lundi, novembre 21, 2005

Paris brûle -t-il ? par Frans Tassigny - 18/11/05

Paris brûle -t-il ? par Frans Tassigny - 18/11/05

La haine, la misère, la peur ont toujours "su" où se forme leur ennemi : à l'extérieur de soi. La psychanalyse démontre que la menace est interne. Mais elle ne l'est que pour une culture qui soit capable d'intérioriser, d'avoir séparé l'intérieur de l'extérieur. Toutes les formes de culture ne le font pas. Cette guerre des banlieues sans idéal, mais non tout à fait sans causes est évidement une guerre de défense culturelle, deux visions du monde s'affrontent, mais l'une doit se défendre contre elle-même, c’est-à-dire contre un désir inconscient donc refoulé qui la fait agir. "ce n'est pas une guerre, c'est une opération de police...." Mais ce que l’on oublie de dire c'est que cette" opération de police "est également confrontée à l'inadaptation d'une société, aux villes dortoirs.
Enfin, cette réaction du pouvoir avec ce besoin de punition revêt la forme d'une autojustification morale et juridique qui plonge ses racines dans les tréfonds de l'inconscient.
VOILA POURQUOI C'EST CELUI-CI LE VÉRITABLE SUJET-OBJET DE CES TROUBLES. A chaque voiture incendiée dans Paris, c'est "le petit a" de la révolte contre une société injuste qui s'exprime...

Les trois chaînes de perception de la "réalité" ne fonctionnent plus, non seulement ces violences urbaines viennent de briser ces trois registres mais surtout elles s'expriment si l'on peut dire, directement dans l'une d'elles "LE SYMBOLIQUE".
Sa structure même ressemble à une explication de texte....., l'inconscient les a renvoyés.
Dans ces conditions l'objet des émeutes, c'est le discours. Le signe en a été l'incapacité de tout ces acteurs et intervenants à produire un champ d'écriture autonome.
Dans ses "Considérations actuelles" en 1915 Freud démontrait que les guerres provoquent de la désillusion et que la grandeur de la désillusion est proportionnelle à l'importance que les hommes attachent à l'illusion.
Dans ces émeutes, chacun est absent de la vision culturelle de l'autre.
L'homme demeure enfant de peur de s'aventurer dans un univers hostile, qui porte le visage de l' ÉTRANGER.
Cette rencontre entre un monde hostile et un homme fragile pose ou repose la question de savoir si un peuple (ou une culture) a le droit de mettre un processus qui conduise, selon ses critères, à une existence plus policée de l'humanité ; à une République policière pour être en l'occurrence plus direct....
Je vous propose ultérieurement de commenter la lettre de Freud à Einstein
(1933) car Freud oppose les caractères psychologiques de la culture à la barbarie de la guerre....


Frans Tassigny (Ostende BELGIQUE)

Répondre à l'auteur de l'article :

jeudi, novembre 17, 2005

PSYCHANALYSE ACTUELLE (fondée en 1986 à Paris)

PSYCHANALYSE ACTUELLE (fondée en 1986 à Paris)

Association membre de l'Inter-Associatif Européen de Psychanalyse

et de Convergencia Mouvement lacanien de la psychanalyse freudienne

site : psychanalyseactuelle.free.fr ou psyact.free.fr

« le présent est un instant qui a eu de la chance »

Courrier 2005-2006
Le lien psychanalytique, celui entre les praticiens, a en lui une densité de questions qui, comme la pratique de la cure elle-même, est source de novations à recueillir … Chacun le sait. Pour les repérer encore faut-il un mode d’approche de telles questions qui permette leur transmission. Et c’est la transmission indirecte. Qui elle-même, loin d’être une simple translation est création, novation… Que ce soit la passe comme procédure telle que Lacan la propose en 1967, le ‘Groupe de question clinique’ où un praticien par sa panne dans son écoute sollicite un cartel puis un auditoire, ou encore une simple mise en dérivation d’un conflit entre 2 ou plusieurs praticiens par l’accueil de ce conflit. En sorte que ceux-là qui, acceptant de l’écouter, décident de leur pertinence analytique afin de les soumettre alors à un public plus vaste…Outre le respect implicite obtenu par ces protocoles, surgissent les dimensions théorisante et politique inhérentes au lien entre analystes.

Le lien à Psychanalyse Actuelle procède en bonne part de la question des effets, sur le sujet et le discours analytique, de la rupture de civilisation. Non sans conflits qui se déplacent ; s’annulent et surtout participent à toutes sortes d’effacements de ces conflits eux-mêmes… Pas seulement dans notre association, mais aussi dans d’autres lieux analytiques, cela afin de s’employer à faire émerger ce qui de ses impasses fait symptôme. Le lien entre analystes trouvera de quoi se questionner et mieux définir la psychanalyse aujourd’hui… semble-t-il ?



J-J.Moscovitz
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Activités 2005-2006


Les séminaires





Séminaire de Psychanalyse Actuelle :

Clinique et approche freudienne de la culture

4 place St-Germain-des-prés, 75006 Paris, salle «des bibliothèques »

· le 2e lundi du mois, de novembre à juin



le 14 novembre à 21h15 nous recevrons

Patrick DESBOIS: « masse dans le sens freudien et masses actuelles… »

(Père P. Desbois est secrétaire pour les relations

de l’Episcopat avec le judaïsme)

présentation et débat avec Maria Landau, Nabile Farès, éric Didier, et Jean-Jacques Moscovitz.





Aujourd’hui, comment les opérateurs de notre pratique de l’écoute et de l’interprétation se laissent interroger par des montages d’écriture tels que « Malaise dans la civilisation », « Considérations sur la guerre et sur la mort », « Angoisse et vie pulsionnelle » (32ème Conférence), comment participent-ils dès lors aux coupures freudiennes par leur mise en tension dans différents discours -l’analytique notamment- entre structure et histoire.

