de la suggestion suppressive sous hypnose. Il appellera parfois cette technique procédé cathartique de Breuer, expression problématique qui s’identifie aussi avec la pratique de la libre parole, à partir du cas d’Emmy von N… en 1889, Breuer ayant recouru jadis à ces deux procédures différentes dans la cas d’Anna O.
Après en en avoir vu la démonstration à Paris par Charcot, et même quelques fois jadis à Vienne par les magnétiseurs Hansen et Benedikt, il ne l’avait jusqu’alors utilisée que rarement dans sa propre pratique médicale, au cours d’un séjour dans la clinique privée d’Obersteiner (1885).
Freud publie la traduction du livre de Bernheim De la suggestion et des applications à la thérapeutique. Il emploie, pour la première fois, une méthode inspirée de Breuer à la thérapie de Emmy von N. (Fanny Moser).
1889
Freud voyage à nouveau en France, à Nancy où il se rend auprès de Bernheim et de Liébault, puis à Paris où il assiste au premier Congrès d’hypnotisme.
1891
Parution de Contribution à la conception des aphasies, ouvrage dédié à Breuer où est critiquée la théorie des localisations.
Freud et sa famille -il est père de trois enfants- s’installent dans le 9° arrondissement de Vienne, au n° 19 de la Bergasse, adresse destinée à devenir mondialement réputée. Freud reprend l’appartement du Dr. Victor Adler, chef du parti social-démocrate autrichien qui y avait installé son cabinet médical. Freud dans les premières années de son installation pratique la méthode cathartique. Pendant le demi-siècle passé à la Bergasse, Freud reçut près d’un millier de patients.
1892
Conférences tenues par Freud devant le Club médical de Vienne le 27 avril et le 4 mai.
Une patiente de Freud (Elisabeth von R.) « invente » la méthode des associations libres.
Au moment de sa mort, Theodor Meynert, maître et chef de clinique de Fredu fait à son ancien élève la confidence suivante : « Vous savez bien, Fredu, que j’ai toujours été un des plus beaux cas d’hystérie masculine ».
Allemagne : Felix Gattel prend contact avec Freud. Il reste dans l’histoire de la psychanalyse comme son premier élève. Il séjourne à Vienne pour étudier chez Freud de mai à octobre 1897 et publiera “Mise en question de l’hypothèse d’une étiologie sexuelle de la neurasthénie et de la névrose d’angoisse” (1898).
1893
La biographie de Freud apparaît dans un « Who's Who » viennois.
Espagne : la Revista de Ciencias Medicas de Barcelone et la Gazeta médica de Grenade publient “Le mécanisme psychique des phénomènes hystériques” de Breuer et Freud. C’est la toute première traduction publiée au monde d’une œuvre de Freud.
France : Janet soutient sa thèse sous la direction de Charcot : Contribution à l’étude des accidents mentaux des hystériques, il cite d’abondance l’article paru début 1893 et qui deviendra la “Communication préliminaire” des Etudes sur l’hystérie (1895).
Grande Bretagne : Frederic. W. H. Myers a introduit le premier les idées de Freud et Breuer sur l'hystérie en Grande-Bretagne dans un article intitulé “The mechanism of hysteria”, publié dans les Proceedings of the Society for Psychical Research, 1893, 9 : 12-15.
1894
Allemagne : Hermann Oppenheim, spécialiste des névroses traumatiques et partisan de la thèse psychogénique, cite Freud.
États-Unis : William James résume la version préliminaire du travail de Freud et de Breuer sur l’hystérie pour le premier numéro de la Psychological Review.
France : Gilbert Ballet, futur créateur de la PHC, a également cité les travaux de Freud et Breuer dans sa communication au Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de 1894 dans son rapport intitulé “L'hystérie et la folie”.
États-Unis : Le psychologue et philosophe William James fait un résumé de la “Communication préliminaire” de Freud et Breuer dans la Psychological review.
1895
Publication, en collaboration avec Breuer des Etudes sur l’Hystérie. Breuer qui possède un des cabinets de médecine les plus prestigieux de le ville de Vienne a pour patients la plupart des grands médecins viennois dont Sigmund Exner, Ernst von Fleish et Ernst Wilhem Brücke. Homme de grande culture et voyageur émérite il compte aussi le musicien Johannes Brahms au nombre de ses patients et noue des relations amicales avec Arthur Schnitzler et Hugo Wolf. Philanthrope, il distribue gratuitement des soins aux pauvres. Les Etudes … sont saluées dans la Morgenpresse (Journal du Matin) par un dhytirambe du futur directeur du Théâtre de la ville, Alfred von Berger, qui souligne à quel point le temps est selon lui venu pour la science de se pencher sur un domaine « où les poètes étaient ceux qui avaient le plus et le mieux exprimé les secrets de l’âme humaine ».
États-Unis : Robert Edes, dans son ouvrage The New England Invalid, fait quelques allusions au travail de Freud. C’est par ce biais et par les textes de W. James, que Stanley Hall prend connaissance de l’existence des premiers écrits de Freud.
Putnam fait mention des cures des hystériques menées par « Janet et Breuer et Freund » (sic).
1895-1896
France : premières recensions des articles neurologiques de Freud : “Les neuropsychoses de rejet”, par Paul Kéraval (Archives de neurologie) ; “Obsessions et phobies, leur mécanisme physique (sic) et leur étiologie”, “L’hérédité et l’étiologie des névroses” par un des plus besogneux des élèves de Charcot, Edouard Brissaud (Archives de neurologie). Dans la Revue de neurologie, Raichline fait un compte-rendu important sur la conception freudienne de la neurasthénie et de la névrose d’angoisse. À Nancy, René Hartmann soutient sa thèse Contribution à l’étude des affections spasmo-paralytiques infantile où il cite l’article de Freud (paru en 1893) relatant le cas de deux enfants, fils de consanguins, atteints de rigidité paraplégique. En 1896, dix ans après avoir quitté Paris, Freud publie un article rédigé en français dans la déjà réputée Revue Neurologique. Il s’agit de “L’hérédité et l’étiologie des névroses”, texte dans lequel apparaît pour la première fois le terme de psycho-analyse. Cette même année ce texte sera publié en allemand dans le n° 10 du Neurologisches Zentralblat (Journal Central de Nerologie).
Allemagne : Bleuler rend compte de façon élogieuse des Études sur l’hystérie (1895, Breuer et Freud), dans la Münchener Medizinische Wochenschrift (Hebdomadaire Médical de Munich)
Freud, pour la première fois, use du mot « psychoanalyse »» dans un texte rédigé en français “L’hérédité et l’étiologie des névroses”, publié dans la Revue neurologique, IV, 6. « Les idées ici exposées, ayant pour point de départ le résultat de la psychoanalyse, qu’on trouve toujours comme cause spécifique de l’hystérie un souvenir d’expérience sexuelle précoce, ne s’accordent pas avec la théorie psychologique de la névrose de M. Janet, ni avec une autre, mais elles s’harmonisent parfaitement avec les propres convictions… »
Ce terme réapparaît deux mois plus tard, cette fois en allemand (Psychoanalysis) dans les “Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense”, puis à nouveau en 1898, dans “La sexualité dans l’étiologie des névroses”, où il est question de la procédure « psychanalytique », en même temps que de « psychologie des névroses ».
Dans une lettre à Fliess (datée du 6 décembre), Freud il décrit un appareil psychique avec ses trois plans, inconscient, préconscient, conscient.
Rupture avec Breuer.
Mort du père de Freud (23 octobre) et début de la passion de ce dernier pour les antiquités.
1897
Freud, dans sa correspondance avec Fliess, propose la première interprétation de la pièce de Sophocle, Œdipe roi (lettre du 15 octobre).
Allemagne : Congrès international de psychologie à Munich, T. Lipps déclare que le problème de l’inconscient est le problème de la psychologie.
1898
France : Paul Hartenberg, défenseur de la thérapie par suggestion, dans la ligne de Bernheim, et adversaire de la psychologie expérimentale, fait paraître dans sa Revue de Psychologie Clinique et Thérapeutique une revue critique sur la sexualité dans l’étiologie des névroses.
1899
Publication de la Traumdeutung datée par l’éditeur de 1900.
Brésil : à L’Ecole de médecine de Salvador de Bahia, Juliano Moreira, disciple de E. Kraepelin et membre des sociétés de Medecine, de Rio et de Paris, commente pour la première fois au Brésil les idées de Freud.
États-Unis : Stanley Hall et le corps enseignant de la Clark University organisent une semaine de conférences internationales publiques pour les dix ans de l’Université. Santiago Ramon Y Casal (professeur d’histologie à Madrid) et August Forel (directeur de l’Hôpital du Burghölzli) y participent.
1900
France : René Morichau-Beauchant, qui jouera un grand rôle dans la diffusion de la psychanalyse en France, prend connaissance de la Traumdeutung.
1901
États-Unis : Stanley Hall cite les travaux de Freud devant ses étudiants.
Suisse : Bleuler, extrêmement impressionné par L’Interprétation des rêves, invite Jung au Burghölzi à donner une conférence sur cet ouvrage. Ce fut Bleuler, et non Jung, qui introduisit la psychanalyse au Burghölzi et qui a recruté une équipe de collaborateurs ouverte à la psychiatrie dynamique.
1902
Freud est nommé Professeur extraordinaire (premier grade universitaire, c’est-à-dire professeur sans chaire). Le décret est signé de l’empereur François-Joseph, le 5 mars. Il deviendra Professeur en titre en 1920, à un âge où il ne donnait plus aucun cours. Après sa nomination Freud écrit à Wilhem Fliess : « Les félicitations et les fleurs pleuvent de toutes parts, comme si le rôle de la sexualité avait soudain été reconnu officiellement par Sa Majesté, l’importance du rêve confirmé par le Conseil des ministres et la nécessité d’une thérapie psychanalytique pour l’hystérie adoptée au Parlement avec une majorité des 2/3 ».
Octobre : création à Vienne de la Psychologische Mittwoch Gesellschaft (Société psychologique du mercredi) à l’initiative de Stekel. Première société psychanalytique au monde, elle réunit notamment : Rudolf Rietler (1865-1917) qui fut selon E. Jones le premier à pratiquer la psychanalyse après S. Freud ; Max Kahane, Ludwig Jekels (1861-1954) ; Wilhelm Stekel (1868-1940) ; Hugo Heller (1870-1923), éditeur ; Alfred Adler (1870-1937) ; Paul Federn (1871-1950) ; Eduard Hitschmann (1871-1957) ; Max Graf (1875-1958), musicologue ; Hanns Sachs (1881-1947) ; Otto Rank (1884-1939), ouvrier métallurgiste, initié à la psychanalyse par le médecin de sa famille ; A. Adler (1870-1937). W. Stekel qui, selon Jones, fut à l’initiative de ces réunions, en relatait les discussions chaque semaine dans l’édition du dimanche du Neues Wiener Tagblatt (Nouveau Quotidien Viennois).
France : dans une conférence donnée à l’Institut Général de Psychologie, Bergson fait référence à la Traumdeutung et cite, au côté de Robert et Delage, le nom de Freud. On mentionne brièvement Freud lors du Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de Grenoble. Paul Hartenberg, publie La névrose d’angoisse, (recueil d’articles publiés l’année précédente dans la Revue de Médecine, ouvrage dans lequel il expose la conception freudienne tout en critiquant son étiologie purement sexuelle.
Japon : l’écrivain Ogaï Moro, médecin de formation, et dont un des plus fameux roman a pour titre Vita Sexualis, fait mention de la théorie freudienne de la sexualité dans un article de médecine
Suisse : dans le livre que Jung publie en 1902 sur les phénomènes occultes, se trouve déjà une première référence à L’interprétation des rêves.
1903
Federn commence à pratiquer la psychanalyse.
Japon : Sasaki écrit une série d’article dans une revue de philosophie à propos du psychologue zurichois G.W. Störring où est évoqué le cas d’Elizsabeth von R. dans les Etudes sur l’hystérie.
Suisse : Théodore Flournoy rédige une note pour les Archives de psychologie, sur L'interprétation des rêves, première recension en français de ce livre.
1904
Argentine : José Ingenerios, psychiatre et criminologue, publie un article où est mentionné le nom de Freud.
États-Unis : Stanley Hall coordonne un ouvrage en deux volumes (1373 pages), Adolescence. Ce recueil de textes américains et européens, mêle sexologie, neurologie, psychologie de l’enfant et psychiatrie. S’y invente la notion moderne d’adolescence. Hall se réfère à de nombreuses reprises à l’étude des traumas selon Freud. Tout comme Janet il situe l’évolution critique de la personnalité dans la puberté. Première invitation de Janet à faire des conférences à l’institut Lowell de Boston.
Russie : une des premières traductions d’un texte de S. Freud, Über den Traum (1901) paraît dans le numéro cinq du supplément du Courrier de Psychologie, d’Anthropologie légale et d’Hypnotisme aux éditions Brokhaus/Efron Encyclopédie.
