lundi, décembre 08, 2003

psy quoi ?

Psy quoi ?

Docteur François-Marie Michaut

Il fallait bien qu’un jour ou l’autre éclate au grand jour l’abcès déjà ancien des exercices marginaux de la psychothérapie au pays de Descartes. Depuis des années tout citoyen de notre beau pays peut visser sa plaque en se disant psychothérapeute, sans avoir à rendre compte à qui que ce soit de sa compétence professionnelle ni d’un quelconque diplôme. Il faut dire que l’exemple de la vénérable psychanalyse, avec les multiples écoles, pour ne pas dire chapelles, qui s’en réclament, a depuis longtemps ouvert la porte de pratiques n’offrant aucune garantie aux personnes qui se lancent dans une démarche analytique. Chacun peut en France se dire psychanalyste, avec ou sans doctorat en médecine, et recevoir à ce titre les gens qui leur font confiance.




La mode de tout ce qui est “psy” a envahi tous nos médias. Le vieil esprit rationaliste pur et dur, ricanant ouvertement des discours filandreux se référant à ce qu’il traite volontiers de sodomisation de mouches est en recul. Le corps médical, lui-même, qui fut un bastion de cette attitude “ apsychognosique” a de plus en plus de mal à ignorer la dimension psychique de tous les aspects de la santé, y compris les plus organiques. Nos dirigeants sont les premiers à faire jusqu’au ridicule un appel hautement médiatisé à des cellules d’aide psychologique dès que survient le moindre drame collectif. La presse est chroniquement fascinée par les territoires mystérieux du fonctionnement humain dont traitent “ les psys”. De quoi vendre du sensationnel, du quasi miraculeux au kilo, et à longueur d’année. Comment le public, conditionné par tout ce déferlement ( pour ne pas parler des prétentions psychologisantes d’émissions de télévision très populaires ) n’aurait-il pas confiance en ces merveilleux psys ?



Et pourtant, la réalité est hélas parfois bien différente. Nous le savons fort bien à Exmed, il existe de remarquables professionnels, formés de façon très sérieuse, et obéissant à une déontologie particulièrement stricte. Ceux-là, les médecins les connaissent dans leur secteur d’exercice et apprécient à sa juste valeur l’aide qu’ils apportent aux malades. Mais il existe aussi des gens qui surfent la vague du psy pour de toutes autres raisons, infiniment moins avouables. Régulièrement, des amis d’Exmed comme Guy Rouquet (*) ou Mathieu Cossu (**) nous informent des détournements de la comète psychologique pour des entreprises sectaires ou charlatanesques. Ces informations doivent circuler largement. Et pas seulement dans le grand public. Les sphères médicales sont aussi largement impliquées dans de telles entreprises, comme d’autres aussi en vue comme celle de la justice , de l’éducation ou du droit. Les sectes règnent partout et cherchent à étendre leur influence ... et leurs profits, en utilisant toutes les méthodes de l’entrisme. Difficile pour le public de savoir où il met les pieds. Qu’il y ait un docteur , ou un psychiatre, dans une proposition de soin ou, de développement personnel n’est en aucune façon une garantie.



Le fait de mettre en avant de cette façon la question des psychothérapies occulte une nécessité un peu trop oubliée. Il ne peut exister aucun traitement ( ou thérapie) de n’importe quelle affection sans que soit établi un diagnostic aussi rigoureux que possible. La connaissance approfondie de la psychopathologie est indispensable pour comprendre comment fonctionne sur le plan des traits de personnalité le patient qui demande une aide, et quelle est la pathologie dont il souffre. Bien que cela agace parfois beaucoup le corps médical, il faut rappeler que les professionnels les plus aptes à effectuer ce travail d’investigation sont les psychologues cliniciens avec leur cinq années d’études universitaires spécialisées. Et que les mêmes psychologues travaillent la plupart du temps au moyen d’entretiens cliniques adaptés à chaque situation, et non en suivant le cadre étroit de telle ou telle forme de psychothérapie bien codifiée. Ces psychologues qui sont des praticiens des entretiens cliniques et des tests psychométriques approfondis ne sont pas des auxiliaires médicaux, ils exercent en toute indépendance, et en toute responsabilité, par rapport aux praticiens. Et sans remboursement de l’assurance maladie. Que des gens se disent, parfois avec la bénédiction tacite de l’Ordre des Médecins, des psychothérapeutes, alors qu’ils ne disposent pas de cette capacité de diagnostic constitue un danger grave pour les patients qui leur font confiance. On comprend facilement qu’un médecin qui n’aurait jamais appris la moindre technique opératoire serait un danger absolu s’il se lançait dans une appendicectomie. Il n’en est pas autrement dans le domaine “psy”. La question va encore devenir de plus en plus épineuse avec la désaffection en cours du corps médical pour l’exercice de la psychiatrie. Il faudra bien parvenir à clarifier, bien au delà des textes législatifs qui ne sont que l’écume superficielle des choses, la question du qui fait quoi, pourquoi, comment et ... avec quels résultats. Les raidissements corporatistes et les groupes de pression occultes n‘y changeront rien. Ce grand dossier de la métamédecine continuera à évoluer.
(*) Guy Rouquet est le responsable du site “ Psychothérapie Vigilance” http://www.psyvig.com
(**) Mathieu Cossu est le responsable du site “ Pour ne pas se laisser piéger par les sectes”
http://prevensectes.com

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