Des auteurs invités tels que P.Desbois, B.Toboul, G.Rabinovitch, Yolanda Gampel (« Ces parents qui vivent à travers moi », Fayard 2005), Bertrand Leclair (« Le bonheur d’avoir une âme » éd. Maren Sell oct. 2005), et d’autres encore nous feront préciser notre questionnement à Psychanalyse Actuelle. Ce qui nécessitera sans doute des moments de rencontre plus spécifiques pour l’accueil de certains des auteurs les -vendredi soir puis samedi après midi.

Rens. psychanalyse.actuel@vnumail.com,

Tél 01 45 75 72 83

maria.landau@wanadoo.fr, Tél. 01 46 33 91 21

nabilefares@mailfr.com, Tél. 01 46 33 90 49

jeanericdidier@yahoo.fr, Tél. 01 42 23 30 73

jjmoscovitz@free.fr, Tél. 01 43 25 02 11

psyact@free.fr

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Séminaire de lecture de textes de Freud et de Lacan

Institut de Théologie Protestante, 83 boulevard Arago, Paris 14ème

· le 4ème lundi de chaque mois à 21 h

Lundi 28 novembre à 21 h

Cette année lecture de séminaire de Lacan «Le Séminaire Livre IV, La relation d'objet », le Seuil, et « Le petit Hans » in Cinq Psychanalyses, Freud



Séminaire de lecture de textes où la question de la transmission et de l'histoire du mouvement analytique sont présentes.

Ce séminaire est proposé par: Jean-Marc Benkimoun, Maria Landau, Fernand Niderman, Eugène Perla.

Renseignements :01 46 33 95 71

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Séminaire de Nabile Farès Actualités freudiennes.

4 place St-Germain-des-prés, 75006 Paris,

· Le 1er jeudi de chaque mois à 21 H 15

Prochaine réunion : le 1er décembre 2005



Reprise de notre séminaire « Le sujet dans la langue historicité du trauma » selon cette proposition de : « mythe et langue en psychanalyse », que nous avons répartie ainsi :

-3 nov et 1er déc. : Œuvre et symptôme.

-5 janvier, 2 février : L’exclusion mythique

-2 mars, 6 avril : « Fonction de la parole et du

langage. »

- 4 mai, 1erjuin : Légende et tragédie.



Le jeudi 3 novembre prochain nous parlerons d’une difficulté de Freud que nous avons incidemment repérée dans notre lecture de la correspondance de celui-ci à Fliess : qu’est-ce qui ferait « symptôme » chez Freud et inviterait à la naissance de cette découverte que fut pour Freud et reste pour nous : la psychanalyse. Ces lettres précèdent celle numérotée 78 sur ce que Freud nomme « les dernières productions de son activité cérébrale : les mythes endo-Psychiques. »



Lecture proposée : lettres N°64 à 78 in « la naissance de la psychanalyse ».

rens. N. Farès : 01 46 33 90 49.

O. Natahi : 06 11 04 35 49



Séminaire

“ L’enfant... le psychanalyste ”

83 bd Arago 75014 Paris, Faculté de théologie protestante, (porte fermée à 21H30).

· Le 2ème jeudi de chaque mois à 21 h

Ce séminaire de psychanalyse avec les enfants aborde la clinique, les concepts, les textes qui la constituent. Séminaire de clinique d'analyse avec les enfants. la théorie viendra "de surcroît". Les participants qui le souhaitent, animeront les séances en présentant un cas clinique ou un compte rendu de livre.



· 10 novembre: Jean-Marc Benkimoun, :

"l'accompagnement"

- 8 décembre: Fernand Niderman, Michel Leverrier : « l'impossible de l'accès à la parole ».

- 12 janvier: Danielle Girard: histoire clinique.

- 9 février: Maria Landau, "Yolanda Gampel: « ces parents qui vivent à travers moi »".



Nicole Jaquot, Maria Landau, Fernand Niderman. Rens. 0146339121

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Séminaire de Bernard Martel

· Le 2ème jeudi de chaque mois, à 21h15

prochaine réunion : Jeudi 8 décembre

23 rue Campagne Première 75014 Paris

A bâtons rompus



De « l’Esquisse d’une psychologie scientifique » à « L’au-delà du principe de plaisir »

Le projet explicite de Freud dans « l’Esquisse » est de faire pour la psychologie ce que la physique moderne du XIXème a effectué pour la nature. (-) Pour la première fois depuis « l’Esquisse » dans « l’au-delà du principe de plaisir » Freud va être amené à poser cette question « est-il vrai que l’être humain soit régi par le seul principe de plaisir ? N’y a-t-il pas autre chose dans le psychisme humain que ce seul principe ? Nous développerons la réponse dans sa radicalité qui met en évidence l’exception de la psychanalyse.

Rens.: Bernard Martel, 01 42 77 88 87



Séminaire de Michel Guibal

· Le 3eme Jeudi du mois à 21 h

prochaine réunion : le 17 novembre 2005 à 21 h

Maisons des Mines et des Ponts et Chaussées

270 Rue Saint Jacques Paris 75005



Michel Guibal

Gu jianling

Qin wei

Shenme chong.

??chong.



La psychanalyse de ce bref souvenir d’un rêve en chinois, nous conduira à suivre à la trace un sinogramme « zhao » ( ? ), qui dans les textes taoïstes anciens avait pour fonction celle d’un sujet de l’énonciation émergeant de la science graphique.



Ces traces explorereront l’émergence d’une transcendance chinoise, et donc à dire que la pensée chinoise ne serait pas réductible à son éternelle immanence. Emergence, aussi, de la notion d’un « individu » et donc d’une possible subjectivité trans-individuelle, préliminaire à la pensée d’un « sujet de l’inconscient » en Chine traditionnelle.



Ce n’est pas pour faire œuvre de sinologue, mais par ce détour éclairer une pratique de la cure avec « ceux qui entendent des voix que les autres n’entendent pas ».

Autrement dit éclairer ce que m’a enseigné, l’année dernière, le travail sur la traduction chinoise du couple « signifiant/signifié » : ce qui est obscur c’est le rapport de la pulsion invocante avec la pulsion scopique, ou autrement dit le passage de la voix à l’écriture et hypothétiquement vice et versa.



Bibliographie : ouvrage dont la lecture est conseillée et même indispensable pour suivre ce séminaire.