Suisse : Freud apprend par Eugen Bleuler, qui débute une correspondance avec lui, que la psychanalyse est appliquée à la clinique du Burghölzli par C. G. Jung. Karl Abraham arrive au Burghölzi en décembre.
1905
Publication du Mot d’esprit et sa relation à l’inconscient.
Printemps, Otto Rank âgé de 21 ans remet à Freud le manuscrit d'un petit livre qui s'intitule L'artiste. Tentative audacieuse d'application de la démarche psychanalytique à des faits d'ordre culturel.
Inde : The Psychological Bulletin évoque l’existence de la psychanalyse.
Norvège : R. Vogt (Christiania) rend justice à la psychanalyse dans son ouvrage de psychiatrie Psykiatriens Grundtraek, tenu par Freud comme le premier ouvrage de psychiatrie à parler de psychanalyse.
Pays-Bas : August Starke pratique la psychanalyse en privé.
1906
Année de la rupture définitive avec Fliess qui rédige le pamphlet Pour ma propre cause dans lequel il accuse Freud de vol d'idées. Freud tente de créer chez la jeune maison d'édition Deuticke une collection qui reprend ses articles après leur parution régionale en les regroupant et les rendant disponibles sur le marché du livre. Il confie aussi les quatre tomes de ses traductions des ouvrages de Bernheim et de Charcot. Mais il pousse aussi H. Heller à publier une nouvelle collection, les Schriften zür angewandten Seelenkunde (Écrits de psychologie appliquée). Il s'agissait de présenter au public « l'application des découvertes psychologiques à des thèmes de l'art et de la littérature, ainsi que de l'histoire de la civilisation et de la religion ». Freud se présente comme directeur de cette publication et inaugure la série par Gradiva (1907). La collection sera reprise par Deuticke. On y trouve publiés des travaux de Freud (n° 1 et 7), Rilkin, Jung, Abraham (n° 4 et 11), Sadger, Pfister, M. Graf, Jones (n° 10 et 14), Sorfer, Sadger (n° 16 et 18), Keilholz (n° 17) et von Hug-Hellmuth. Aux soirée du mercredi, Rank présente d'importants extraits d'un ouvrage volumineux à paraître sur le thème de l'inceste dans la littérature.
Freud prend connaissance des « mémoires » du Président Schreber.
Début de la correspondance avec Jung.
Juin, Freud, à l’invitation du professeur de droit Löffler, participe à un séminaire où les étudiants se familiarisent avec une nouvelle méthode d’enquête, en la soumettant à l’épreuve des procès simulés. Löffler et ses étudiants espèrent que les témoignages dans les procès puissent être recueillis selon une méthode « scientifique » qui emprunterait son modèle à la psychanalyse et à la psychothérapie.
États-Unis : des groupes d’étude centrés sur la psychothérapie se forment à Boston et à Cambridge. La même année Morton Prince qui s’était initié aux thérapeutiques hypnotiques à Nancy, aux côtés de Freud, crée le Journal of Abnormal Psychology (Revue e Psychopathologie) publié à la fois aux États-Unis (Boston) et en Grande-Bretagne, où sont exposées et discutées les thèses freudiennes, surtout celles portant sur le rêve. Janet donne un cycle de conférences pour la seconde fois dans ce pays. Il prononce les conférences inaugurales des locaux de l’école de médecine de Havard en octobre et en novembre et publie “La dissociation d’une personnalité” première étude exhaustive d’une « personnalité multiple », Miss Beauchamp. (Après le cas Felida X. de E. Azam, France, 1887, mais qui, pour cause, n’use pas du vocabulaire d’allure psychanalytique propre à M. Prince). M. Prince « fait le tri » au sein des théories freudiennes, il n’accepte pas la théorie de la sexualité et énonce que la méthode freudienne ne peut être acceptée qu’après vérification par l’hypnose.
Grande-Bretagne : dans cette même revue, James Jackson Putnam (États-Unis) publie le premier article en langue anglaise exclusivement consacré à la psychanalyse.
1907
Publication du Délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen.
Janvier : rencontre de Freud et de Max Eitingon. Ce dernier, « sous-assistant » à la clinique du Burghölzli, est le premier étranger qui prend place aux réunions du mercredi les deux semaines qu’il séjourne à Vienne. Lors de longues promenades au jour tombant, dans la ville, Freud entreprend la psychanalyse d’Eitington. Première analyse « didactique » dont l’objectif est de mener l’analysant à devenir psychanalyste.
Février, le 22 : Freud annonce à son petit groupe que le docteur Bresler, rédacteur en chef de la Psychiatrisches Neurologisches Wochenschrift (Revue Hebdomadaire de Psychiatrie et de Neurologie) lui demande de devenir co-rédacteur d'une nouvelle revue qu'il allait créer sous le nom de Zeitschrift für Religionspsychologie (Journal de Psychologie des Religions). Freud accepte et collabore au premier numéro en publiant le premier de tous les articles qu'il devait consacrer à la religion (“Zwangshandlungen und Religionsübungen” [“Actions compulsionnelles et exercices religieux”], G.W., VII p. 129).
Mars : Freud rencontre Jung, le 3. Jung et Binswanger assistent à la réunion hebdomadaire du groupe viennois. Otto Gross de Graz publie un article favorable aux travaux de Freud, suivi en 1907 par un « livre original où il reconnaît l'exactitude des théories freudiennes de la libido, du refoulement, du symbolisme, etc. ».
Allemagne : autour de Binswanger, des psychiatres se familiarisent avec la méthode cathartique. Smith Elly Jelliffe, qui sera, pour beaucoup, dans le succès de la psychanalyse aux USA, suit les cours de psychiatrie d’E. Kraepelin. Il y fait la rencontre de Dubois et de Jung qui éveillent sa curiosité à la psychanalyse. L’année suivante il sera à Paris où il suivra les enseignements de Janet, de Dejérine et de Babinsky.
Etats-Unis : dans le Journal of abnormal psychology, que Morton Prince vient de fonder, paraît un symposium sur le « subconscient » regroupant des contributions de Mûnstenberg, Janet, Ribot et Jastrow
Pays-Bas : septembre, 1° congrès international de psychiatrie, de neurologie et d’assistance aux aliénés. Janet et Jung y participent. Albert Willemn Van Renterghem consacre son exposé à la psychothérapie, il fait mention des idées de Freud.
Suisse : C. G. Jung crée à Zurich la Société Freud : Bleuler (président), Binswanger, Franz Riklin, Édouard Claparède, Alphonse Maeder… Les membres se réunissent à l’hôpital du Burghölzli ; elle sera dissoute en 1913. Selon K. Abraham, l’Association freudienne de Zurich a tenu sa première réunion vers le milieu de l’année et prend pour nom Gesellschaft für Freudsche Forschung (Association pour la recherche freudienne). Les médecins du Burghölzi entreprirent d’analyser réciproquement leurs rêves.
1908
2 février : Sandor Ferenczi, médecin hongrois, rend visite à Freud, qui éprouve aussitôt pour lui une vive sympathie et l'invitera à passer pendant l'été deux semaines à Berchtesgaden où il est en vacances avec sa famille.
25 avril : Le suisse Oskar Pfister, psychanalyste et pasteur protestant, rend visite à Freud.
26 avril : Congrès international restreint de psychanalyse à Salzbourg, le premier d’une longue série, sous le nom de Rencontre des psychologues freudiens. 42 membres de six pays participent à cette réunion : Autriche, Allemagne, Hongrie, Suisse, Angleterre et États-Unis. Il y eut neuf communications dont 4 autrichiennes, 2 suisses, 1 anglaise, 1 allemande et 1 hongroise. Freud présente ses “Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle” et parle pendant plusieurs heures. Jung fait une communication sur la démence précoce. Seule communication de tour anthropologique, celle de F. Riklin, qui parle de “Quelques problèmes posés par l’interprétation du mythe”. L’un des résultats fut la fondation en 1909 de la première revue de psychanalyse, le Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen (Annales de recherches psychanalytiques et psychopathologiques), avec Bleuler et Freud comme directeurs et Jung comme rédacteur en chef. Freud inaugure cette revue avec la publication du cas « Hans ». Les autres contributions émanent toutes de l’école de Zurich : A. Maeder, “Sexualité et épilepsie” ; Jung, “La signification du père pour le destin de l’individu”, Binswanger, “Essai d’une analyse d’hystérie”. En 1913, Freud luttera pour reprendre à Jung le contrôle de la revue.
6 mai : K. Abraham, A. Brill et E. Jones viennent rendre visite à Freud. Brill, avant de repartir pour New York, obtient l’autorisation de traduire en anglais les œuvres du maître ; ses talents de traducteur sont limités par sa piètre maîtrise de l’allemand et de l’anglais, ce qui inquiète Jones.
Septembre : la Société psychologique du mercredi regroupe 32 membres et devient la Wiener Psychoanalytische Vereinigung (WPV, Union viennoise de psychanalyse).
Freud séjourne quatre jours au Burghölzli à Zurich et y aborde les problèmes de la psychose.
Allemagne. Août : K. Abraham fonde la société psychanalytique de Berlin. La première réunion a lieu le 27 en présence de Magnus Hirschfeld (sexologue), Iwan Bloch (sexologue exerçant à Berlin), Heinrich Köerber (convaincu de la justesse des thèses darwiniennes de Häckel) , Otto Juliusburger (psychiatre intéressé aux idées de Freud. Avant l’arrivée d’Abraham, il avait fait un an plus tôt une communication tenue pour favorable aux idées psychanalytiques : “Beitrag zu der Lehre von der Psychoanalyse”, Sitzungsbericht des Psychiatrischen Vereins [Berlin] - Contribution à l’étude de la psychanalyse, compte rendu de séance de l’Union Psychiatrique, 14 décembre 1907).
Canada : La clinique de neurologie de Toronto applique la psychanalyse sous la responsabilité de son fondateur, Donald Campbell Meyers, formé en Europe. L’innovation de Meyers fut sévèrement combattue par le psychiatre E. Ryan. Au point que le gouvernement convoque une réunion sur la psychiatrie européenne. Charles Kurk Clarke visiter à cette occasion la clinique de Kraepelin. Il permettra à Jones de s’établir au Toronto Lunatic Asylum comme neuropathologue. Il y restera jusqu’en 1913.
États-Unis : le forum de l’Association neurologique de New-York sur les méthodes psychothérapeutiques entreprend une communication favorable à « la méthode cathartique de Freud ». Jones qui avait quitté Londres pour enseigner à l’Université de Toronto, est invité par Prince à Boston pour parler de psychanalyse devant des médecins et des psychologues concernés par la psychothérapie, il parle devant Münsterberg, Taylor, Coriat.
France : A. Binet contacte C.G. Jung pour un article de présentation sur L’Analyse des rêves. Jung écrit à Freud : « J’ai déjà fabriqué une petite chose pour Binet, ce n’est naturellement que de l’orientation superficielle, mais écrit de telle façon qu’un français aussi puisse comprendre, pour autant qu’il le veuille. Malheureusement, seuls les psychologues auront la chose entre les mains, elle sera donc sous mauvaise garde… ».
Russie : le psychiatre Ossipov, assistant à la clinique psychiatrique de l’Université de Moscou, publie dans le Journal de neuropathologie et de psychiatrie “Les vues psychologiques de S. Freud”, une recension sur les conceptions freudiennes à travers la littérature allemande de 1907. En 1908 s’ouvre, sous la direction du même Ossipov, un dispensaire de psychothérapie à la clinique psychiatrique de l’Université de Moscou. Avec deux autres psychiatres, Dlovlmja et Asariani, il reçoit deux fois par semaine des patients en consultation externe, et fait parfois des consultations publiques devant un parterre de médecins et d’étudiants en médecine. En 1909, se joignent à eux trois jeunes psychiatres, Rosenstein, Derjabine et Podjpolski. Ce premier centre de traitements « psychanalytiques » fonctionnera jusqu’en 1911.
Suisse : Charles Ladame publie dans l’Encéphale “L’association des idées et son utilisation comme méthode d’examen dans les maladies mentales”.
