lundi, octobre 27, 2003

psychanalyse et Loi


Réagissez

L'amendement Accoyer a été voté à l'improviste, à l'Assemblée Nationale, sans la moindre discussion, en 1 minute et demie, par une demi-douzaine de députés (c'est ce que l'on appelle un « cavalier parlementaire ») L'ensemble de la loi a été votée par 335 voix contre 181, le mardi 14, en première lecture, par l'Assemblée nationale. L'UDF, les Socialistes et les Communistes ont voté contre. Les Verts se sont abstenus. … Mais l'UMP dispose, à elle seule, de la majorité absolue.
16 oct. 2003
Que pouvons-nous faire maintenant ?
Voici, « dans le désordre », un certain nombre de suggestions possibles

1 • intervenir auprès des sénateurs (lettre à chacun, remise au Sénat) - qui doivent relire, et éventuellement amender, le projet, sans doute en décembre) ;
2 • intervenir auprès des députés (lettre à chacun, remise à l'Assemblée - qui doivent le confirmer définitivement, en seconde lecture, après les suggestions du Sénat ;
3 • rencontrer des membres du gouvernement : Ministre de la santé, Premier Ministre, le Président de la République, leurs directeurs de cabinet et/ou leurs conseillers techniques, etc. (en cours) ;
4 • mener une campagne de presse, dans les journaux quotidiens, hebdomadaires, à la radio et à la télévision (en cours… mais sans succès probant, pour le moment car les quelques lignes sur les psychothérapeutes sont « noyées » dans un ensemble beaucoup plus important, concernent le cancer, le tabac, l'alcoolisme, les drogues, les accidents de la route, le formation des jeunes, etc.) ;
5 • faire une chaîne d'information, via internet : chacun écrivant à tout son carnet d'adresses et suggérant aux récipiendaires d'en faire autant (informe beaucoup de monde, mais l'efficacité concrète reste à prouver) ;
6 • faire des pétitions écrites (avec noms et adresses) ou par e-mail (peu efficace, mais mobilisateur pour les signataires) ;
7 • essayer diverses voies de recours juridiques françaises : Conseil constitutionnel, etc. (prévu) ;
8 • intervenir sur les décrets d'application - qui peuvent moduler l'application de la loi (par la suite) ;
9 • faire appel auprès des instances européennes : Conseil de l'Europe de Strasbourg, Commission européenne de Bruxelles, Cour européenne de Justice de Strasbourg et Luxembourg (prévu par la suite) ;
Divan
Tous les psys en pleine cure de loi
Voté à l'Assemblée le 8 octobre, un amendement vise à réglementer les professions des soins psychiques, en exigeant des qualifications.