Cahiers d’Extrème-Asie N° 14. Leon Vandermeersh : De l’idéographie divinatoire à Confucius et Zhuang zi.John Lagerwey : Deux écrits taoïstes anciens.

Brigitte Bertrhier : La dame du bord de l’eau. Recherches sur la haute Asie 8. Société d’thnologie 1988.

Leon Vandermeersch : La langue graphique chinoise in Etudes sinologiques. Paris P.U.F 1994.

I. Robinet : La révélation du Shangqing dans l’histoire du taoïsme. Tome 1, Ecole française d’extrême orient. Paris 1984.

Michel Guibal, rens 01 43 26 09 62

***

Séminaire : « FAIRE FIGURE(S) »

83 bd Arago 75014 Paris, Faculté de théologie protestante, (porte .

· Le 4ème mercredi de chaque mois à 21 h,

Le mercredi 23 novembre à 21 h : intervention de T.Perlès



Dans la suite de notre engagement entre psychanalystes, créateurs et historiens d’art, et du temps présent, nous maintiendrons la différence entre le « visuel » et le « visible » : si la figure du rêve relève du champ du « visuel », elle n’est pas de l’ordre du « visible », alors qu’une œuvre d’art relève aussi de ce dernier. Cette différence essentielle nous permettra (peut-être ?) de préciser la position de la figure du rêve, relativement à l’image d’un côté, et au signifiant de l’autre… ou bien au signifiant d’un côté, et à l’image de l’autre !



Pour tout renseignement concernant le séminaire, il est possible de contacter l’un d’entre nous :

Fernand Niderman : 01 43 46 68 59
Jean-Marc Benkimoun : 01 45 20 04 61

***



Rencontre avec un auteur

Au 4 place St-Germain-des-prés, 75006 Paris,

(salle des Bibliothèques)



· Vendredi 18 novembre à 21 h

d’éric Didier

« Paroles d'enfants à un psychanalyste »

débat animé par Françoise Moscovitz, Maria Landau, Ali Magoudi, Nabile Farès

« J’ai pensé que certaines paroles d’enfants, prononcées il y a des années dans le cadre d’une analyse menée en cabinet particulier ou en dispensaire public de pédopsychiatrie dans la plus démunie des banlieues, méritaient qu’on prenne soin d’elles, un peu comme si elles venaient d’être confiées à la première passante ou au premier passant venu, toujours un peu orphelin de sa propre enfance tombée aux oubliettes.
Vous ne devriez pas rester insensible à la violence des tempêtes soufflant dans les têtes, à la profondeur des désarrois de ces enfants. L’ingéniosité de leurs trouvailles, le souffle de leur humour pourraient un instant vous emporter ailleurs. […]
Leur contribution à la psychanalyse est venue se déposer au fil de ces lignes. Pour vous je m’en suis trouvé passeur et traducteur. » Éric Didier.

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Groupes de travail

Groupe de travail sur la pratique psychanalytique

Nouage « clinique lacanienne, clinique freudienne, clinique de l’actuel »

s’adresser à Jean-Jacques Moscovitz

tél. : 01 43 25 02 11

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Cartel de questions cliniques

Protocole : un praticien face à une question venue de sa pratique quotidienne peut, s'il le désire, s'adresser à la communauté des psychanalystes afin de transmettre une parole issue de sa pratique. La particularité du procédé veut que le praticien accepte d'être dessaisi de son dire puisqu'il doit faire silence pendant toute la durée de la transmission élargie au public...

Trois temps de transmission

1. Le praticien parle à un Cartel.

2. Le Cartel l'écoute, pas plus de deux fois si possible, et ainsi élabore sa propre transmission.

3. L' Auditoire se réunit sur invitation du Cartel. Cela implique que pendant la réunion de l'Auditoire, l'ensemble des participants s'associe à une telle expérience de parole.

Rens : Pour soumettre votre question, comme praticien, à un cartel, ou pour faire partie d'un cartel, d'un autre groupe clinique, veuillez vous adresser à : é. Didier, 01 42 23 30 73, ou F.Niderman, 01 43 46 68 59

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Groupe d’inter-contrôle

Proposé par Bernard Martel /

A partir d’une situation de prise en charge, déjà entamée ou d’entretiens préliminaires, un(e) analyste expose, pour problématiser une question. Les autres du groupes l’écoutent et dans un second temps disent ce qu’évoque pour chacun d’eux la question de l’exposant. La disposition requise est celle qui consiste à mobiliser notre capacité d’écoute pour s’entre-accompagner chacun son tour, autant que faire se peut.

Contacter Bernard Martel 01 42 77 88 87.

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LE REGARD QUI BAT….le cinéaste et son œuvre

« Il y a en effet un chemin qui permet le retour de l’imagination à la réalité, et c’est l’art. », S.Freud



L’œuvre, pas plus que le regard, ne se consomme. Qu’est-ce qui, dans une œuvre, regarde chaque spectateur, et le captive ? Le cinéaste fait œuvre à mettre le regard en scène. Le regard est au cœur de l’œuvre, et non pas extérieur à elle. C’est en l’y déposant que l’artiste, faisant événement, nous donne notre réel à voir.

Projection d’un film et débats entre spectateurs, cinéastes, psychanalystes, philosophes, historiens…organisés par Psychanalyse Actuelle, un dimanche par mois ;

au CINEMA ESCURIAL PANORAMA

11 bd de Port- Royal 75013 Paris

· dimanche 20 novembre à 10 h45
BELZEC

de Guillaume Moscovitz



· dimanche 11 décembre à 10 h45

« Un rêve algérien » de J.P. Lledo

organisation : Barbara Didier, Véronique Haguenauer, Maria Landau, Françoise Moscovitz, Nabile Farès, Jean-Jacques Moscovitz, Vanina Micheli-Rechtmann, Fred Siksou et d’autres…

rens. : Psychanalyse Actuelle : psyact@free.fr

Tél : 01 43 38 64 14

Contacts : tm@cinema-tm.com

Site : http://www.cinema-tm.com

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Le bulletin :…Comme ça,

Cahier de psychanalyse Actuelle,

Ce bulletin se veut le témoin de l’activité de l’association et s’il faut un témoin pour témoigner de l’honorabilité du témoin, alors nous sommes tous convoqués à produire ce qui s’élabore dans les séminaires qui par nature est exogène, histoire que ce qui s’y trame, son ouvrage, revienne pour en témoigner dans l’association à travers ce que chacun voudra en écrire. Romain Kchouk

rskchouk@hotmail.com 03 44 59 20 43

Pour le recevoir veuillez libeller votre chèque à Mme la trésorière de Psychanalyse actuelle +envoi au 15 rue des Ursulines 75005 Paris

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La passe entre associations

Psychanalyse Actuelle est partie prenante de la passe, telle qu’elle s’organise à partir de la proposition des Cartels Constituants : le choix des passeurs par les passants hors cure, et un tirage au sort des membres du jury de la passe.