1909
Australie : Freud reçoit une lettre de Sydney lui apprenant qu’un petit groupe étudiait avec ferveur ses œuvres
Etats-Unis, septembre : Freud s’y rend aux en compagnie de Jung et de Ferenczi. Ils analysent mutuellement leurs rêves à bord du bateau qui les mène là-bas. La puissance invitante est Granville Stanley Hall (1846-1924), professeur de psychologie et président de la Clark University de Worcester (Massachusetts), qui marque ainsi le 20e anniversaire de cette université. G. Stanley Hall reçut le premier doctorat de psychologie de Harvard (dir. W. James) et créa en 1887 l’American Journal of Psychology. L’anthropologue Boas, formé à la Clark, intervient dans ce cycle de conférences en exposant un travail sur quelques problèmes psychologiques en anthropologie. Jung et Freud y font des communications et y sont faits docteurs honoris causa. Freud y prononce les Cinq leçons sur la psychanalyse. Freud, stigmatisant la vogue des cures mentales d’inspiration religieuse, ose la comparaison entre les thérapeutiques de suggestion et les techniques des medecine-men indiens. Les conférences de Jung traitent des études d’associations diagnostiques et les “Conflits de l’âme enfantine”. Le psychologue japonais, Hikozo Kaki, fait partie de l’auditoire et il sera le premier ambassadeur réellement averti de la psychanalyse au Japon. Freud visite New York avec Ernest Jones et avec Abraham Arden Brill, qui les accueille à leur arrivée le 27, et les guide dans New York. Il se lie d’amitié avec James Jackson Putnam (1846-1918), professeur de neurologie à l’Université de Harvard. Putnam écrira à Freud : « Votre visite a eu sur moi un profond retentissement ; je travaille et je lis vos écrits avec un intérêt toujours plus marqué. » Putnam annonce à Freud que la débat sur la formation sexuelle des enfants est vif à Boston.
Première traduction américaine d’une œuvre de Freud.
Pour mieux situer le voyage de Freud aux Etats-Unis, nous rajoutons deux témoignages qui peuvent ne pas être strictement contemporains de ce séjour. D’une part ce que Roland W. Clark relate d’une conversation avec l’écrivain Max Eastman dans laquelle Freud aurait dit : « Peut-être que vous êtes behavioriste. Selon votre Watson, même la conscience n’existe pas. Mais c’est tout bonnement stupide. C’est absurde. La conscience existe de toute évidence et partout –sauf peut-être en Amérique ». D’autre part l’anecdote relatée par Fritz Wittels d’un homme qui suggère à Freud de rejoindre les psychologues de la mesure et la psychologie dite scientifique. Pourquoi ajoute-t-il ne pas mesurer la libido comme on le fait de l’électricité qui s’exprime en ohms, puis en ampères et en volts ? et pourquoi ne pas nommer l’unité de mesure « un Freud » en l’honneur du découvreur. Freud mime le plus vif intérêt, complimente l’inventeur pour son idée et termine ainsi sa réponse : « Je ne comprends pas assez de physique pour donner un jugement fiable en la matière. Mais si vous me permettez de vous demander une faveur, n’appelez pas votre unité par mon nom…J’espère mourir avec une libido non mesurée ».
France : Dans L’Année psychologique, Binet publie un article de Jung sur les rêves.
1910
Le deuxième Congrès International de Psychanalyse a lieu les 30 et 31 mars à Nuremberg, organisé par C. G. Jung qui sera absent (nouveau voyage en Amérique). Freud, qui y fait une communication “Sur les perspectives d’avenir de la thérapeutique analytique”, est inquiet à cause du voyage en Amérique de Jung. Le 3 avril, il peut cependant écrire à Ferenczi : « Pas de doute qu’il n’ait été extraordinairement réussi […] J’ai l’impression que l’enfance de notre mouvement s’achève avec le Reichstag de Nuremberg. Reste à espérer que la période de jeunesse sera fructueuse et belle. » Sa lettre à Jones du 15 de ce même mois confirme : « Nuremberg a été une réussite ». Le 21 avril, dans une lettre adressée à L. Binswanger, Freud désignera encore ce congrès de façon « ironique » comme le « Reichstag de Nuremberg ». Le congrès eut une conséquence importante : la fondation, à la suite d’une proposition de Ferenczi, de l’Association Internationale de Psychanalyse (International Psychoanalytic Association, IPA), rassemblant les Ostgruppen (groupes de l’Est) de Zurich, Vienne et Berlin, avec Jung pour président (désigné par Freud), Riklin pour secrétaire et Zurich, la ville-domicile du président, pour siège. Les sociétés de psychanalyse existantes deviennent des sections locales de l’Association Internationale, des statuts sont acceptés. Le choix de mettre en place une organisation indépendante ne fut arrêté que peu de semaines avant le congrès. Freud avait pensé auparavant que les psychanalystes pouvaient s’affilier à l’« Ordre international pour l’éthique et la culture », créé par le pharmacien suisse A. Knapp. Jung et Riklin sont nommés rédacteurs de l’organe officiel de l’Association, le Korrespondenzblatt (Le Bulletin) , qui devait paraître chaque mois. Le premier numéro sort en juillet. Freud doit alors faire preuve de diplomatie avec les membres de la Société Psychanalytique de Vienne. Il veut faire de Zurich le centre du mouvement psychanalytique et confier à un non-juif (c’est-à-dire à C. G. Jung) la direction de cette nouvelle association. Divergences, tensions, inquiétudes chez les Viennois fidèles (Hitschman). Freud apaise la Société viennoise. Il nomme Adler à sa place en position de présidence et propose, en partie pour concurrencer le Jahrbuch (Revue annuelle) de Jung, la parution d’une revue mensuelle, le Zentralblatt für Psychoanalyse, Medizinische Monatsschrift für Seelenkunde (Feuille centrale de psychanalyse, Mensuel médical de psychologie), dont Adler et Stekel sont rédacteurs en chef, le directeur de rédaction, Freud et l’éditeur, J. F. Bergmann à Wiesbaden. Deuticke, qui jusqu’alors avait édité Freud, refusa d’assurer la publication du Zentralblatt en prétextant que le concours de Stekel risquait d’enlever à la revue son caractère scientifique.
Été : parution du premier demi-tome du Jahrbuch (Tome 2, 1° cahier ; articles de Abraham, Jung [2 articles], Maeder, Pfister, Assagioli, Neïditch, Freud) octobre, le 21, Société viennoise. À l'assemblée administrative Adler est élu président et Stekel vice-président, Steiner trésorier, Hitschman bibliothécaire et Rank, secrétaire.
Vacances en Hollande où, malgré son habitude de n'accepter aucun rendez-vous professionnel, Freud répond à un appel du compositeur Gustav Mahler qu'il « psychanalyse » pendant un après-midi de promenade à travers la ville. Puis voyage en Sicile en passant par Paris, Rome et Naples, en compagnie de Ferenczi, qui sera pendant de longues années son ami le plus proche et son fidèle compagnon de voyage.
Création de la Société psychanalytique de Vienne. Isidor Sadger se prononce contre l’admission des femmes. Freud qualifie cette position de « grave inconséquence » et il s’y oppose très nettement.
Allemagne : à Hambourg, les médecins allemands adoptent une résolution dans laquelle les sanatoriums pratiquant la méthode du traitement freudien sont à boycotter.. Cette même action offensive contre la psychanalyse se poursuit en octobre 1910. Lors d’un Congrès de neurologie de Berlin, Oppenheim appelle à un boycott des maisons de santé qui pratiquent cette thérapie..
En mars 1910, Karl Abraham met sur pied la Société Berlinoise de Psychanalyse, affiliée à l’Association Internationale, et dont il restera Président jusqu’à sa mort. Grâce à ses efforts, le groupe des psychanalystes allemands prend une importance croissante dans le mouvement ; ce qu’indique le choix des lieux de congrès internationaux Salzbourg en 1909, Nuremberg en 1910, Weimar en 1911, Munich en 1913.
Angleterre : Parution du livre de Frazer, Totémisme et exogamie, lu attentivement par Freud.
Amérique Latine : Brill introduit la psychanalyse à Cuba. Freud reçoit de la Havane la traduction par le Dr. Fernandez d’un essai de lui (Freud à Jung, le 5 juillet). Au congrès international de médecine à Buenos Aires un médecin d’origine chilienne (Germàn Greve Schlegel) se déclare en faveur de l’existence de la sexualité infantile, il expose également les idées de Freud sur la libre association.
États-unis, Putnam publie (Journal of Abnormal Psychology ) une série d'articles sur la visite de S. Freud à Worcester. Granville Stanley Hall consacre lui aussi à la visite de Freud et à la psychanalyse le numéro entier d'avril du American Journal of Psychology, qui contiendra les conférences. Freud écrit à Putnam « pour le prier de prendre la direction de la Section américaine » (Freud à Jones 03/07/10). Jones est élu membre de l'American Neurologic Association. Le 17 mai, Freud à C.G. Jung : « J'ai trouvé ici aujourd'hui une longue lettre de Washington, de Jones, avec des rapports sur les événements excitants dans l'ensemble pleins de succès de l'American Psychopathological Association du 2 mai. Putnam semble avoir de nouveau été très brave, et Jones lui-même rattrape ses ambiguïtés des années précédentes par un zèle infatigable, de l'adresse, et, j'aurais presque dit de l'humilité, cela est très réjouissant. Il tient la fondation d'un groupe local américain pour très difficile pour l'instant, ou pour possible formellement seulement, mais ce sont là des soucis de gouvernement, qui vous incombent ».
En mai, Freud devient membre de l'Association Américaine de Psychologie, fondée le lundi 2 mai et forte de 40 membres. Dans Sur l'histoire du mouvement psychanalytique (1914), Freud notera que « Le fait caractéristique, là-bas, a été que, dès le commencement, des professeurs et directeurs d'asile d'aliénés ont pris part à la psychanalyse dans la même mesure que des praticiens indépendants… ». Le 2 mai, l’Association des psychopathologues américains voit le jour à Boston dans l’optique de réunir des médecins et des psychologues intéressés par la psychologie « anormale ». Prince y développe son admiration pour Freud.
Hongrie : Parution du premier ouvrage en langue hongroise concernant la psychanalyse.
Inde : on trouve à Calcutta une sélection des textes de Freud, dans une traduction anglaise approximative due à Brill.
Italie : R. Assagioli qui a rencontré Jones en 1908 et a suivi à Zurich l’enseignement de Jung, soutient la première thèse sur la psychanalyse. Il n’accepte pas complètement la théorie de la sexualité, reprochant à Freud de ne pas accorder suffisamment d’importances aux instincts non sexuels.
Russie : Ossipov, fondateur de la terminologie psychanalytique russe, rend visite à Freud. En Russie, il fonde la Bibliothèque psychothérapeutique.
Suisse : à Zurich, Bleuler publie sa défense de la psychanalyse, La psychanalyse de Freud, qui ne donne pas satisfaction à Freud. L’Association psychanalytique zurichoise est fondée en 1910, elle est issue de la Gesellschaft… fondée en 1907. Apparemment, les membres fondateurs de cette association ne souhaitaient pas tous rejoindre les rangs de l’Association Psychanalytique Internationale. Selon un rapport de Jung à Freud (17 juin), Binswanger déclarait « n’accepter la présidence que si toutes les séances étaient communes avec les non-membres ». Freud jugeait cette situation « tout à fait intenable » (lettre à Jung du 19 juin). Jung à Freud, le 10 mai : « Je ne pouvais réellement rien faire contre cette décision. Mon autorité n’y a pas suffi. À part Rilkin, tous les autres, Bleuler et environ neuf membres, voulaient faire entériner la décision suivante : pour la période de transition, des conditions spéciales devaient être créées. En même temps s’exprimait l’espoir que ces messieurs allaient réfléchir et accepter. » La nouvelle association compte 19 membres à ses débuts.
1911
Février : Début de la séparation d'avec Adler. Les opinions de ce dernier sont discutées par l'Association Viennoise les 8 et 22 février, après qu'il y eut prononcé des discours le 4 janvier et le 1er février. Après la session du 22 février se tint une séance du Comité au cours de laquelle Adler démissionna de son rôle d'arbitre pour « incompatibilité de sa position scientifique avec son statut dans l'Association ». Stekel, représentant du médiateur, ainsi que d'autres démissionnèrent, par solidarité avec Adler.
Mars à juin : Freud se débarrasse d'Adler. Freud est président du groupe de Vienne. Il écrit à Jung que « derrière la rigueur apparente d'Adler est apparu en réalité un grand morceau de confusion. Qu'un psychanalyste puisse insister tellement sur le moi, je ne m'y serais pas attendu. Le moi ne joue-t-il pas le rôle du stupide Auguste au cirque, qui met son grain de sel partout pour que les spectateurs croient que c'est lui qui dirige tout ce qui se passe ? ». Quant Adler quitte l'association, s'en vont aussi D. Bach, S. von Maday, et le baron F. von Hye. Le nom d'Adler n'apparaît plus dans le numéro suivant du Zentralblatt (Vol I n° 10-11, juillet-août 1911). Le numéro est introduit par la « déclaration » suivante : « Par la présente, je porte à la connaissance des lecteurs de cette revue que je me retire d'aujourd'hui de la rédaction de cette revue. Le directeur de cette revue, Mr. le Pr. Freud a été d'avis qu'il y a entre lui et moi des oppositions scientifiques telles qu'elles rendent inopérantes une rédaction commune de cette revue. Aussi ai-je pris la décision de me retirer de mon plein gré de la rédaction de cette revue ». À partir de ce moment le Dr Stekel reste le seul rédacteur en chef. Fusion du Korrespondenzblatt et du Zentralblatt (le dernier absorbe le premier et est élevé au rôle d'organe officiel de l'internationale psychanalytique).
