jeudi, mai 13, 2004

topologie du transfert

Richard Abibon

mercredi 19 Mai 2004

Topologie du transfert

J’ai eu la surprise de retrouver dans un de mes rêves un signifiant transformé en lettre, manifestement issu d’une de mes analysantes ; la surprise n’est pas que je l’ai retrouvé : ça, ça m’arrive constamment. La surprise, c’est que pour cette fois, ce signifiant, consciemment, je ne l’avais pas entendu. C’est donc l’analysante, qui, à la séance suivante me l’a fourni comme interprétation de mon propre rêve, que je ne lui avais bien sûr pas mentionné.
Qu’il soit possible de refouler des représentations proposées par des analysants, c’est le commun de la résistance de l’analyste. Mais lorsqu’il semble que cette représentation fasse défaut dans le discours entendu, voilà qui dépasse l’entendement. Ce qui confirme que l’exercice de la psychanalyse, c’est la mise en nouage de deux inconscients : peut-être même que c’est la révélation de ce que d’inconscient, il n’y a que dans un rapport à l’autre : c’est le nouage comme tel. Au point qu’on ne puisse plus parler d’inconscient individuel, alors même qu’il y a bien un individu et un seul qui à un moment, en parle, tandis que l’autre écoute. La structure du langage est faite de ce paradoxe que soutient l’écriture de la bande de Mœbius : ils sont deux, mais il n’y a qu’un langage qui les relie. Il y a deux faces mais c’est le même bord.
Passé ma surprise, je me suis mis au travail topologique, dont je dis toujours qu’il n’a pour fonction que de féconder la clinique, et je me suis servi des diverses « machines » que j’ai mises au point. J’ai pu en tester la cohérence l’une par rapport à l’autre, et tout cela me confirme l’idée que c’est bien le désir de l’analyste qui opère, non son savoir, ni sa technique, ni le cadre. Le désir en tant qu’il est toujours inconscient.
J’en viens aussi à l’idée que tout rêve n’est pas seulement le retour de représentations refoulées, c’est aussi une tentative de représentance de la représentation : il me semble retrouver la structure du langage dans la structure de tout rêve. Certes « l’inconscient est structuré comme un langage », mais va-t-il jusqu’à la tentative de produire toujours un métalangage impossible pour représenter l’acte de mise en représentation ?
C’est un point de vue.
Comme il y trois point de vue du sujet (étoile bleue) par rapport à l’objet (rond rouge) qu’il observe dans le miroir (son image : le rond vert) :

Et comme j’ai pris l’habitude de faire le tour des points de vue, j’ai le sentiment que tout rêve se propose aussi comme un tour de tous les points de vue, afin, peut-être, de donner un représentation exhaustive - bien qu’impossible - de ce réel qui l’a motivé. Ce qui rejoint la proposition de Freud du rêve comme accomplissement d’un désir. C'est-à-dire, au fond, un vidage de l’objet.
Dans le chapitre 7 de la Traumdeutung, Freud propose un schéma de l’appareil psychique comme un appareil d’optique muni d’une succession de lentilles ; je reprends la proposition en substituant des miroirs aux lentilles. Qu’on ne s’y méprenne pas, il ne s’agit pas seulement d’imaginaire, le miroir fonctionne très bien en métaphore du langage, ce fameux métalangage impossible dont je parlais plus haut. Il suffit de penser chaque position au miroir comme l’un des points de vue de la construction de la représentation, et il se trouve qu’on y retrouve les trois temps de la pulsion chez Freud.
Pas étonnant que ces trois temps m’amènent, en les dialectisant l’un par l’autre, à construire un nœud borroméen.



Chez Richard Abibon, 60-64 rue Emeriau, Tour Panorama, entrée sud 23ème, appartement 04- 75015 Paris, Métro Charles Michels, à 21h, le 3ème mercredi de chaque mois, d’octobre à juin. Renseignements 06 84 75 94 06