Rens : E.Didier, 01 42 23 30 73

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L'Inter-Associatif Européen de Psychanalyse

L’IAEP, est un lieu où est mis en élaboration le partenariat de travail de 15 associations, soutenu par l’hétérogène de chacune d’entre elles, du fait de leur rapport à la transmission de l’œuvre de Freud et de l’enseignement de Lacan.

Délégués de Psychanalyse Actuelle : A.Cherki, M.Landau, J-J. Moscovitz, F.Niderman, E.Perla....



Activités de l’IAEP :

Colloque :

· les 2 et 3 janvier 2006

Le GAREFP, Groupe Antillais de Recherche et d’études de Formation Psychanalytique- propose un colloque à La Martinique sur les rapports de l'Histoire et du social avec une pratique de l'écoute analytique.

Titre : « Père y es-tu ? »

S’adresser à Joëlle BLAIS :

Joelle.blais-martinique@wanadoo.fr



· projet de séminaire IAEP, organisé par Insistance en juin 2006 sur le thème :

« Le rapport de la psychanalyse aux lumières »



Convergencia « Mouvement lacanien pour la psychanalyse freudienne »

· les 28 et 29 janvier 2006

Colloque : Discours de l’analyste / discours du maître

Amphithéâtre F.T.P., 83 bd Arago, 75014 Paris,



· IIIème Congrès de Convergencia, Paris,

1er, 2, 3, 4 février 2007, (dates à confirmer)

Témoigner de l’expérience

Communiquer l’expérience

Rendre compte de la pratique

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Annonces
- Séminaire de Jean-Jacques Moscovitz et Patrick Landman le 2e jeudi du mois au local d’Espace Analytique, 12 rue de Bourgogne 75007 Paris

« ACTUEL DES EFFETS DE LA RUPTURE DE L'HISTOIRE ET DISCOURS ANALYTIQUE »

1ère réunion le 8 décembre 2005, 21h15 22 h45



- Anne-Lise Stern, séminaire :

« CAMP, HISTOIRE, PSYCHANALYSE: leur nouage dans l'ACTUALITÉ EUROPÉENNE.

Recherche-témoignage (sur son/le témoignage), par une ancienne déportée ».

les 1° et 3° mercredis de chaque mois, à 20h, (sauf vacances scolaires),

Maison des Sciences de l’Homme, 54 bd Raspail, Paris 14°.

***



Correspondants Brésil :

-Rio de Janeiro, Joël BIRMAN, fax 00 5121 2294 7146

-Salvador de Bahia, Eonice TABAKOFF, et@terra.com.br

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Livres :

Prix Œdipe 2005 : Anne-Lise Stern,

« Le savoir-déporté, Camps, histoire, psychanalyse », Paris, Seuil 2004

éric Porge, « Transmettre la clinique psychanalytique, Freud Lacan aujourd’hui » ERES, octobre 2005

Guy Konopniki, « Ligne 9 », éd. Gawsevitch août 2005

Bertrand Leclair, « Le bonheur d'avoir une âme » éd. Maren Sell oct. 2005

Eric Didier « Paroles d’enfants à un psychanalyste », éd. Petite Capitale

Yolanda Gampel, « Ces parents qui vivent à travers moi, les enfants des guerres » éd. Fayard mai 2005

Ali Magoudi, « rendez-vous, La psychanalyse de François Mitterrand » Maren Sell éd., sortie le 24 novembre

Figures de la psychanalyse logos ananké , numéro 11, revue d’Espace Analytique

Position de la métaphore éd. eres 2005

Actualité de « L’interprétation du rêve », colloque IAEP 2000, publié in revue Les carnets de psychanalyse, 2005.



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INFORMATIONS

Les demandes de participation aux activités sont reçues par le secrétariat : Muriel Aptekier, ou par

Maria Landau : 0146 33 91 21, ou par Jean-Jacques Moscovitz, 01 43 25 02 11.



***

Adresses email :

psychanalyse.actuel@vnumail.com

psyact@free.fr

site en voie de mise en place









2eme lundi

à 21 h 15
« Clinique et approche freudienne de la culture »
Maria Landau, Eric Didier, Nabile Farès, Jean-Jacques Moscovitz
4 place Saint-Germain des près, 75006 Paris

4eme lundi

à 21 h
« Séminaire de lecture de textes de Freud et de Lacan »
M.Landau, F.Niderman E.Perla, JM Benkimoun
83 bd Arago 75014 Paris

1er jeudi

à 21 h 15
« Le sujet dans la langue, historicité du trauma »
Nabile Farès, Okba Natahi
4 place Saint-Germain des près, 75006 Paris

2eme jeudi

à 21 h
« L’enfant… le psychanalyste »


Nicole Jaquot, Maria Landau, F.Niderman,
83 bd Arago 75014 Paris



2eme jeudi

à 21 h.
Lecture du Séminaire, Livre III,

« les Psychoses » de Lacan
Bernard Martel
23 rue Campagne 1ère 75014 Paris

2ème jeudi 21h15 1ère réunion le 8 12 2005
Séminaire « actuel des effets de la rupture de l'histoire et discours analytique »
Jean-Jacques Moscovitz et Patrick Landman
12 rue de Bourgogne 75007 PariS