Suicide d'Honneger. Freud à Jung, le 2 mars : « Je suis frappé de ce qu'en fait nous consommons beaucoup de personnes ». Septembre, 21-22, 3° congrès de l'IPA à Weimar (Pdt. C.G. Jung). L'IPA compte 106 membres. J. Putnam assiste à cette rencontre.Feud y rencontre Lou Andreas-Salomé qui lui fait part de son enthousiasme pour la psychanalyse et de son désir de quitter la Suède pour l’Autriche afin de suivre ses cours et de participer aux réunions du mercredi soir. Freud, fasciné par cette jeune femme accepte de grand cœur.
Novembre : mise en place de la nouvelle revue psychanalytique non-médicale qui en 1912 s'intitulera Imago : « Cette année, écrit Freud le 31 décembre, n'a pas été quand j'y réfléchis excellente dans l'ensemble et pour notre cause. Le congrès de Weimar était beau, et les jours auparavant à Zurich ; j'ai eu à Klobenstein une courte période de productivité très riche de contenu. Le reste était plutôt moindre. Mais il doit y avoir de telles périodes ».
États-Unis : le 9 mai, veille des congrès annuels de l’Association de psychopathologie américaine et de l’Association de neurologie américaine, E. Jones et J. J. Putnam fondent l’American Psychoanalytic Association (APA) à Baltimore, association qui comprend des membres venus du Canada et de toute l’Amérique Freud, appuyé par Jones, souhaitant qu'une section américaine du mouvement analytique soit fondée propose le nom prestigieux de James Jackson Putnam, de Boston, pour la présidence, Jones en étnt le secrétaire. La haute estime qui entoure la nom de Putnam et le pouvoir qui allait lui être conféré furent pour Brill de puissants motifs de jalousiece qui l’amena à former le 12 février, le premier groupe local américain sous le nom de The New York Psychoanalytic Association avec une certaine précipitation trois mois avant l'American Psychoanalytic Association. Brill exclue l’idée que cette association puisse admettre des membres non-médecins, ce contre l’avis de Freud. Cette société est statutairement conçue pour ne réunir que « cinquante médecins engagés en psychanalyse ». Bronislav Onuf, neurologue new-yorkais, qui, depuis 1890, suivait les publications de Freud en est le vice-président. Dix des quinze fondateurs travaillent ou ont travaillé à l’hôpital d’État de Manhattan. Cette situation tendue a perduré jusqu'à ce que le groupe de New-York soit en mesure de prendre le contrôle de l'A.Ps.A.. La société de New York décide de ne pas s’affilier à l’APA et désigne Brill pour la représenter à Weimar, ledit congrès accepta le principe de la double affiliation. L'histoire du groupe de New-York est marquée par les travaux réputés de nombreux auteurs . Dès les débuts, Brill fut entouré de Adolf Meyer, Clarence P. Oberndorf, Adolph Stern, H. W. Frink, Abram Kardiner, Lawrence Kubie, Bertram Lewin et Clara Thompson, pour n'en citer que quelques uns. Horace W. Frink publie dans Americ. Med un article relatif à l’usage des rêves en psychothérapie. Cet esprit brillant en lequel Freud avait mis beaucoup de sa confiance était malheureusement sujet à de gradns épisodes schizophréniques. Il est mort interné dans une institution psychiatrique.
Putnam met en place un poste de psychanalyste pour Emerson au Massachussets General Hospital. Séjournant à Vienne avant de se rendre à Weimar pour le III° Congrès international de psychanalyse, il passe six heures en analyse avec Freud. Putnam témoignera en 1913 et reconnut que « l’investigation psychanalytique… l’a énormément aidé, eu égard à la fois à ses sentiments envers sa fille et à sa tendance à la dépression, sans parler de son attitude générale envers la vie ».
Parution du premier livre américain sur la psychanalyse Mental Mechanism, écrit par W. A. White.
France : Binet, dans son bilan annuel de la psychologie pour l’année 1910, place les recherches en psychanalyse parmi les quatre questions les plus décisives pour la psychologie, dans son ensemble.
Guillaume Appolinaire emploi le terme de psycho-analyse dans ses rubriques du Mercure de France : « La vie anecdotique », renseigné par Cendrars qui revient d’Allemagne.
Inde et Australie : Le 12 mars, Freud à S. Ferenczi : « Dimanche dernier, j’ai eu la visite de notre adhérent en position avancée, Sutherland, de Sagar, en Inde, qui est un homme magnifique, il traduit l’Interprétation des rêves […] Il est soutenu par un plus jeune, Berkeley-Hill, qui fait de la psychanalyse avec les hindous et trouve auprès d’eux confirmation de tout et il veut publier là-dessus. Il y a deux jours, un autre continent s’est annoncé : l’Australie. Le secrétaire du département de neurologie du Congrès australo-asiatique s’abonne au Jahrbuch et me demande un bref rapport sur mes théories, à paraître dans les publications du Congrès, car ces théories sont encore complètement inconnues en Australie. D’Afrique, encore aucun signe de vie ! ». La présentation de Freud paraît dans Transactions of the Ninth Session, Australian Medical Congress, à Sidney sous le titre “On Psycho-analysis”. Berkeley-Hill (1879-1944) est médecin major au Bengale, puis à Bombay ; tout comme Sutherland, il adhère d’abord à l’Association américaine, pour être ensuite un membre fondateur de celle de Londres. Il fut analysé par Jones. Andrew Davidson (1869-1938), né en Écosse, est psychiatre à Sydney ; il est secrétaire de la section de médecine psychologique et de neurologie du congrès médical australo-asiatique. W. D. Sutherland (1866-1920) est médecin d’état-major dans une académie de cavalerie à Sanghor. Un autre médecin militaire qui a exercé à Calcutta, C.D. Daly travaillera par la suite sur les problèmes des chiffres dans le rêve et sur le complexe psychique lié aux menstrues, dans la littérature. Les publications des médecins militaires britannique en Inde vont devenir le reflet grandissant des tensions et des peurs que connaissent les sujets britanniques en Inde à la veille de l’indépendance.
Allemagne : Deux congrès psychanalytiques se tiennent, l’un à Munich le 7 septembre, l’autre à Weimar (III° Congrès international de psychanalyse), quatre jours après. Freud y fera la connaissance de Lou Andreas-Salomé. Ils débuteront une longue correspondance dès l’année suivante.
Espagne : José Ortega Y Gasset publie un long texte, “La psychanalyse, une science problématique”. L’auteur est un philosophe important, pour certains un des précurseurs de l’existentialisme, qui s’est également formé en Allemagne. Il sera l’auteur de La révolte des masses (1929). Par le biais de la Revisita da Occidente, il tentait d’exposer et de défendre les principaux courants de la pensée scientifique et philosophique de langue allemande.
France : En mai, Freud cherche comment faire mieux connaître la psychanalyse. Dès 1900, des travaux d’auteurs de la Suisse romande ou de France discutent des textes de Freud, mais trop souvent dans le but de les adapter au « génie francophone » (sic) ou de les rendre « plus clairs » (sic), en abrasant leur originalité avec des rémanences du vocabulaire de l’hypnose (P. Ladame, 1900 qui part en guerre contre le pansexualisme qu’il suppose à Freud ; N. Kostyleff, 1911-1912 ; A. Hesnard, 1912 ; Y. Delage, 1915). Morichau-Beauchant, professeur de médecine à Poitiers, qui entretient depuis novembre 1910, une correspondance avec Freud, se révèle plus soucieux de la cohérence de la pensée freudienne, il publie en novembre1911 “Le rapport affectif dans la cure de psychonévroses”, dans La Gazette des Hôpitaux civils et militaires que Freud qualifia d’« admirable article et premier article de psychanalyse jamais publié en France » et qui fut également fort estimé par E. Jones. Freud écrit à Ferenczi : « Notre français de Poitiers, qui se taisait depuis janvier, m’envoie ce jour une lettre, une contribution au Zentralblatt (Homosexualité et paranoïa) […] et un tiré à part d’un excellent article… ». Morichau-Beauchant sera membre du Comité de rédaction du International Zeitschrift für ärztliche Psychoanalyse (Revue internationale de psychanalyse médicale) dès sa création en janvier 1913.
Grande-Bretagne : Freud est convié à devenir membre correspondant de la London Society for Psychical Research.
Grande-Bretagne : Parution dans un volume de la revue de neurologie, Brain,d’un essai que Jones qualifie de « magistral », “La conception freudienne de l’hystérie”, dû à Bernard Hart et fort louangeur pour la psychanalyse, auquel fit suite une bibliographie incluant 281 titres d’ouvrages de psychanalyse.
Pays-Bas : le Dr. Stärcke, près d’Utrecht, demande son admission à l’Association. Le Dr. van Emden, de Leyde, a appris la psychanalyse sur lui-même et écrit à Freud qu’il a l’intention de l’appliquer sur ses malades.
1912
En janvier, Rank fonde, en collaboration avec Hans Sachs, Imago (Zeitschrift für Anwendung der Psychoanalyse auf die Geisteswissenschaften (Revue pour l'application de la psychanalyse aux sciences de l'esprit). Parution du numéro un le 28 mars chez l'éditeur viennois Hugo Heller. Rank est rédacteur en chef d'Imago. « Hans Sachs a créé en 1912 la revue Imago, qu'il dirige avec Rank ; en éclairant, au moyen de la psychanalyse, des systèmes et des personnalités philosophiques, Hitschmann et von Witerstein ont inauguré, dans cette même revue, des travaux dont il reste à souhaiter qu'ils soient poursuivis et approfondis ». (Sur l'histoire du mouvement psychanalytique, p. 70). Imago se proposait de se spécialiser, comme le proclamait son en-tête, dans l'application de la psychanalyse aux sciences humaines. À l'origine, « cette nouvelle revue, nullement médicale » devait s'appeler Eros et Psyché. Le nom qu'adoptèrent ses fondateurs en hommage à la littérature renvoie explicitement au roman récent du poète suisse Carl Spitteler qui avait célébré le pouvoir de l'inconscient dans une brumeuse histoire d'amour. Freud est d'abord inquiet pour Imago qui malgré les deux rédacteurs (Rank et Sachs, deux non-médecins, qualifiés par lui d’« honnêtes garçons et brillants sujets ») risquait de connaître plus de difficultés que les deux autres périodiques. Les craintes sont vites détrompées. Imago, rapporte Freud à la fin de l'année 1912, « marche extraordinairement bien » ; le volume des abonnements (230), allemand en majeure part, est satisfaisant et Freud s'étonne de l'accueil plus réservé que les viennois font à Imago (lettre inédite à K. Abraham).
Mai : Freud présente à la Société de Vienne la première partie de Totem et Tabou et, en octobre, un travail intitulé “Le destin de deux femmes” qui a trait à la psychose.
Juin : E. Jones était à Vienne, sous l'impression de la sécession d'Adler et de Stekel, il craignait une rupture avec Jung. Le 30, avec l'accord de Freud et autour de celui-ci, il fonde un Comité secret composé des plus proches disciples et chargé de veiller à la diffusion de la cause analytique. L'idée en avait germé chez Ferenczi. S'y retrouvent S. Ferenczi, O. Rank, K. Abraham, H. Sachs et bien sûr E. Jones et S. Freud. E. Jones fait une psychanalyse avec Freud puis avec S. Ferenczi. En 1919, Eitingon fut admis comme sixième membre, sur proposition de Freud. (1° août, lettre de Freud à E. Jones : « J'ose dire qu'il me sera plus facile de vivre et de mourir si je savais qu'il existait une telle association pour veiller à ma création… quoi que puisse nous réserver l'avenir, le futur chef de file du mouvement psychanalytique pourrait sortir de ce petit cercle d'hommes triés sur le volet, à qui je suis encore prêt à faire confiance malgré mes récentes déceptions ».
Eté : Freud lit La religion des Sémites de Roberton Smith et y trouve confirmation de ses idées qu’il inclinait à trouver trop osées. « Le livre donne l’impression de circuler sur de l’eau en gondole. »
Publications : Au début de cette année 1912, Freud et Stekel ont eu une explication. Pour se défendre contre les thèses de C.G. Jung, S. Freud voulait instaurer pour le Zentralblatt un « Comité de référence » (Reitler, Hitschmann, Tausk, Ferenczi). Ils devaient en particulier discuter des travaux du Jahrbuch dans l'esprit de Freud. Mais Stekel déclara qu'il n'admettrait jamais que V. Tausk écrive dans son journal (lettre du 27 octobre à Ferenczi). L'éditeur Bergman n'admettant pas le licenciement de Stekel comme rédacteur, Freud lors du congrès des dirigeants des Associations psychanalytiques locales, à Munich, convint d'abandonner le Zentralblatt à Stekel et de fonder le International Zeitschrift für arztliche Psychoanalyse. Offizielles Organ des Internationalen Psychoanalytischen Vereinigung (ed H. Heller, Revue internationale de psychanalyse médicale, Organe officiel de ). Il écrit à Jones pour l'enjoindre de retirer son nom du comité du périodique de Stekel. O. Rank avec Ferenczi sont rédacteurs de l'Internationale Zeitschrift (Revue Internationale) . À partir de 1939 la revue fusionnera avec Imago .Le n° 1 est prévu pour la mi-janvier 1913. Stekel manifeste de fortes propensions à faire du Zentralblatt sa chasse gardée. Rupture virulente et effervescente avec Freud.