Par Eric FAVEREAU

samedi 25 octobre 2003







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ernard Accoyer, médecin et député UMP, peut être fier. Il encadre, sans coup férir, le monde compliqué de la psychothérapie et de la psychanalyse. Son amendement a été adopté à l'unanimité par les députés, et va passer au Sénat. «Il n'y a, à ma connaissance, aucune opposition de mes amis sénateurs, se réjouit-il. Très vite, la psychothérapie va avoir un cadre légal de formation, et il en sera fini de toutes ces pratiques pour le moins limites, qui fleurissent tranquillement un peu partout.»
«Vide juridique». Un vrai bouleversement. Effectué en silence. Beaucoup mieux qu'un acte manqué. Le 8 octobre dernier, c'est en effet sans débat ni la moindre polémique, et dans une indifférence quasi générale, qu'un amendement au projet de loi sur la politique de santé publique a été adopté, visant à réglementer la profession de psychothérapeute. «Il s'agit de combler un vide juridique et de sécuriser la pratique des psychothérapies actuellement exercées sans le moindre contrôle», expliquait alors le texte de présentation. Selon cet amendement, seuls pourront exercer cette activité les médecins ou psychologues «ayant les qualifications professionnelles requises», celles-ci devant être fixées par décret. Les personnes qui ne possèdent pas ces qualifications (à savoir le titre de médecin ou celui de psychologue clinicien) «pourront toutefois continuer leur activité si elles l'exercent depuis plus de cinq ans, à condition de satisfaire à une évaluation de leurs connaissances par un jury dans un délai de trois ans».
«Validation». Clair et simple. Et apparemment, de bon sens : donner une formation universitaire de base à tous ceux qui veulent prendre en charge les malheurs de l'âme. «Il y a cinq ans, raconte Bernard Accoyer, j'avais reçu une lettre d'un ami psychologue qui me disait sa stupeur que n'importe qui pouvait mettre une plaque sur sa porte et se déclarer psychothérapeute. Or, on le sait, 50 % d'entre eux ont des méthodes discutables. Il n'y a aucun contrôle, aucune formation. Au début, je pensais qu'il fallait faire un diplôme de psychothérapeute. J'ai évolué et il m'est apparu plus judicieux de dessiner un cadre, avec une formation minimum, et des commissions qui valident des qua li fications.»
En 2001, Bernard Accoyer se jette à l'eau. Essaye de caser son amendement à Bernard Kouchner, ministre de la Santé, qui défendait alors sa loi sur les droits des malades. Mais ce dernier préfère, avant tout dépôt de texte législatif, renvoyer à une agence d'accréditation la tâche d'évaluer les différentes techniques de psychothérapie. Un rapport sur la santé mentale est demandé aux docteurs Piel et Roelandt. Remis quelques mois plus tard, ce rapport suggérera «que le cursus de psychothérapeute soit sérieusement encadré et validé par l'université ou des écoles agréées».
Indépendance. Aujourd'hui, c'est donc chose faite. Mais au passage, la psychanalyse est contrainte de rentrer dans les rangs. Les analystes devant recevoir en préalable, eux aussi, une formation de médecin ou de psychologue. On touche là au volet le plus problématique de cet amendement. La psychanalyse n'est pas une psychothérapie tout à fait comme une autre. Elle a une histoire, une originalité, une indépendance surtout. Nullement réductible à une simple thérapie, la formation des analystes repose sur des règles précises, fixées par les différentes écoles. Et depuis plus de vingt ans, ces derniers savent fort bien qu'ils ne pourront naviguer éternellement en marge des règles officielles de formation et d'exercice. Ils en débattent. Evoquent, régulièrement la nécessité d'un minimum d'organisation commune du milieu analytique, longtemps divisé en chapelles rivales. Certaines figures historiques, comme Serge Leclaire, ont lancé un temps l'idée d'une «instance ordinale», à l'instar de l'ordre des médecins. Réticence des uns et des autres. Même si au fil des ans, les différentes écoles de psychanalyse, en particulier les freudiens et les lacaniens pour dire vite, en ont fini avec les jetées d'anathèmes, et se parlent de plus en plus.
L'amendement Accoyer bouscule cette évolution en «normalisant» la psychanalyse et en l'enfermant dans le monde incertain des psychothérapies. «Certes l'effet thérapeutique des analyses est incontestable, mais ce n'est pas, de loin, le seul effet, constate la psychanalyste Danièle Lévy. C'est aussi une aventure personnelle prenant en compte la singularité de chacun.» Une exception qui aurait mérité un vrai débat.
(1) Voir le site d'une association d'analystes : textes, débats, réactions: www.oedipe.org/