3eme jeudi

à 21 h
Michel Guibal, Gu jianling, Qin wei
Michel Guibal
270 rue Saint-Jacques 75005 Paris

4ème mercredi
« Faire Figure(s) »
Jean-Marc Benkimoun, Fernand Niderman
83 bd Arago 75014 Paris

Un dimanche par mois 10h30-13h30
Le Regard qui bat…le cinéaste et son œuvre
En partenariat avec TM Productions
Cinéma Escurial Panorama, 11 bd de Port Royal 75013 Paris






PSYCHANALYSE ACTUELLE Fondée en 1986 à Paris

Association membre de l'Inter-Associatif Européen de Psychanalyse

et de Convergencia, Mouvement Lacanien de la Psychanalyse Freudienne





INSCRIPTIONS 2005/2006 à PSYCHANALYSE ACTUELLE

D'octobre 2004 à septembre 2005

Membres actifs 120€

Membres correspondants 50 €

Nom ...................................................................Prénom.............................................

Adresse........................................................................................................................

E.mail………………………………………………………………………………..

Tel........................................................................Fax...................................................



Les chèques doivent être libellés à l'ordre de Psychanalyse Actuelle et adressés

à Maria Landau, 15 rue des Ursulines 75005 Paris.





Adresses du secrétariat :

94 AV . Emile Zola 75015 Paris,

Tel/Fax: 0145757283,

Fax : 0140468207

Email : psychanalyse.actuel@vnumail.com

psyact@free.fr

Site en voie de mise de place

mardi, octobre 25, 2005

politique concernant mes futurs associès et leur activités sur le net

Avec déjà plus d'un demi million de pages lues sur l'ensemble des sites et blogs, je crois que je peux concrétiser un semi professionalisme et cheche des collaborateurs sérieux que je voudrai gratifier dans l'avenir par un emploi, un salaire etc...

Mais je ne veux pas tomber dans le prosélitisme, certains interprètent mon sondage pour de la publicité, c'est une erreur, sans avoir fait une étude, sans savoir qui est qui, car je compté déjà 120 membres mais comme vous le savez sur le net tout est éphémère et il faut chaque jour innover, chercher sans quoi vos activités se résument à une peau de chagrin,

alors voici ma politique concernant mes futurs associès et leur activités sur le net
:
- Nom de domaine et hébergement professionnel. -
Elements permettant aux internautes de vérifier que vous êtes un professionnel diplômé : mentions complètes sur le diplôme, adresse exacte où vous exercez votre activité dans la vie réelle, si possible adresse exacte de l'institution qui permettrait aux internautes de vérifier la véracité de ces informations (par exemple en mettant le phrase: "mon objectif est d'être
le plus transparent possible quant à mes qualifications, mes diplômes. A ce
titre, il est possible de vérifier l'ensemble des informations me concernant
à [adresse postale de l'institution permettant de vérifier].").

En résumé,
ce que j'entends sur ce point, c'est de prouver de manière indubitable que
vous n'êtes pas un arnaqueur(un PUBLICISTE aux yeux des internautes, mais un vrai
professionnel, voyez-vous ?

- Mise en ligne d'une biographie de vous. Si les internautes connaissent
quelle est votre vie et ce que vous faites, cela constitue de grandes
garanties quant à votre sérieux et votre professionnalisme.

- Certificat SSL, qui permet lors de la première prise de contact par
formulaire en-ligne, d'envoyer les informations d'une manière entièrement
sécurisée (afin de garantir la confidentialité des informations transmises à
partir de votre site vers votre adresse email).

- Paiement sécurisé si les personnes satisfaites souhaitent vous rémunérer à
l'issue des échanges d'emails. L'approche en question vous permettra d'une
manière intelligente d'être rémunéré, car même si les gens ne sont pas
obligés, en prenant contact avec vous ils auront conscience qu'ils ont
affaire à un professionnel, et que d'autre part, "tout travail mérite
salaire".
- Du contenu réalisé par vous, relatif à votre profession de thérapeute. Par
exemple, une dizaine d'articles et votre document (Moire) mis en-ligne à
disposition de tous, et gratuitement. Cela, pour assoir votre notoriété sur
le Net.
- Eventuellement, publier vos articles sur d'autres sites dans des rubriques
relatives à la psychologie, cela permettra de laisser votre nom et l'adresse
de votre site. Le résultat serait une nouvelle fois de la notoriété avec un
accroissement des chances de prises de contact.

SI VOUS CROYEZ EN CES REGLES ET POUVEZ LES ASSUMER JE CROIS QUE L ON PEUT REUSSIR

Médiation ou Psychanalyse à l’école Violaine Clément

Médiation ou Psychanalyse à l’école Violaine Clément *

Adjointe de direction dans un cycle d’orientation (12-16 ans), psychanalyste d’orientation lacanienne, membre d’un laboratoire du CIEN, Centre Interdisciplinaire sur l’Enfant. J’ai évoqué la fonction des limbes ; j’aurais pu aussi bien parler de ce que, dans le registre mythique, dans les constructions de la gnose, on appelle êtres intermédiaires : sylphes, gnomes, voire formes plus élevées de ces médiateurs ambigus.

Jacques Lacan (1964) Dans l’établissement où j’occupe le rôle d’ajointe de direction depuis 15 ans, l’innovation scolaire a toujours joué sur la scène un rôle qui, s’il emporta parfois l’adhésion du public, en supporta bien souvent les huées. Soutenue par un discours courant qui apparemment favorise la parole (1), j’ai mis en place, depuis 1990, un certain nombre de projets visant à favoriser les échanges. Bien que je n’occupe pas la fonction de médiatrice, et que je n’en aie pas reçu la formation, c’est pourtant souvent moi qui représente à l’extérieur la médiation en acte dans l’école.

