mercredi, février 25, 2004

Objet : [psychanalyse] L'homme pense avec son objet ?

Bonjour,


Il y a dans le séminaire de Lacan "Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse", sans doute celui de ceux (encore peu nombreux) que j'aurais lus et relus, une phrase qui ne cesse de m'interpeller. Dans la leçon V, celle du 12 février 1964, Tuché et Automaton. Lacan y traite du Fort/Da reprenant l'expérience de Freud presque depuis son début, à partir de la relation que Freud en a faite. Il me semble avoir déjà adressé ici les deux pages dont il s'agit dans l'Édition "Essais/Points", 72 et 73, et je ne les reprendrai donc pas en entier.

Lacan a ces formules frappantes :

"Cette bobine, ce n'est pas la mère réduite à une petite boule par je ne sais quel jeu digne des Jivaros - c'est un petit quelque chose du sujet qui se détache tout en étant encore bien à lui, encore retenu. C'est le lieu de dire à l'imitation d'Aristote que l'homme pense avec son objet.

C'est avec son objet que l'enfant saute les frontière de son domaine transformé en puits. S'il est vrai que le signifiant est la première marque du sujet, comment ne pas reconnaître ici - du seul fait que ce jeu s'accompagne d'une des premières oppositions à paraître - que l'objet à quoi cette opposition s'applique en acte, la bobine, c'est là que nous devons désigner le sujet. A cet objet, nous donnerons ultérieurement le nom d'algèbre lacanien - le petit a."

Je n'ai donné la suite de la phrase que pour qu'il vous soit possible de la replacer dans son contexte. Je passe la référence qui est faite par Freud dans la Traumdeutung au jeu de son petit fils, car une note y fait référence, sans que je puisse dire si elle est contemporaine de la première édition du livre, ou si au contraire elle a été rajoutée après qu'ait été rédigé le texte sur le fort/da. Il est bien évidemment intéressant de noter que, pour Lacan, la bobine est partie intégrante de l'enfant, et non - comme on se l'imagine souvent - la mère, encore que quelque part cet objet qui "choit" du sujet qui est encore lui tout en ne l'étant pas a certainement quelque chose de l'objet transitionnel de Winnicott, encore qu'il ne soit pas nécessairement affectivement attachée, comme la poupée, le bout de drap dont il ne se sépare pas, et qu'évoque Lacan notamment dans la relation d'objet, c'est au jeu plus qu'à l'objet qu'il s'attache, il semble.

Mais c'est cette idée "que l'homme pense avec son objet" qui m'interpelle. De Platon, je ne sais pas grand chose, mais au moins ai-je désormais lu Le Banquet, mais d'Aristote, moins encore, pour ne pas dire rien (hélas) ! Quelque par la formule me frappe pourtant, comme si elle avait une part de vérité que je pressens sans pouvoir l'exprimer. On ne médite par exemple que sur un objet, la méditation sans objet est un des derniers stades avant le Nirvana ! Est-ce à dire que l'on est toujours son propre objet ? Qu'il n'y a pas de pensées de l'autre qui ne soit pensée de soi.Quelque chose d'un narcissisme mental ? Un objet qui est toujours peu ou prou démembrement du moi etc.

Je me perds en conjectures, mais il y a sur cette liste des psychanalystes avisés, lacaniens de longue date, et de surcroît philosophes d'adhésion sinon même de profession.

Alors qu'ils veuillent bien nous dire en quoi Aristote soutient - et Lacan après lui - que

L'homme pense avec son objet .

Merci d'avance,

Cordialement à tous et à toutes,

Jean-Pierre Edberg
sources :



De : Jean-Pierre Edberg
Répondre à : psychanalyse@yahoogroupes.fr
Envoyer : mercredi 25 février 2004 10:33:23
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Objet : [psychanalyse] L'homme pense avec son objet ?

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