Divan
Divisions du côté des analystes








Par Eric FAVEREAU

samedi 25 octobre 2003







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acques-Alain Miller
Directeur du département de psychanalyse de Paris-VIII, membre de la Cause freudienne, gendre de Jacques Lacan
«Un asservissement général à l'évaluation»
«Voici un texte qui prétend protéger le public. Qui pourrait être contre ? Mais c'est un trompe-l'oeil. Il s'agit en fait de tout autre chose. Premièrement, satisfaire, tout en les encadrant, les prétentions des lobbies psychothérapeutiques, impatients depuis des années de voir légitimés les procédés du "psy-business". Deux : faire passer sous la toise les analystes, rabattre son caquet à la psychanalyse, dont les "sociomanes", comme dit Sollers, pensent qu'elle a pris trop de place en France et que son influence, comme celle de la littérature d'ailleurs, est nuisible à leur dessein d'asservissement général au supposé "bien commun". Trois : prédéterminer et raccourcir les cures en fonction de diagnostics initiaux posés à la va-vite, avec les pires conséquences pour les patients. Enfin, faire régner "l'évaluation" à tous les étages de la société. Très précisément, c'est l'application d'une conception néomondialiste de réforme universelle des pratiques sociales et gouvernementales, mise au point peu après la chute du mur de Berlin sous le nom de l'"Etat stratège". Cette conception a été rodée au Québec, notamment dans la santé publique, et, comme le dit l'intéressante devise de l'université Laval, "aujourd'hui le Québec, demain le monde".
Par l'opération du Saint-Esprit, l'idée de l'"Etat stratège" a cheminé à bas bruit à travers Rocard, Juppé, Jospin, elle a été savamment instillée dans tous les lieux de pouvoir en France, et elle règne maintenant sans partage sous Raffarin. Il suffit de consulter le site Internet du Commissariat au plan et de surfer sur le Web pour s'en apercevoir. Nos évaluateurs ont gagné ! Bravo ! Eh bien, nous allons les évaluer !»
Jacques Sédat
Fondateur avec Serge Leclaire de l'Association pour une instance tierce des psychanalystes, membre d'Espace analytique
«Signe d'une méconnaissance de la souffrance psychique»
«On ne peut pas parler de cet amendement sans évoquer le contexte dans lequel il s'inscrit. Cet amendement est lié à l'idéologie de la pénurie qui prévaut actuellement. Elle part du constat qu'il n'y a pas assez de psychiatres, qu'il faut fermer les hôpitaux, mais aussi qu'il faut aller vers les usagers. On laisse tomber la psychiatrie pour la santé mentale.
Cet amendement vise finalement à rendre service aux psychiatres qui sont débordés et qui veulent récupérer une mainmise sur les psychothérapies. Chaque année, 500 psychiatres partent à la retraite et à peine 200 sont formés. Devant cette pénurie, ils vont se redéployer avec les auxiliaires de santé mentale que sont les psychologues. On arrive ainsi à l'amendement Accoyer par le biais de la formation. La psychothérapie devenant l'auxiliaire de la psychiatrie, qui n'a plus ni le temps ni les moyens.
Dans un premier temps, la psychanalyse a pu ne pas se sentir concernée. Les psychanalystes pensant même qu'ils pouvaient tirer leur épingle du jeu. Or, tout le monde va être perdant. Il y a une méconnaissance de la souffrance psychique, noyée dans la santé mentale. L'amendement Accoyer, pour tous, sera quelque chose d'extrêmement fâcheux, idéologiquement. Tout cela va à l'encontre de la prise au sérieux, dans sa singularité, de la subjectivité et de la souffrance du sujet.»
Alain Fine
Président de la Société psychanalytique de Paris, freudienne orthodoxe
«Exiger une formation minimum, c'est une garantie»
«L'amendement Accoyer n'est pas notre ennemi. C'est une vieille histoire. Il y a eu beaucoup de rapports sur cette question, dont celui de l'Académie de médecine. Tout le problème, c'est la question des psychothérapies. On l'avait laissé en suspens, là il revient et c'est tant mieux.
D'abord, il ne fallait pas que l'on soit dans le même wagon que ces psychothérapies de bazar que l'on voit un peu partout. En exigeant une formation minimum de médecin ou de psychologue, c'est une garantie. De plus, cette question nous a poussés à établir des passerelles avec tout une série d'autres écoles.
Cela étant, il faut faire attention : cet amendement "universitalise" un peu trop la formation, et nous veillerons à ce que les commissions paritaires qui auront à juger des expériences des uns et des autres ne soient pas composées uniquement d'universitaires mais aussi de membres des sociétés savantes. On veut avoir notre mot à dire dans ces jurys. Mais je le redis, l'amendement Accoyer n'est pas notre ennemi : qu'il y ait un tronc commun de formation, c'est bien.
En tout cas pour nous, avec nos 600 membres et nos 450 en formation, nous n'avons pas de souci. Notre formation comporte la fréquentation de séminaires et deux contrôles collectifs. Cela dure au moins cinq ans. La formation, ce n'est pas ce que l'on craint.»

Pressed






©AFP Général - 8 Octobre 2003 - 19:53 - Heure Paris

Assemblée-santé

Les députés veulent réglementer la profession de psychothérapeute


PARIS, 8 oct (AFP) - Les députés ont adopté mercredi en première lecture un amendement au projet de loi sur la politique de santé publique qui réglemente la profession de psychothérapeute.
Bernard Accoyer (UMP, Haute-Savoie) a expliqué qu'il s'agissait de combler un "vide juridique" et de "sécuriser la pratique des psychothérapies" actuellement exercées "sans le moindre contrôle".
Aux termes de cet amendement, seuls pourront exercer cette activité les médecins ou psychologues "ayant les qualifications professionnelles requises", celles-ci devant être fixées par décret.
Les personnes qui ne possèdent pas ces qualifications pourront toutefois continuer leur activité si elles l'exercent depuis plus de cinq ans, à condition de satisfaire à une évaluation de leurs connaissances par un jury dans un délai de trois ans.


df/sm/npk/jlb