Fritz Wittels publie Tout pour l’amour où il développe l’idée d’une première société humaine qui est celle d’un âge d’abondance avant l’ère des glaciations, période durant laquelle la culture amoureuse préhumaine permit l’adaptation aux nouvelles conditions de vie. Il endéduit que la civilisation est de la culture amoureuse appliquée. Ces thèses peuvent avoir retenues l’attention de Freud lorsqu’il rédige la partie « phylogénétique » d’un chapitre de sa Métapsychologie « vue d’ensemble sur les névroses de transfert ». Wittels est un écrivain possédant une formation de philosophe et admis par Freud dans son cercle après un article publié dans le Flambeau, le journal de Karl Krauss, en 1907, et parlant à propos de l’avortement « criminel » de la nécessité préventive d’une éducation sexuelle et d’une politique de contrôle des naissances où il se réclamait de la double influence de Krauss et de Freud.
Octobre : La famille Freud accueille Lou Andréas-Salomé qui occupera plus tard une petite chambre dans le grand appartement où se trouve le cabinet de Freud.
Novembre : « Le Congrès a officiellement fait du Zentralblatt son organe » (lettre de Jones à Freud du 6 novembre).
Décembre : Le 2, un accord provisoire a eu lieu entre l'éditeur J.F. Bergmann et C.G. Jung concernant la séparation du Korrespondenzblatt et du Zentralblatt.
Sabrina Spielren publie l’article qu’elle a présenté l’année précédente à Freud “La destruction comme cause du devenir”. De nombreux commentateurs y voient une préforme de la théorie de la pulsion de mort. Freud, réservé, écrit à Jung qu’il trouve que cet article, en dépit de son intérêt, consacre le retour d’un personnalisme.
Chine : La revue Dongfanfzashi (Revue de l’Orient) qui a publié l’année précédente un article sur la notion d’inconscient sans le référer au sens qu’il prend en psychanalyse (dans un article « Prospértie et ruine de l’Europe et de l’Amérique »), mentionne cette fois-ci le nom de Freud dans un texte « L’interprétation psychologique de Roosevelt » qui est la traduction d’un article américain.
France : Le 2 janvier 1912, dans une lettre de Freud à K. Abraham : « Les derniers bons augures viennent, cela est étonnant, de France. Avec Morichau-Beauchant, de Poitiers, nous avons gagné un appui solide et aujourd’hui j’ai reçu une lettre d’un élève de Régis, à Bordeaux, qui de la part de ce dernier, et au nom de la psychiatrie française présente des excuses pour le dédain dans lequel la psychanalyse a été tenue jusqu’à présent en France et se déclare prêt à publier dans L’Encéphale un long article sur elle ».
Grande Bretagne : M. D Eder, Médecin chef de la London School Clinic en 1908 et de la Nursery School à Deptford en 1910, sera un des traducteurs de Freud. Il publie cette anne-là « .Freud's Theory of Dreams » (« La théorie freudienne des rêes » dans Transactions of the Pscho-Medic. Soc., Londres
Grèce : la psychanalyse y fait son entrée par la traduction dans une revue littéraire d’avant-garde de l’article de Reik “Poésie et psychanalyse”.
Japon : Kenji Otsuki, qui a suivi des études de Lettres avant de s’intéresser à la psychanalyse, mentionne Freud dans un article portant sur la psychologie de l’oubli.
Russie : À la charnière 1911-1912, création du Cercle Psychanalytique de Moscou.
Suisse : Bleuler quitte définitivement l’API, en novembre 1912.
Tchécoslovaquie : Kafka (Franz) compose “Le verdict” et dans son Journal, cite Freud et associe sur sa propre vie et sur celle de son père.
1913
Janvier : Freud présente à la Société de Vienne, la seconde partie de Totem et Tabou. Il crée la revue International Zeitschrift für ärztliche Psychoanalyse, en janvier 1913.
Mai : Le 25, première réunion du Comité secret. À cette occasion, Freud offre à ses disciples membres du Comité une entaille grecque de sa collection montée en chevalière. Ultérieurement Freud Freud donnera cet anneau à des femmes : Marie Bonaparte, Lou Andréas-Salomé, Anna Freud, Katherine Jones, Ruth Mack Brunswick, que Dorothy Tiffany Burlingham, Gisela Ferenczi, Jeanne Lampl-de-Groot, Edith Jackson, Henry Freud, et Eva Rosenfeld
Publications : K. Abraham constate que Stekel connaît bien des difficultés pour maintenir le Zentralblatt qui menace ruine .
Allemagne, septembre : 4° congrès de l'IPA à Munich (président C. G. Jung). Les partisans de Freud contraignent Jung à démissionner de ses fonctions de rédacteur en chef du Jahrbuch (démission effective le 27 octobre) qui sera nommé Jahrbuch Der Psychoanalyse. Ce nouveau Jahrbuch, V, 2, (1913) porte à la page 757 les communications suivantes :
Déclaration du Prof. Bleuler : « Ce volume achevé, je me retire en tant que rédacteur de la rédaction, mais continuerai bien entendu à porter tout mon intérêt à la revue ».
Déclaration de la rédaction : « Je me suis vu obligé de démissionner en tant que rédacteur du Jahrbuch. Les raisons de ma démission sont de nature personnelle, c'est pourquoi je dédaigne une discussion publique » (C.G. Jung).
Communication de l'Éditeur : « Après la démission du Prof. Bleuler et du Dr. Jung, le Prof. Dr. Freud poursuivra la publication du Jahrbuch. Le prochain volume en paraîtra au milieu de 1914 avec le titre de Jahrbuch Der Psychoanalyse. Rédigé par le Dr. K. Abraham (Berlin) et le Dr. Hitschman (Vienne) ».
« La publication n'entend plus comme par le passé servir d'archives à des travaux concernant ce domaine, mais remplir sa mission par une activité rédactionnelle qui s'attache à discuter toutes les méthode et toutes les acquisitions relatives à la psychanalyse » S. Freud (Sur l'histoire… p. 87).
Premières expériences de psychothérapie de groupe par Jacob Moreno à Vienne.
États-Unis : en hiver, création par Whithe et Jelliffe à New York d’une nouvelle revue, exclusivement consacrée à la psychanalyse, The Psychoanalytic Review. An Educationnal American Journal of Psychonalysis.
France : Parution dans L’Encéphale, 10, avril, de “La doctrine de Freud et son école”, important article de Angelo Louis Marie Hesnard, médecin de la marine nationale et du Pr. Emmanuel Régis. Hesnard, assistant du professeur E. Régis à la Clinique des maladies mentales de Bordeaux, traduit et commente les positions freudiennes. Régis condamne l’étiologie freudienne arguant que la recherche objective a établi de façon indiscutable les liens entre maladies du cerveau et psychonévroses. Ils conseillent à ceux qui se destinent à devenir psychanalystes de notre leurs rêves.
Grande-Bretagne : Fondation de la London Psycho-Analytical Society. L’association compte treize membres, dont quatre exercent la psychanalyse. À Londres, au XVIIe congrès de médecine, Pierre Janet présente une communication sur la « psycho-analyse », où, contre Freud, il met en avant l’hypothèse d’une dépression mentale à l’origine du rétrécissement du champ de conscience. Il souligne, qu’à ses yeux, la méthode de Freud n’est pas expérimentable et réfute l’importance de la sexualité dans la genèse des troubles psychologiques. Lors de la discussion, il est critiqué par Jung et Jones. C’est dans ce contexte de critiques et de polémiques qu’à la demande de E. Rignano, Freud fait paraître son article sur “L'Intérêt de la psychanalyse” dans la revue Scienta (revue italienne fondée par E. Rignano et F. Enriquez, important forum international de la méthodologie scientifique).
Henri Bergson, dans The Independant de New York, a fait l'éloge de la psychologie freudienne, devient président de la Society for Psychical Research de Londres. C’est à travers Bergson que de nombreux thérapeutes américains vont lire l’œuvre freudienne.
Devant la Société psychomédicale de Londres, Jung utilise pour la première fois le terme de « psychologie analytique ».
Dans le numéro d’avril du Lancet, Warburton Brown publie un article sur la théorie freudienne du rêve. Où l’on voit que sa curiosité avertie pour la psychanalyse était antérieur à son affectation dans une clinique neurologique après el première guerre, même si ce nouveau travail n’a pu qu’amplifier son intérêt pour la technique psychanalytique et la métapsychologie.
Hongrie : En mai, création par S. Ferenczi de la Société Psychanalytique de Budapest. Autour de lui, Sandor Rado (étudiant en médecine), Istvan Hollos (psychiatre), Hugo Ignotius (journaliste et rédacteur en chef de la revue Nyugat, Occident). Cette société allait se révéler, avec celle de Vienne, le centre intellectuel le plus important pour la psychanalyse. À partir de 1919, ils seront rejoints par Imre Hermann, Melanie Klein, Geza Roheim, René Spitz, Eugénie Sokolnicka.
Suisse : Pour parachever la rupture avec Jung qui est rejoint par Riklin, Freud veut rompre tout lien avec le groupe de Zurich. Il pense à la manœuvre suivante : dissoudre l’Association Internationale de Psychanalyse en déposant une demande de dissolution à la Centrale, demande signée des trois groupes de Vienne, Berlin et Budapest. Si Jung ne donne pas suite, il reste aux trois groupes la possibilité de se retirer et de fonder aussitôt une nouvelle association. À dater de cette rupture se pose la question de l’existence et de la nature des mécanismes spécifiques de la psychose et des voies de son traitement par la psychanalyse.
1914
Parution à Vienne du livre de L. Kaplan, Grundzüge der Psychoanalyse (Fondements de la psychanalyse), un des premiers résumés systématiques de la théorie de Freud. Le Dr. Léo Kaplan (1876-1956), né en Russie, s’installe à Zurich en 1897 et y demeure jusqu’à sa mort. À partir de 1910, il s’oriente vers la psychanalyse, mais n’appartiendra à aucune association scientifique.
Allemagne : K. Abraham espère édifier une théorisation des psychoses à partir des patients souffrants de névroses de guerre. La guerre lui donne l’occasion d’exercer les fonctions de médecin militaire. De fin août 1914 à la mi-novembre 1915, il travaille avec des sujets qui présentent des traumatismes physiques et psychiques. S’il commence à occuper des fonctions de chirurgien à un poste à l’arrière (Berlin), il se rapprochera du front, à Allenstein.
Brésil : À Rio, conférence de Juliano Moreira à la Société Brésilienne de psychiatrie, neurologie et médecine légale sur la méthode freudienne. Genserico Aragao de Souza Pinto, médecin originaire du Ceará, publie sa thèse de médecine “De la psychanalyse, la sexualité dans les névroses”.
États-Unis : À Buffalo, Helen J.C. Kuhlman soumet ses patients à des recherches sur le complexe d’Œdipe. Morton Prince voit paraître son ouvrage théorique fondamental : L’inconscient, qui contient une théorie psychologique qui fait de l’inconscient le mental ignoré sur lequel on peut faire des expériences hypnotiques, les personnalités d’un individu étant des systèmes d’état psychiques relativement indépendants, ayant chacun son organisation.
Séjour de Paul Federn, premier analyste didacticien aux Etats-Unis. Jeliffe et Oberndord (le premier historien de la psychanalyse aux Etats-Unis) entreprennent une analyse avec lui.
France : Parution de La Psychanalyse des névroses et des psychoses de A. Hesnard et du Pr. Emmanuel Régis. L’ouvrage sera réédité en 1922 et 1929. Sa préface est assez parlante : « Peut-être s’étonnera-t-on de voir cette vulgarisation d’une théorie allemande, à la fois si prônée, si contestée et, par certains côtés si étrange, entreprise par des psychiatres français qui ne passent pas pour sacrifier outre mesure à la mode actuelle du germanisme scientifique […] L’impartialité indépendante vis-à-vis de l’étranger ne saurait être confondue avec la xénophobie […] En dépit de ses exagérations, de ses outrances, de ses allures mystiques, voire de ses étrangetés, cette doctrine est loin d’être sans grandeur ».
Freud considère la France comme le pays européen où la psychanalyse est la moins développée.
Hongrie : Ferenczi qui se rendait à Vienne est rappelé en Hongrie pour servir comme médecin d’un corps de hussards basé à Papa, à peu près à 120 km de Budapest.