Mon propos est d’éclairer ce paradoxe. Je le ferai en éclairant le contexte dans lequel a pu s’installer la médiation dans notre établissement, ses particularités par rapport aux autres modèles, les liens qui unissent ou séparent les personnes qui tiennent différents rôles, sans omettre des considérations plus larges sur la visée de l’école et de l’acte éducatif. Puis j’ouvrirai une porte sur un champ nouveau, celui de la psychanalyse appliquée à l’institution. En tant qu’analysante éclairée de la psychanalyse d’orientation lacanienne (2), je tenterai de montrer comment il est possible pour celui qui veut savoir de se faire enseigner par les impasses dont sa route se trouve régulièrement barrée. Le contexte suisse Les particularités de la médiation dans mon école Les rôles et les liens des médiateurs dans mon école La visée de l'école et de l'éducation La psychanalyse à l'école Le contexte suisse Le terme de médiation n’était pas encore connu lorsqu’un collègue enseignant, se sentant interpellé par l’échec scolaire, proposa de se mettre à l’écoute des élèves. Lui-même enseignait alors dans une classe très particulière, appelée classe de développement.

NDLR SUITE A VENIR AVEC L ACCORD DES EDITEURS

mardi, octobre 11, 2005

Serge Tisseron

Serge Tisseron

Psychiatre - auteur du livre "Vérités et mensonges de nos émotions" Aux
Editions Albin Michel

Etait l'invité de l'émission d'Isabelle Giordano "Le monde selon Wam" du 1er
octobre

R.v sur notre site :

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/emissions/wam/

Puis cliquez sur "Archives"

Bien cordialement.

--
Tassigny Frans
Sint Fransiscusstraat 25
8400 Ostende
BELGIQUE
0496 85 56 82
06 89 25 77 10
nv email : franstassigny@hotmail.com

professionel de la psychanalyse

C'est le fameux "renouveau clinique" d'une pratique analytique soi-disant plus humaine qui est responsable de toutes ces confisions (amlgame) liées au statut de professionel de la psychanalyse et il n'est pas bien sur que leur expression publique serve à la conscience de leurs enjeux car les protagonistes de ces débats se réclament en général d'une meme communauté phychanalytique qui, en réalité, N EXISTE PAS...

Cordial



Tassigny Frans
Sint Fransiscusstraat 25
8400 Ostende
BELGIQUE
0496 85 56 82
06 89 25 77 10
nv email :
frans.tassigny@gmail.com

commentaire sur : http://lapsusmirroir.free.fr/moodle/mod/resource/view.php?id=495

jeudi, octobre 06, 2005

Ouvrage de R.Abibon

Voici un texte sur lequel j’ai travaillé particulièrement longtemps. Il illustre la position que j’ai prise il y a déjà longtemps sur la nécessité de nouer le travail théorique, notamment topologique, avec la pratique analytique.

J’ai été poussé à travailler plus particulièrement ce fragment de cure par une raison forte. J’ai fait un rêve dont l’une des lettres, centrale, me renvoyait au rêve que m’avait raconté la veille un de mes analysantes. De son récit, j’avais retenu inconsciemment le signifiant « jumelles », qui réapparaissait dans mon rêve sous la forme de représentation de chose, un couple de jumelles. Cette simple présence ouvrait pour moi l’interprétation de mon rêve vers mon transfert à Joséphine, pseudonyme que je confère ici à mon analysante. Mais pourquoi diable mon rêve à moi se passait-il en Afrique ? Aucun élément, dans le rêve de Joséphine, ne semblait y renvoyer. Et de mon côté aucune association ne m’amenait une élucidation quelconque. Dans une séance ultérieure avec Joséphine, j’ai eu l’immense surprise de l’entendre interpréter son rêve en prononçant le mot qui semblait si incongru dans le mien, comme si j’avais entendu sans entendre ce que dans la séance précédente, elle n’avait pas dit. Du même coup et sans le savoir, elle interprétait le mien.

Il n’y a ni télépathie, ni miracle d’aucune sorte là-dedans. Encre fait-il se donner les moyens de fournir une explication au phénomène. C’est chose faite, et c’est me donner l’occasion de vous faire part de ma trouvaille d’un nœud borroméen généralisé dont l’usage se révèle d’une grande souplesse, en accord avec la théorie freudienne de l'inconscient (représentation de chose, représentation de mot, ou encore en lacanien : lettre, signifiant).

J’attends donc réactions et commentaires de ceux qui auront la patience de s’intéresser à des développements parfois un peu ardus. Je les remercie d’avance du temps qu’ils y auront consacré.


source : http://perso.Wanadoo.fr/topologie/Afrique_de_Josephine.htm


Richard ABIBON
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http://perso.wanadoo.fr/topologie

Le complexe d’Oedipe à la lumière des rites de passage

Le complexe d’Oedipe à la lumière
des rites de passage



Jean Mélon

résumé | samenvatting | summary

1. L’âge moderne

En tant que période de l’existence humaine et que processus de développement psychique, l’adolescence n’a pas toujours été telle qu’elle apparaît de nos jours et dans nos contrées. Loin d’être universel et atemporel, le phénomène est aussi singulier que récent. Il reste encore limité à l’aire de civilisation occidentale et son origine n’est guère antérieure à deux siècles. Philippe ARIES (1914-1984) a écrit (1) que : « Si la jeunesse a été l’âge du 18ème siècle et l’enfance celui du 19ème, l’adolescence est l’âge du 20ème siècle ». Il fut donc un temps, pas très éloigné, où les notions de jeunesse et d’adolescence ne se recouvraient pas. L’évolution de la langue en témoigne. Si le verbe latin « adolescere » signifie « grandir », le mot adulte, dérivé d’ « adultus », participe passé du verbe précité, a le sens de « celui qui est devenu grand ». Le mot « adolescent » est apparu dans la langue française vers la fin du 16ème siècle mais il était alors peu employé et désignait un « jeune homme inexpérimenté et naïf ». Cette signification ironique et péjorative persistera jusqu’au milieu du 19ème siècle. A cette époque, c’est le teme « adulte » qui désignait celui que nous nommons aujourd’hui « adolescent ». C‘est vers la fin du 19ème siècle qu’adulte cède la place à adolescent dans l’acception que nous connaissons aujourd’hui. Ainsi, dans « Les illusions perdues » (1840), BALZAC oppose encore à Vautrin, présenté comme un « homme d’âge mûr », les « adultes » Eugène de Rastignac et Lucien de Rubempré.

