mercredi, octobre 29, 2003

psychanalyse et Loi

Auteur: comité de rédaction Che vuoi? (---.noos.net)
Date: 29-10-2003 07:04

Au premier abord, les répercussions de ce texte sur la psychanalyse et les psychanalystes ne sont pas faciles à évaluer. On peut cependant avancer quelques remarques et surtout, des questions.

- Une évidence : l'existence de la psychanalyse laïque est mise en cause. Tout psychanalyste qui n'est ni psychologue ni médecin pourra être poursuivi pour exercice illégal de la psychothérapie.

- Un enjeu, non moins évident : qui va former les médecins et psychologues à la pratique de la psychothérapie ? Les Sociétés de psychanalyse y seront-elles directement associées, ou seulement par l'intermédiaire de leurs membres en fonction à l'université ? Dans le même ordre d'idées : existe-t-il une psychothérapie psychanalytique ? dans ce cas, s'agit-il de former des psychothérapeutes spécialisés dans cette branche mais qui ne seraient pas pour autant psychanalystes ? Ou peut-on seulement parler de cures conduites par des psychanalystes, d'un travail psychanalytique plus ou moins approfondi, plus ou moins radical suivant les cas, les circonstances et les structures ?

- Une fois de plus, mais cette fois de façon cruciale, c'est la question de la présence de la psychanalyse dans la société d'aujourd'hui qui est posée. Peut-elle se séparer de la psychothérapie, laissant à celle-ci le terrain du soin ? ou doit-elle s'y intégrer, au risque de s'y perdre ?

- Un savoir étayé par l'expérience : l'ANAES, agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé, est l'instance qui décide des "bonnes pratiques". Il est à craindre qu'elle procède pour la psychothérapie comme dans les autres champs : tel diagnostic, tel protocole de soin. En suivant la clinique de type DSM, cela signifie : telle symptomatologie, telle prise en charge.
Notre conception du symptôme et notre façon de traiter la souffrance psychique disparaissent du champ de la santé. Notre apport clinique et pratique n'y a plus de place.

Urgence d'échapper à l'aporie, de trouver une articulation autre.
Moment pour la certitude anticipée ?

Lors du premier débat sur la psychothérapie, il y a trois ans, l'unanimité des psychologues, psychiatres et psychanalystes s'était faite (pour des raisons bien différentes) contre un titre de psychothérapeute. C'est alors que des universitaires, membres en majorité de la SPP et de l'APF, avaient proposé de définir non pas une profession mais un acte, l'acte psychothérapeutique (comme soin) et les conditions qui autorisent à le pratiquer. C'est le parti qui est adopté aujourd'hui, mais l'évaluation de ces conditions est remise entre les mains de l'ANAES, la décision revenant ensuite aux politiques.
Le mal de vivre peut emprunter toutes les symptomatologies, mais c'est pour se faire entendre. Sera-t-il ramené à un trouble de la santé mentale, voire à un handicap ?

Les premières réactions publiques des psychanalystes (Libération du 25-26 octobre 2003) montrent des sentiments opposés : la Société Psychanalytique de Paris joue le jeu - prenant le parti du semblant ? L'Ecole de la Cause, au contraire, déclare la guerre à M. Accoyer et à son amendement, projetant de saisir la Commission des affaires sociales du Sénat. Elle conteste l'évaluation et au-delà, le remplacement du gouvernement politique par le calcul d'utilité.
Des Journées extraordinaires de l'Ecole de la Cause sont annoncées pour les 6 et 7 février 2004, au Palais des Congrès, sous le titre "Pourquoi des psychanalystes ?" Les "amis lacaniens" y sont conviés.
Les fédérations de psychothérapeutes se manifestent de nouveau et, comme par le passé, parlent au nom de la psychanalyse (AFFOP, Libération du 28 octobre 2003).
Du côté du public et des responsables de la santé comme du secteur médico-social, il existe une forte et persistante demande d'y voir clair dans la nébuleuse psy et d'obtenir des garanties de sérieux.
Certains de nos collègues partagent ce souci de mettre de l'ordre.
Il est certain que l'évolution actuelle de la civilisation ne laisse - apparemment ? - guère d'espace pour la psychanalyse.
Le débat devrait se poursuivre dans les médias. Il devrait aussi s'intensifier entre nous, entre les psychanalystes et entre leurs représentants.

Qu'est-ce qui est bon pour la psychanalyse ? L'intérêt immédiat des praticiens en exercice ne va pas forcément dans le même sens que le maintien de notre discipline dans sa spécificité.

Un juriste consulté énumère, du strict point de vue juridique, trois possibilités :
- rester dans l'anomie
- intégrer la psychanalyse parmi les psychothérapies psychanalytiques
- protéger le titre de psychanalyste, ce qui implique la création d'une Instance représentative, ponctuelle ou permanente (cf. la proposition faite par Serge Leclaire et l'APUI en 1989).

Dans tous les cas de figure, cette législation aura des conséquences sur notre pratique. Il est clair qu'elle projette les sociétés, écoles et associations psychanalytiques sur le devant de la scène : quel rôle vont-elles jouer, quelles répercussions la nouvelle situation va-t-elle entraîner sur leur place et leur fonctionnement ?


Le Comité de rédaction de la revue che vuoi ?

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