Italie : Marco Levi-Bianchini, maître de conférences à Naples, rédacteur en chef du Manicomio (recueil d’ouvrages psychiatriques, publiés par l’Archivio di Psichiatria e Scienci Affini, Nocera Superiore, Naples) envisage la traduction des neuf conférences américaines (celles de Freud et celles de Jung. Il traduira les cinq conférences de Freud). Il offre aussi un échange de revues. Propositions que Freud accepte (lettre à Ferenczi du 30 octobre). Marco Levi-Bianchini (1875-1961) s’intéresse dès 1900 à la psychanalyse, tout en exprimant des réserves sur la théorie de la sexualité. Membre fondateur en 1925 de la Société Italienne de Psychanalyse, il en reste le président d’honneur jusqu’à sa mort. Ègalement membre de l’Association viennoise (1922-1936), la Société Italienne ne fait pas partie de l’IPA. Bien que membre du parti fasciste, Marco Levi-Bianchini est suspendu de ses fonctions en 1938, en raison de son origine juive. Il sera un des rares membres de la Société Italienne à ne pas émigrer et publie un livre sur Freud en 1940. Sa traduction des Cinq Psychanalyses paraît en 1915 et constitue le premier volume publié par la Biblioteca Scientifica, fondée par lui-même et qui deviendra Bibliot. Pychoan. Int.
Japon : Yoshibidé Kubo, après un séjour à la Clark University où il fut introduit aux thèses psychanalytiques par S. Hall, publie une série de textes sur le rêve.
Pays-Bas : Gerbrandus Jelgersma, Professeur titulaire de psychiatrie à l’Université de Leyde tient, le 9 février, pour le 319° anniversaire de la fondation de l’Université un discours rectoral portant sur “La vie psychique inconsciente”.
Suisse : Le 20 avril, démission de Jung de la Présidence de l’Association Internationale. En juillet, la section locale de Zurich quitte l’Association Internationale (par 15 voix contre une). Pfister, le 13 juillet, puis le 28 juillet Binswanger, qui n’avait pas pu prendre part au vote, mais qui avait fait part à Maeder de son intention de voter contre une scission, demandent tous deux à rejoindre le groupe viennois.
Nouvelle-Guinée : B. Malinowski se rend chez les Mailu, en Nouvelle-Guinée, puis aux Iles Trobiand. Il critiquera et évaluera les thèses proposées par Freud dans Totem et Tabou.
1915
Lettre de Freud à Jones : « Ce que Jung et Adler ont laissé de notre mouvement a été détruit par le conflit des nations. Pas plus que les autres organisations, la nôtre qui se dit internationale n’est capable de garder des contacts ».
Les revues de psychanalyse vont pâtir de la guerre. Happé par la machine militaire, Rank est nommé rédacteur en chef d'un journal de propagande à Cracovie. Ces ennuyeuses fonctions paraissent à S. Freud un gâchis presque criminel. Il y a peu de temps et encore moins d'argent disponibles pour les divers périodiques psychanalytiques. Le Jahrbuch (éditeur Deuticke) cesse de paraître, tandis qu'Imago et l'Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse (fondé en 1913) ne tiennent le coup que sous une forme réduite. Freud délègue à Ferenczi le soin de maintenir en vie la Zeitschrift für Psychoanalyse qui paraît en 1915, alors que l'année 1916-17 ne sera imprimée qu'en 1918. Imago, ne paraît pas en 1915, et elle devra de nouveau s'interrompre en 1917 et en 1918. Deux livres parlent de psychanalyse et sont lus avec bienveillance par Freud. Il s’agit de On human motives de Putnam, à Boston et de De Bahandeling von Zenuwizieken door Pycho-Analyse (Le traitement de malades des nerfs par la psychanalyse) d’Adolf Fredrik Meijer, à Amsterdam. « Le livre de Putnam est intentionnellement vulgarisateur, sinon je dirais que c’est mauvais. Gentil comme tout, fidèle aussi (Jung ne s’y trouve pas, Ferenczi est cité) […] La psychanalyse hollandaise provient d’A. Meijer […] correcte, raisonnable. Un homme tout à fait nouveau. Il a été analysé par un élève de Jung, mais il s’est forgé un jugement selon lequel les affirmations de Jung auraient été anticipées par moi, qu’il n’aurait rien dit de nouveau » (Freud à Ferenczi, le 10 juillet).
Hiver 1915/1916 : Freud donne son premier cycle des 28 conférences à l’Université de Vienne.
Argentine : Honorio Delgado qui fut l’un des grands précurseurs du développement de la psychanalyse en Argentine, œuvrait dès 1913 (au Pérou) à faire connaître les travaux de Freud auprès de ses collègues, malgré une profonde ambivalence qui l’amenait à souvent déformer la pensée de Freud. Sa première publication, en 1915, publiée dans El Commercio, commente l’article de Freud “L’intérêt pour la psychanalyse”.
Brésil : publication de la thèse soutenue l’année précédente par Pinto et qui sera le premier livre brésilien de psychanalyse.
Grèce : Manolis Triantafyllidis, professeur de linguistique, rédige “L’origine de la langue et la psychologie freudienne” premier texte d’un auteur grec consacré à la psychanalyse. Triantafyllidis suit à Munich une cure avec l’adlérien Self et entretient une correspondance avec Freud et Adler. La psychanalyse prend racine en Grèce dans les milieux littéraires, dès cette année paraissent des traductions en Grec de ses œuvres.
Norvège : J. I. Stromme donne à l’hôpital psychiatrique de Dale la première conférence sur la technique psychanalytique. Stromme s’était auparavant formé au Burghölzi, chez Bleuler et fut analysé par Pfister.
Portugal : Egas Moniz, qui sera prix Nobel de médecine et de physiologie, en 1949, et a joué un rôle politique d’importance (successivement Ministre à la Cour de Madrid, Ministre des Affaires étrangères et chef de la Délégation portugaise à la Conférence de la Paix à Versailles, publie “Les bases de la psychanalyse”, à la suite de sa leçon inaugurale du cours de neurologie.
Prusse-orientale : Abraham est envoyé comme volontaire diriger l’hôpital d’Allenstein, il y reste jusqu’à la fin des hostilités.
Tchécoslovaquie : Stuchlik, né en Tchécoslovaquie est le premier psychanalyste tchèque. Il a travaillé à Munich chez Kraepelin, puis avec Bleuler au Burghölzli, et fréquentera en 1917 les séminaires de la Société Psychanalytique de Vienne. Il publie, en 1915, son premier texte psychanalytique en langue tchèque.
1916
Du fait de la guerre, Rank, enrôlé dans l’artillerie lourde depuis juillet 1915, part pour Cracovie, à la grande tristesse de Freud. Sachs le remplace dans les activités de l’Association viennoise. Durant les trois années de guerre Rank publiera le Krakaue Zeitung. (Journal de Cracovie).
Hiver 1916/1917 : Freud donne son second cycle des 28 conférences à l’Université de Vienne. Autre parution de Kaplan, Problèmes psychanalytiques, que Freud juge politiquement digne d'éloges, mais « à part ça, ni profond, ni ambitieux ».
Freud sera proposé pour le prix Nobel de Littérature par Barany.
Allemagne : Groddeck crée et dirige le sanatorium de Baden-Baden qui n’est habilité à recevoir que des patients atteints de troubles organiques. Il y applique des méthodes thérapeutiques interventionnistes et peu conventionnelles, aux confins de la psychologie des profondeurs et de la médecine corporelle. W. G. Groddeck choisit comme son père, la carrière médicale, il fut l’assistant du célèbre docteur Schweninger, le médecin personnel de Bismarck. Dans un premier temps hostile à la psychanalyse, il se rapproche très vite de Freud et entre ainsi progressivement dans le cercle fermé des disciples proches.
Brésil : un médecin de l’état de Minas Gerais, Luiz Ribeiro do Valle publie Psychologie morbide dans l’œuvre de Machado de Assis (1916) qui sera un essai d’application de la méthode freudienne à la littérature.
Chine : Freud écrit dans L’introduction à la psychanalyse : « La langue et l’écriture chinoises, très anciennes, sont aujourd’hui encore employées par 400 millions d’hommes. Ne croyez pas que j’y comprenne quoi que ce soit. Je me suis seulement documenté, dans l’espoir d’y trouver des analogies avec les indéterminations des rêves, et mon attente n’a pas été déçue. »
La revue Dongfanfzashi (Revue de l’Orient) mentionne dans un de ses articles la technique de l’association libre, il s’agit d’une traduction d’un texte en anglais du Mc Clure’s Magazine portant sur L’ « Interprétation des rêves ».
États-Unis : Watson lance des attaques très polémiques contre la psychanalyse, visant Freud et Prince. Le behaviorisme est alors en plein essor ce qui renforce la tendance de la plupart des psychologues et de quelques psychanalystes à ne voir dans l’inconscient freudien qu’un rouage plus ou moins secret de la machinerie neurologique.
Hongrie : G. Roheim (1891-1953) âgé de vingt-quatre ans commence, en mars, sa cure psychanalytique avec S. Ferenczi. Roheim fera une seconde psychanalyse avec Vilma Kovacks, puis il devient psychanalyste dans l'Association hongroise. Ferenczi prend également en analyse Melanie Klein.
Japon : Kiyoyasu Marui se forme à la psychopathologie et à la psychanalyse à la John Hopkins University (États-Unis) sous la direction d’Adolph Meyer. Il y séjournera jusqu’en 1919 où il sera nommé professeur de psychiatrie à l’université de Tôhuko à Sendaï. Ses élèves au Japon, notamment Kosawa, y jetteront les bases de la psychanalyse, à côté d’un courant formé par Taekichi Yabe et ses disciples, au début des années trente.
Pays-Bas : Vers la fin de l’année, création de la Nederlandse Vereniging voor Psychoanalyse (NVP, Hollande) par J. Van Ophuijsen, qui avait semblé antérieurement être plutôt jungien.
1917
S. Freud envisage d'écrire un essai sur les répercussions des théories de J. B. Lamarck sur la psychanalyse (cf. son texte métapsychologique de 1915 : “Vue d'ensemble sur les névroses de tranfert”).
Mort en Hollande de J. Stärcke « probablement une véritable perte » (Freud à Ferenczi, le 29 mai). Adhésion de Anton von Freund (dont Freud avait fait la connaissance l’année précédente en le traitant d’une névrose qui s’était développée à la suite de l’ablation d’un sarcome du testicule, et dont la femme a été en cure analytique avec Ferenczi), de Groddeck (qui a adressé à Freud ses travaux) et de Pötzl. Ce dernier fait à l'université de Vienne des conférences décrivant des expériences touchant les rêves et qui doivent confirmer les théories freudiennes. Freud écoute ses cours et l'invite à assister aux réunions de la Société Viennoise.
Été : Mort au front de H. Graff, le fils unique de Rosa, sœur préférée de S. Freud.
Chine : La revue Dongfanfzashi (Revue de l’Orient) mentionne le nom de Carl G. Jung dans un article traduit du Japonais par Paochang et qui porte sur le rêve.
Hongrie : En janvier, S. Ferenczi propose comme thème de conférence pour le public de Budapest, “La névrose comme institution sociale” (il rajoute à Freud : « Thème que vous aviez promis à Martin Buber »).
États-Unis : Parution de Qu’est-ce que la psychanalyse ? de Isador Coriat lequel applique la psychanalyse à l’œuvre d’art tout en vantant la fonction sociale de l’artiste. Il salue en la ballade du poète Conrad Aiken “La jigue de Forslin”, « l’audace d’un chef-d’œuvre psychanalytique ». En dépit d’un scepticisme affiché par Freud à propos de l'évaluation systématique des effets des psychothérapies, ce praticien en libéral publie également, en 1917, à Boston, "Quelques résultats statistiques concernant le traitement psychanalytique des psychonévroses". Dès cette première recherche, les considérations méthodologiques sont l'une des principales préoccupations de ce clinicien. Cette étude de 1917 précède le rapport d’Otto Fenichel en 1930 concernant l’Institut de Berlin, celui d’Ernest Jones en 1936 à propos de l’Institut de Londres et de celui de Franz Alexander en 1937 pour l’institut de Chicago.
Traduction par Brill des Textes fondamentaux de Freud dont le Totem et tabou (Dans sa note de lecture à propos de cette traduction, White ne tient pas compte de la thèse du meurtre du père de la horde et renvoie directement à Frazer). White et Jelliffe donnent du modèle psychanalytique une vison complexe dans Les maladies du système nerveux, livre dans lequel ils affirment que, loin d'être réservée au seul traitement de la névrose, la psychanalyse peut être appliquée aux maladies mentales, de la démence précoce à la psychose maniaco-dépressive.
France : en mai, Pierre Marie, à la Société de neurologie, déplore le grand nombre « de pathologies hystériques décrites à l’époque de Charcot et que l’on pouvait croire disparues à tout jamais, tant elles étaient rares avant la guerre ».
Pologne : Eduard Abramouski dirige une Association pour la Recherche en Psychopathologie qui deviendra un lieu où se rencontrent et débattent des psychanalystes polonais.