Ce n’est donc qu’au 20ème siècle que l’adjectif adulte qualifie définitivement la maturité psychique (2).

Personne ne conteste le fait que la période d’adolescence en tant que processus de transformation psychique tend à s’allonger dans le temps aussi bien en aval qu’en amont. Les repères factuels commodes qui ont longtemps servi sont devenus caducs. Chez beaucoup, l’adolescence commence avant même les transformations physiques de la puberté et elle se prolonge souvent bien au-delà de la formation d’un couple consacré par le mariage et de l’entrée dans le monde du travail. Certains, de plus en plus nombreux, vivent une adolescence interminable, créant ainsi de nouvelles formes de pathologie psychique auxquelles s’accroche presque inévitablement l’étiquette de cas-limite.
Notre question est la suivante : quand est apparu ce personnage aujourd’hui omniprésent dont la naissance est cependant récente : l’adolescent ?

Le monde antique, à l’apogée de la civilisation grecque, a certes connu des figures de l’adolescence qui sont proches des nôtres.

Au temps de Sophocle, une société en pleine mutation, qui inventait la démocratie et le concept d’individu citoyen, comptait sur les jeunes pour accomplir les plus grands espoirs de progrès.

C’est à ce moment qu’apparaît le personnage d’Œdipe tel que le génie de Sophocle l’a créé.

Mais, en Occident, cet adolescent a disparu de l’échelle des âges (3) pendant plus de deux mille ans. Sa réapparition est plus récente qu’on ne pense.

On constate aujourd’hui que les cultures archaïques ou traditionnelles ont toujours fait en sorte que cet âge soit aussi court que possible.

Plus une société évolue vers le modèle occidental, libéral-individualiste, plus l’échelle des âges se diversifie, et l’adolescence tend à y occuper la plus grande place.

Dans les civilisations traditionnelles, c’est le grand âge qui jouit des plus grands privilèges.

Au XIXe siècle, l’enfant devient roi : « His Majesty the baby » entre en scène. Jean Jacques Rousseau y a beaucoup contribué. La place du roi est maintenant occupée par l’adolescent.

Les causes de ce phénomène sont multiples mais il est certain que le déclin de l’imago paternelle contribue fortement à dramatiser l’adolescence.


2. Passage et rites initiatiques

Toutes les sociétés se sont préoccupées d’organiser le passage de l’enfance à l’âge adulte en proposant aux adolescents un modèle initiatique aussi apte que possible à réaliser de la façon la plus économique les transformations induites par la puberté. Si on se réfère aux sociétés dites primitives, on est frappé, depuis que VAN GENNEP (3) a attiré l’attention sur ce fait, de l’universalité de ce qu’il a appelé les « rites de passage ». Comme le rappelle Claude LEVI-STRAUSS (4) : « Les sociétés archaïques les plus différentes à travers le monde conceptualisent de façon identique les rites d’initiation ».
Comme le note Philippe JEAMMET (5) :

« Que peut-il exister de commun entre les rites archaïques et l’adolescence d’aujourd’hui ? Apparemment rien tant paraissent aux antipodes ces enfants qu’une cérémonie précipite brutalement dans le monde de la société adulte et ces adolescents qui n’en finissent pas d’accéder à un statut d’adulte dans une société où la durée de l’apprentissage ne cesse de s’allonger... ».

La finalité des rites de passage est claire : il s’agit pour les adultes d’intégrer aussi efficacement que possible les adolescents au groupe social en leur imposant des épreuves violentes qui exigent une soumission totale, où le corps est directement concerné. L’individu reçoit les marques corporelles qui doivent lui donner sa place dans la lignée des sexes et des générations.

Le schéma initiatique comprend les trois phases que VAN GENNEP a décrites : séparation, réclusion en marge ou limen, agrégation et retour.

La séparation est toujours brutale. Vers la douzième année en moyenne, l’enfant est littéralement arraché à sa famille. Tout le monde feint de croire qu’il ne reviendra pas, qu’il est promis à une mort presque certaine.

La phase de réclusion accomplit symboliquement le fantasme du retour dans le ventre maternel : mort et renaissance.

Ce qui est le plus impressionnant à nos yeux, c’est l’extrême violence des épreuves tant physiques que psychiques imposées au jeune adolescent.

L’initié est généralement menacé de mort et des pires sévices sur un mode terrifiant ; on le roue de coups, on le mutile, on lui pose des devinettes impossibles, on se moque de son ignorance, on s’acharne à le mener aux abords de la folie en le soumettant à toutes sortes d’injonctions paradoxales.

Les marques corporelles ne manquent jamais. Circoncision (6), excision et autres mutilations visent à conférer au sujet un statut d’adulte en supprimant les signes d’ambiguïté sexuelle propres à l’enfance, le prépuce et le clitoris étant considérés comme les vestiges ridicules et honteux de l’autre sexe.

La deuxième phase de l’initiation se termine par des rites qui miment l’accouchement et qui font clairement entendre à l’initié qu’il est définitivement mort à sa condition d’enfant, radicalement séparé du monde maternel et affranchi de la bisexualité.

Masques et statues sont abondamment utilisés à l’occasion de ces cérémonies. Ces objets sacrés constituent des pôles d’identification puissants pour les futurs initiés. Ils signifient symboliquement, mais de la manière la plus claire et parfois la plus crue, ce qui est attendu du jeune postulant : introjecter au plus vite les interdits, les tabous et les figures identitaires qui soudent la communauté.

Voici par exemple, dans l’ordre, un masque Tshokwe, d’aspect effrayant, représentant à la fois la mort, la mutilation et le morcellement (il est constitué de morceaux de pots brisés, de poils de barbe et d’une dent humaine grossièrement cassée, plantée au milieu de la bouche) ; le deuxième masque provient de la tribu des Mkanu ; il représente une face d’abeille, l’ancêtre totémique auquel chacun doit s’identifier ; la statue Dayak, grandeur nature, représente de la manière la plus réaliste le geste, censé être posé par le sujet lui-même, de se couper le prépuce.