Tchécoslovaquie : Kafka écrit en novembre 1917 une lettre à Max Brod « …les ouvrages psychanalytiques au premier abord vous rassasient de façon étonnante, tandis qu'immédiatement après on se retrouve avec la même vieille faim ».
1918
Anna Freud commence une analyse avec son père. Sigmund Freud déclare à E. Weiss qu'il est simple d'analyser sa fille et à Sandor Ferenczi que la cure sera « élégante ».
Novembre, le 17 : lettre circulaire de Freud à Ferenczi, von Freund et Rank pour employer les intérêts de la fondation à la création de deux prix annuels, l'un affecté à un travail médical, l'autre à un travail appliquant avec succès l'analyse à un thème non médical (« de type Zeitschrift ou Imago »).
Brésil : Les idées de Freud sont commentées par le psychiatre Julio Pires Porto-Carrero, médecin de Pernambuco qui intègre des références à la psychanalyse dans ses recherches et ses études, tandis qu’Afrano Peixoto commente le livre de Regis et Hesnard, La psychanalyse des névroses et des psychoses, dans son enseignement de psychiatrie légale, et Henrique Belford Roxo mentionne les thèses psychanalytiques dans ses cours à la Faculté de médecine de Rio de Janeiro.
États-Unis : en novembre, mort de J. J. Putnam (annoncée à Freud par Jones en décembre). William Alanson White constate l’importance que prend la psychanalyse dans la vie américaine, dans ses institutions d’enseignement et ses productions artistiques ; il fera, par la suite, marche arrière. Naissance de la médecine psychosomatique : Smith Elly Jelliffe en forge le terme. À l’occasion de la grande grippe de cette année-là il affirme que chacun réagit au virus en fonction des facteurs de personnalité et de la façon dont sont traités ou ont été traité les conflits intérieurs. Freud le classe parmi les pionniers de la médecine psychosomatique.
Traduction du Totem et Tabou de Freud, à New York. Il sera traduit à Londres l’an d’après. La réception des ethnologues anglo-saxons est négative qui jugent le matériel désuet et l’interprétation hasardeuse.
Grande-Bretagne : Parution dans The Lancet de l’article de Williams H. Rivers, “Le refoulement de l’expérience de guerre”, qui révolutionne la théorie du traumatisme y compris dans sa dimension transférentielle.
Hongrie : Le 23 mars, reconstitution de l’Association Psychanalytique hongroise. Avec le retour des médecins militaires, le nombre de praticiens de la psychanalyse est passé à cinq : Hollos, Harnik, Pfeifer, Rado et Ferenczi. Le ministre de la Guerre avait contacté Ferenczi pour fonder une sorte de clinique pour anciens combattants à Budapest. Celui-ci suggère l’embauche de Eitingon comme son assistant, mais il fut objecté que ce dernier n’était pas hongrois. En octobre, une pétition circule qui rassemble 180 signatures, pour que Ferenczi soit autorisé par le Recteur de l’Université à donner des cours de psychanalyse.
Les 28 et 29 septembre, Ferenczi et von Freund organisent le 5e congrès de l’IPA à Budapest (Pdt. K. Abraham). Le congrès se déroule à l’Académie des Sciences en présence des représentants des gouvernements allemand, autrichien et hongrois. Au congrès, l’importance des névroses de guerre sur quoi Ferenczi a énormément travaillé est mise en évidence par Freud (intervention sur Die Kriegsneurosen und ihre Psychoanalyse , Les névroses dues à la guerre et leur psychanalyse ). Roheim intervient sur Das Selbst. Eine Volkspsychologie-Studie. (Le soi, une étude en psychologie des peuples). Les travaux sont salués avec un enthousiasme qui a pour conséquence de projeter la création de cliniques et d’hôpitaux psychiatriques sur la base de principes psychanalytiques, à travers l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Apparaît alors un rôle nouveau pour la psychanalyse, avec des implications politiques : la volonté de remédier aux problèmes sociaux. Contributions d’Abraham, Ferenczi, Jones et Simmel. Au cours du congrès, H. Nünberg propose pour la première fois qu’une des conditions requises pour devenir psychanalyste soit d’avoir fait une psychanalyse, principe qui devenait de plus en plus cher à Freud et qui ne sera adopté qu’en 1926. V. Tausk et O. Rank s’opposent avec succès au vote d’une motion en ce sens. S. Freud considère que le centre de la psychanalyse se trouve en Hongrie, pays où Ferenczi et la psychanalyse jouissent d’une brève période de soutien libéral sous le ministère de Mihaly Karoly. Ferenczi est élu président de l’Association Internationale. Freud conclut son intervention en parlant de l’avenir du mouvement psychanalytique, prophétisant que dans un futur proche des établissements de soin ayant à leur tête des « médecins psychanalystes qualifiés » permettront d’élargir le champ d’exercice de la thérapie psychanalytique au delà des classes sociales favorisées et de « traiter une foule de gens », « la société reconnaîtra aussi que la santé publique n’est pas moins menacée par les névroses que par la tuberculose ».
Le gouvernement autrichien envoie un médecin d’état-major pour savoir ce qui s’y dit dans l’optique de mettre en place des services de psychanalyse pour le traitement des névroses de guerre.
Inde : La traduction de L’interprétation des rêves est disponible à Calcutta.
Pérou : La Revista de psiquiatria y disciplinas conexas est fondée à Lima par H. Valdizlan et H. Delgado. Sa vocation interdisciplinaire s’affirme dans son sous-titre : “Publication trimestrielle de psychiatrie, psychanalyse, pédagogie, sociologie, médecine légale, criminologie et histoire de la médecine”. Les théories des rédacteurs sont tout à fait éclectiques qui entremêlent les thèses de Freud, Adler et de Jung. La revue n’en a pas moins joué un rôle pionnier pour la diffusion de la psychanalyse en Amérique du Sud.
Pologne : Ernst Simmel, médecin chef de l’hôpital de Posen (Silésie), introduit les principes de la cure psychanalytique et de la cure cathartique dans le traitement des patients. Il écrit un ouvrage Névroses de guerre et traumatisme psychique. Cet ouvrage est salué par Freud : « Voici pour la première fois un médecin allemand qui se situe entièrement, sans condescendance protectrice, sur le terrain de la psychanalyse ».
Une association psychanalytique polonaise est fondée (en 1923, le Internationaler Psychoanalyse Verlag, Edition internationale de Psychanalyse , crée un fonds polonais).
Russie : En Ukraine, à Odessa, Moshe Woolf, crée la revue La vie de l’âme.
1919
Janvier : Création de l’Internationaler Psychoanalytische Verlag (directeurs : Freud, Ferenczi, Rank, von Freund). Un don généreux d’Anton von Freund (Antal von Freund von Töszeghi, 1880-1920), patient de Freud et proche du groupe de Budapest, permet de financer une maison d’édition consacrée à l’analyse, la Verlag. Rank, l’un des membres fondateurs, en est directeur. La Verlag sera détruite en mars 1938 à Vienne par les nazis, après l’Anschluss. Anton von Freund, fils d'un riche brasseur hongrois, brasseur lui-même et docteur en philosophie est membre du « Comité secret ». L'analyse de von Freund par Freud est particulièrement intéressante, y compris celle du « fantasme névrotique » de « rendre le père riche ». L'International Psychoanalytischer Verlag passe sous la gestion de Rank.
Mars : K. Abraham demande à Freud que l'on renouvelle l'expérience du Jahrbuch. « Je continue à penser que la suppression du Jahrbuch a été une erreur. Maintenant que nous avons justement une maison d'édition à nous, il faudrait qu'existe, en plus de la Zeitschrift à laquelle on s'abonne, un Jahrbuch qu'on achète pour se mettre au courant de l'état de la science. Les comptes-rendus d'ouvrage encombrent inutilement la Zeitschrift » (cf. lettre de Freud à Abraham, 1919. « Votre invite à remettre le Jahrbuch en marche appelle également un examen minutieux et pourra intervenir dans vos entretiens avec Rank. Les difficultés m'apparaissent à présent plus grosses que le besoin. Étant donné l'énormité des frais d'impression, la maison éprouve déjà l'entretien de deux revues comme une lourde tâche. En outre, la troisième serait limitée à un public purement psychanalytique dont le pouvoir d'achat n'est pas très grand. Peut-être pourrait-on inciter Deutike à reprendre le Jahrbuch ; mais je crains que la matière que nous produisons au cours d'une année ne suffise pas à l'alimenter »).
Avril : À Leipzig à l'initiative de l'étudiant en médecine Karl H. Voitel est fondée une Société pour la recherche psychanalytique.
Mai : « Sachs donne des cours devant un bon public payant » (S. Freud à S. Ferenczi).
Juillet : Lettre de Freud à O. Pfister : « Le Dr Tausk a mis fin à sa vie. Un grand don, mais un être poursuivi par le destin, une victime de la guerre, après coup ; l'avez-vous connu ? ».
Allemagne : Max Eitingon et Ernest Simmel présentent à la Société Psychanalytique de Berlin, alors présidée par K. Abraham, le projet d’une polyclinique où des cures psychanalytiques pourraient être menées gratuitement, selon un vœu exprimé par Freud que les classes pauvres bénéficient du soin psychanalytique. L’Institut sera fondé l’année suivante ; son statut élaboré en 1923.
Brésil : Franco de la Rocha est le premier titulaire de la chaire de neuropsychiatrie de la Faculté de médecine de Sao Paulo. Le journal O Estado de Sao Paulo (20 mars) publie sa conférence inaugurale “Du délire en général” où est mentionné l’apport freudien. La même année, il publie dans la Revue du Brésil l’article « La doctrine de Freud ». En novembre, Medeiros de Albuquerque donne une conférence à la polyclinique de Rio de Janeiro “La psychologie d’un neurologiste – Freud et les théories sexuelles”.
France : Jean Piaget, installé à Paris donne une conférence sur la psychanalyse et la psychologie de l’enfant à la Société Binet. Ce texte fait de lui un des premiers présentateurs des thèses freudiennes en France.
Lettre de Breton à Tzara, le 4 avril « Kraepelin et Freud m’ont donné des émotions très fortes ».
Grande-Bretagne : En février, dix membres de la London Psycho-Analytical Society attachés à l’œuvre freudienne défont le groupe et le reforment sous le nom de British Psycho-Analytical Society, qui sera la septième composante de l’IPA. Ils portent Jones à la présidence.
Mars : E. Jones rencontre O. Rank en Suisse dans le but de créer une filiale de l’Internationale Psychoanalytische Verlag à Londres.
L’économiste Keynes qui fréquenta le groupe de Bloomsburry, généralise la méthode du portrait psychologique à l’analyse de la société entière. Il rédigera un portrait du président Wilson. Dans un texte nommé le Conseil des quatre il écrit à propos de Wilson « Pour le Président, admettre que la réponse des Allemands était fondée c’était perdre le respect de soi-même et déranger l’équilibre intérieur de son âme, et sa nature têtue se mobilisa instinctivement et entièrement pour protéger cet équilibre. Dans le langage de la psychologie médicale, suggérer au Président que le Traité représentait l’abandon de ses professions de foi équivalait à toucher à vif un complexe freudien. La discussion même du sujet était intolérable, et tous ses instincts subconscients s’activaient pour en empêcher une analyse plus profonde » . Freud lit le livre de Keynes qui lui a été envoyé par James Strachey. Le groupe de Bloomsburry, qui rassemblait des intellectuels anti-victoriens dont Lytton Strachey et son plus jeune frère James, permit à Keynes de se familiariser avec la pensée freudienne. Il se lança en 1925 dans la lecture de l’intégralité des textes de Freud. Ce groupe mettait à l’honneur la pratique de l’autoanalyse pour ses memebres
Hongrie : en mars-avril, lorsque le régime libéral de Karolyi tombe et est remplacé par le gouvernement communiste de Béla Kun, Ferenczi est nommé par la « République des Conseils » au poste de professeur de psychanalyse (le premier au monde) à l’Université de Budapest. Sandor Rado a joué un grand rôle dans cette nomination. Roheim sera parmi les chargés de cours nommés. Fanny Hann enseigne à l’Université dont elle sera licenciée pour sa participation au programme culturel pendant cette période de la « commune hongroise ». Imre Herman sera assistant de Geza Revesc qui vient aussi d’être nommé professeur. Mélanie Klein présente devant la Société Hongroise de Psychanalyse son premier cas d’analyse d’enfant, “Der Familienroman in statu nascendi”, qui lui vaut son entrée comme membre et sans supervision. Elle y expose, sous le prénom de Fritz, l’analyse de son fils Erich qu’elle observe depuis l’âge de trois ans. M. Klein a probablement analysé également ses autres enfants . Parution de “Faut-il enseigner la psychanalyse à l’Université” dans l’hebdomadaire hongrois La thérapeutique, dans le cadre d’une enquête sur la réforme de l’enseignement médical, il était alors question d’intégrer l’enseignement psychanalytique dans les études de médecine (plus d’un millier d’étudiants adressèrent une pétition en ce sens au recteur de l’Université). En août, après la « terreur rouge », la « terreur blanche » ; un groupe de commandos anticommunistes et farouchement antisémites influencent le pouvoir qu’exerce le contre-amiral Miklos Horty de Nagybana après qu’il ait renversé B. Kun. Le professorat de Ferenczi lui est retiré. En 1920, il sera exclu de l’Association des médecins hongrois. Dans ces circonstances, le Comité secret (créé en 1912) estime plus prudent de confier la présidence de l’IPA à Jones, résidant en Angleterre. Ferenczi démissionne de son poste.
Italie : Edoardo Weiss est le premier italien qui pratique la cure standard. Il connaît Freud, a été analysé par Paul Federn, il rentre à Trieste et y pratique l’analyse.
Pologne : Eugénie Sokolnicka, retournée en Pologne, traite pendant six semaines un garçon de dix ans et demi, atteint de névrose obsessionnelle avec phobie du toucher et angoisses alimentaires exacerbées ; la technique de la cure est centrée sur l’interprétation des rêves et l’analyse du transfert, c’est une des toutes premières analyse d’enfant réalisée sur le principe de la cure d’un adulte. (Intern. Zeitsch. F. Artz. Psychoa., t. VI, 1920 : 228-241)
Suisse : Création du Groupe psychanalytique de Genève présidé par E. Claparède. Parmi les membres : Pierre Bovet, Henri Flournoy, Charles Odier, Raymond de Saussure.
A Zurich se réunit la première séance scientifique de la Société suisse de Psychanalyse. Parmi les membres fondateurs : O. Pfister, E et M. Oberholzer, H. Rorschach, H. Frey, E. First et E. Neuenhofer. J. Piaget rejoindra cette société un an plus tard.
1920
Janvier, le 20, mort d'Anton von Freund des suites du cancer de la prostate au Cottage-Sanatorium de Vienne, où Freud lui rendit une visite quotidienne au cours de ses derniers jours. Freud est nommé professeur titulaire de la Faculté de Médecine de l'Université de Vienne. 5 jours plus tard meurt une des filles de Freud, Sophie. À partir du vol. 6 de la Zeitschrift disparaît de son titre la mention « ärztliche » (médicale).
Freud est invité par Löffler, professeur de droit, à faire une expertise sur le traitement électrique des névroses de guerre. “Névroses sur les mouvements de secousse et de tremblements, ainsi que sur leur traitement diagnostique et thérapeutique par faradisation”. Le début des débats fut fixé en octobre, le 14.Freud avait l’année précédente différencié les névroses traumatiques de guerre des autres névroses traumatiques par lui qualifiées de « pures ». Il note : « On pourrait même dire, que dans les névroses de guerre, ce dont on a peur, à la différence des névroses traumatiques pures et rapprochement avec les névroses de transfert, ,c’est bien d’un ennemi interne » (in Introduction à « Sur la psychanalyse des névroses de guerre ». )
Du 8 au 11 septembre, 5° congrès de l'IPA à la Haye (président E. Jones). Premier congrès international après la Première Guerre Mondiale qui devait, selon Jones, se tenir dans un pays neutre. Binswanger y fait une conférence sur “Psychanalyse et Psychiatrie clinique”. Selon lui, la psychiatrie est, par la psychanalyse, mise au défi de se décider comme science autonome, qui a son propre logos en accord avec un objet scientifique propre, au lieu de n’être qu’un agrégat de techniques, de méthodes et de nosologies. C’est le début des grands débats toujours actuels sur la thérapie, sa technique et ses méthodes. Geza Roheim y est présent. Freud y intervient en lisant “Suppléments à la théorie des rêves”. À la suite de ce Congrès, Jones est nommé président du comité secret. Freud propose que les membres de ce Comité échangent des Rundbriefe, ou lettres circulaires. Ces lettres seraient hebdomadaires. Elles vont de deux à sept pages dactylographiées.
Dans son article, « Préhistoire de la technique psychanalytique » Freud indique qu’une des sources de sa technique d’association libre serait un court texte de Ludwig Börne, auteur satirique et écrivain allemand, réfugié politique en France. Cet écrit datant de 1823 indique la mise en application de l’écriture dite automatique : « Prenez , écrit Börne, quelques feuille de papier et transcrivez trois jours durant, sans tricherie ni hypocrisie, tout ce qui vous passe par la tête ; » Freud reçoit à l’âge de quatorze ans, en cadeau, les œuvres complète de Börne, et cinquante ans plus tard, il possède toujours ce livre, le seul datant de sa jeunesse.
Allemagne : Max Eitingon et Ernst Simmel créent à Berlin une polyclinique psychanalytique. En 1921, Wlater Schmidelberg qui fut en « contrôle » avec Freud, apporte son concours à l’organisation de cette institution. La capitale allemande rejoint la ville de Vienne aux avant-postes de la psychologie médicale. Eitington crée également l’Institut psychanalytique de Berlin. Le programme de l’Institut comporte des cours sur la technique psychanalytique et la théorie, mais aussi s’ouvre au champ de la psychanalyse appliquée au droit, à la sociologie, à la philosophie à la religion et à l’art. Rudolph Lœwenstein, qui sera le psychanalyste de Lacan y fait un séjour.
Belgique : Fernand Lechat, son épouse Camille et Maurice Dugautiez, s’intitulant psychistes, mettent en place en 1920 un Cercle d’études psychiques où sont pratiqués, outre la psychanalyse, spiritisme et hypnose.
Brésil : Parution du premier livre brésilien consacré aux thèses de Freud, signé de Franco da Rocha, Le pansexualisme dans la doctrine de Freud qui sera réédité en 1930 avec un nouveau titre, La Doctrine de Freud, qui supprime la référence au pansexualisme, terme critiqué par Freud lui-même. Après la publication de son livre, Franco da Rocha a été considéré comme malade mental et une commission de la faculté de médecine a été formée pour mieux évaluer ses conditions mentales.
Chine : Zhang Dongsu, philosophe et réformateur social, inquiet de l’éventuelle propagation du communisme en Chine après la révolution bolchevique, voit dans quelques thèses freudiennes un corpus théorique apte à donner appui à sa propre critique du marxisme. Il publie dans la revue Minduo (La cloche du peuple) un article, “De la psychanalyse”, mentionnant la collaboration de Freud avec Breuer, la cure de parole, la théorie du refoulement et de la censure.
France : Eugénie Sokolnicka s’installe en France avec l’aval de Freud. Introduite par Georges Heuyer à l’hôpital Sainte-Anne, elle analyse des médecins psychiatres de ce qui sera le service du Pr. H. Claude. Elle sera renvoyée de Sainte-Anne par Claude qui ne veut pas de psychanalyste non médecin. Elle trouve parmi les écrivains dont Jacques Rivière et André Gide un public passionné par ses « séances Freud ». Gide aurait fait une très rapide cure avec elle et il en dresse un portrait dans les Faux-Monnayeurs sous les traits de la « doctoresse Sophroniska ».
Piaget donne à la Société A. Binet une conférence sur le mouvement psychanalytique.
Grande-Bretagne et États-Unis : E. Jones fait sortir The International Journal of Psychoanalysis pour l’Angleterre et les États-Unis (cf. lettre de Freud à K. Abraham, 1919). L’éditorial du premier numéro prend position clairement. Si la psychanalyse partage avec les autres sciences le danger de la multiplication des revues, de la dispersion des résultats et de la dissémination des efforts, il faut, par ailleurs, tenir compte d’un facteur propre à la psychanalyse, l’opposition à la psychanalyse qui, indique l’éditorial, se déguise sous toutes formes de slogans réducteurs qui renvoient à des attitudes intellectuelles légitimes telles que « résistance au dogme » ou « liberté de pensée », « élargissement de la vision »… plus redoutables que bien des oppositions franches. Du point de vue de la psychanalyse, conclut l’éditorial, les deux formes de défense, l’opposition ouverte et l’opposition déguisée, doivent être considérées comme fondamentalement identiques et seront traitées comme telles dans cette revue. L’International Journal of Psychoanalysis deviendra en 1941 l’organe officiel de l’IPA. En Grande-Bretagne, traduction de l’Au-delà du principe de plaisir publié par la Hogarth Press. Ouverture au 51 Tavistock Square, Bloomsbury, Londres, par Hugh Crichton-Miller, de la Tavistock Clinic, premier centre psychodynamique de consultation externe conventionné en Grande-Bretagne. Les psychanalystes Susan Isaacs et Karin Stephen prennent part au programme de la formation de cette clinique. Rank et Jones sont nommés membres honoraires de la Société britannique.
Ella Sharpe qui s’est rendue en 1917 à la Clinique médico-psychologique de Londres pour étudier la psychanalyse va suivre une psychanalyse à Berlin avec Hanns Sachs qui a en commun avec elle une passion pour l’art et la littérature.
Les réactions des anthropologues à Totem et Tabou et, par la suite, à une anthropologie psychanalytique, restent hostiles, mais des nuances se font jour. En effet si Boas déclare que « nous ne pouvons pas accepter, comme un progrès dans les méthodes de l’ethnologie, le transfert grossier d’une nouvelle méthode partiale d’investigation psychologique de l’individu aux phénomènes sociaux », Kroeber, lui, conclut qu’aucun ethnologue ne doit négliger le livre de Freud : « Tout ethnologue se verra obligé tôt ou tard de (le) prendre en considération » (il renouvellera son point de vue en 1939).
Pays-Bas : Du 8 au 11 septembre, 5e congrès de l’IPA à La Haye (président E. Jones). Ce premier congrès international après la Première Guerre mondiale devait, selon Jones, se tenir dans un pays neutre. Binswanger y fait une conférence sur “Psychanalyse et Psychiatrie clinique”. Début des grands débats sur la thérapie, sa technique et ses méthodes. Geza Roheim y est présent. Freud intervient en lisant “Suppléments à la théorie des rêves”.
Jelgersma fonde l’Association pour la psychanalyse et la psychopathologie de Leyde qui entretient des bonnes relations avec l’Association psychanalytique néerlandaise
Pérou : Dans le numéro 3 de la Revista de psiquiatria y disciplinas conexas Delgado rédige un article militant, “Freud et le mouvement psychanalytique”, illustré par un portrait pleine page de Freud. Ce dernier mentionnera la publication à deux reprises et déplorera sa disparition, en 1924.
République Tchèque : Arrivée à Prague de Roman Jakobson, fondateur du Cercle linguistique de Prague, dont les recherches sur la méthode structurale vont inspirer, bien plus tard, Cl. Lévi-Strauss et J. Lacan.
Russie : Moshe Woolf pratique à l’Institut de Neurologie et de Psychiatrie et y apporte une orientation psychanalytique.
Suisse : En décembre, la revue de Genève publie la traduction d’un texte de Freud sous le titre “Origine et développement de la psychanalyse”. Le psychologue suisse Yves le Lay rend accessible les cinq conférences que Freud avait prononcées lors de son voyage aux États-Unis, en 1909.
1921
G. Roheim obtient le prix Freud décerné à des travaux de psychanalyse appliquée.
Brésil : Henrique Roxo publie son Manuel de psychiatrie, où il réserve une trentaine de pages à la psychanalyse.
Chine : Bertrand Russel en tournée de conférences à Pékin, à propos de son livre L’Analyse de l’esprit paru cette année, évoque l’inconscient dans une conférence. Il est invité par Zhang Dongsu. Russel, fin lecteur de Rivers, voit dans la psychanalyse une technique de la révélation de la vérité et de la vie instinctuelle de l’humain. Sa théorie du refoulement, confondu avec la répression, est celle d’un mécanisme qui classe les instincts avec des valeurs positives ou négatives suivant les circonstances. Les circonstances exceptionnelles des guerres donnant le plus d’extension à ce mécanisme de la répression de la peur, etc. Russel dénie toute valeur à la théorie de la sexualité infantile.
États-Unis : La psychanalyse est en passe de devenir un phénomène de mode. La grande presse y consacre de nombreuses pages. Brill aide le très connu journaliste Bruce Barton à rédiger “You can’t fool your other Self” article qui paraît dans l’American Magazine du 11 septembre. (Nathan Hale note que les versions populaires de la psychanalyse s’étaient coulées dans l’esprit du magazine à scandale ou de l’homélie religieuse.) Parution du livre Les concepts fondamentaux de la psychanalyse de Brill, marqué par un grand souci de décence et de respectabilité.
France : André Breton entreprend un voyage à Vienne pour rencontrer Freud. Il en revient fort déçu n’ayant rencontré qu'un « petit vieillard sans allure qui reçoit dans son pauvre cabinet de médecin de quartier. Ah, il n'aime pas beaucoup la France, restée seule indifférente à ses travaux […] J'essaie de le faire parler en jetant dans la conversation les noms de Charcot, Babinski, mais, soit que je fasse appel à des souvenirs trop lointains, soit qu'il se trouve avec un inconnu sur un pied de réticence