Masque Tshokwe (Congo-Kinshasa).
Représentation des esprits du mal (24 cm x 40 cm).


Masque Mkanu (Congo-Kinshasa).
Face d’abeille représentant l’ancêtre totémique de la tribu (32 cm x 68 cm).






Statue Dayak (Bornéo).
Jeune homme se coupant le prépuce (85 cm x 15 cm).


Le retour consacre la réinsertion sociale. Elle n’est pas immédiate. Le comportement de l’initié, désormais promu de plein droit au statut d’adulte, restera longtemps suspect car on n’est jamais sûr que les rites de passage ont opéré efficacement.

Les apports de l’anthropologie ne contredisent pas la thèse freudienne (7) qui voit dans les rites d’initiation un double renforcement de la prohibition de l’inceste et du lien homosexuel au père. En symbolisant explicitement le fantasme de castration, les rites réalisent un renforcement du refoulement originaire.

On arrive ainsi à cette conclusion saisissante : tandis que dans les sociétés traditionnelles, l’adolescence se réduit à un passage scandé par des opérations ritualisées visant à consolider le refoulement primaire, dans notre culture, elle correspond exactement au phénomène inverse, c’est-à-dire au retour du refoulé, autrement dit à la reviviscence de l’Œdipe.

On peut dire aussi que les rites initiatiques visent à maintenir et à préserver les acquis de la période de latence. Autrement dit, tout se passe comme si les sociétés traditionnelles voulaient à tout prix empêcher le retour de l’Oedipe et fixer l’individu au stade qu’il a atteint juste avant l’éveil pubertaire.

Il ne fait pas de doute que les rites initiatiques atteignent leur but.

Mais comment peut-on expliquer leur efficacité ?


3. Traumatisme et identification

A notre connaissance, personne n’a jamais donné une explication satisfaisante des processus psychiques qui sont activés par les rites d’initiation.

Nous avons trouvé chez Tobie NATHAN (8) un essai d’explication qui est probablement le plus convaincant à ce jour.

Ce qui confère à un sujet son identité, c’est en définitive une espèce de mémoire.

La théorie psychanalytique distingue trois types de mémoire, la mémoire au sens commun du terme, la mémoire qui s’exprime dans les formations symptomatiques et qui correspond au retour du refoulé - au sens où « l’hystérique souffre de réminiscences » - et la mémoire la plus inconsciente, la plus primitive et la plus importante, celle qui se manifeste à travers le caractère et la compulsion à la répétition.

Or la répétition est initialement liée au traumatisme.

L’exemple bien connu de « l’enfant à la bobine » (9) que FREUD cite dans « Au delà du principe de plaisir », est très significatif à cet égard. Le traumatisme consiste ici dans le départ et l’absence de la mère. A travers le jeu du « Fort-Da », l’enfant répète évidemment ce traumatisme mais il est aussi évident qu’il est absolument inconscient du contenu et de la signification du traumatisme et de la répétition.

Autrement dit, la répétition s’oppose au souvenir. De plus, elle l’abolit. Les expériences les plus traumatisantes sont celles qui arrivent par surprise. Elles exigent, comme solution, l’oubli total.

L’hypothèse proposée par Tobie NATHAN nous paraît convaincante : si les rites sont efficaces, c’est parce qu'ils jettent le sujet dans l’effroi : ils créent artificiellement une névrose traumatique, plus précisément une « névrose d’effroi » (Schreckneurose). Le résultat est l’abolition de la mémoire de l’enfance, avec la production d’un être complètement nouveau qui est généré par l’introjection rapide d’une série de figures identificatoires entièrement inédites.

NATHAN rappelle que FREUD avait déjà noté que l’effroi provoquait non seulement la répétition de l’expérience traumatique mais aussi le mimétisme.

Les identifications produites grâce aux rituels initiatiques procéderaient par introjection mimétique. Une telle opération psychique est rendue possible par l’état particulier correspondant à la névrose traumatique.

On peut faire le parallèle avec les scènes ou les objets fétichistes qui, dans les organisations perverses, commémorent le moment « terrifiant » de la découverte de la différence des sexes.

Enfin il n’est pas inutile de souligner que les rituels thérapeutiques archaïques, beaucoup mieux connus que les rituels initiatiques (10), sont assez exactement calqués sur ces derniers dont ils répètent les étapes, car la maladie est toujours considérée comme la conséquence d’un ratage de l’initiation.


4. Oedipe adolescent

FREUD a dit par avance pourquoi Oedipe est le mythe fondateur de l’inconscient :

« Chaque auditeur fut un jour en germe, en imagination, un Oedipe, et s’épouvante devant la réalisation de son rêve transposé dans la réalité, il frémit suivant toute la mesure du refoulement qui sépare son état infantile de son état actuel » (Lettre à Fliess du 15 octobre 1897).

Il est intéressant de noter, en fonction de ce qui vient d’être dit à propos de l’effroi, que le verbe employé par FREUD est « zurückschaudern » : reculer d’effroi.

Cependant, FREUD n’a jamais analysé en détail le mythe d’Oedipe.

Pourtant, il connaissait très bien (11) la légende archaïque et la pièce de Sophocle.

FREUD a seulement retenu le parricide et l’inceste inconscients.

Nombreux sont les travaux (12) qui depuis une trentaine d’années ont visé à analyser les multiples facettes, surtout socio-historiques, du mythe oedipien.

Il s’en dégage une vison anthropologique que résume remarquablement l’ouvrage récent de Jean-Joseph GOUX (13).

Cet auteur reprend partiellement les thèses de Marie DELCOURT (15) qui, la première, a fait l’analyse du mythe d’Œdipe.

Son livre constitue un point de départ pour qui s’intéresse à l’interprétation du mythe d’Oedipe.
Marie Delcourt a le mérite d’exposer clairement sa thèse fondamentale :

« La légende d’Oedipe est arrivée jusqu’à nous dans des poèmes tardifs, puisque toutes les épopées du cycle thébain sont perdues. C’est pourtant une de celles où les éléments mythiques, étant le plus aisément discernables, sont aussi le plus intelligibles. Six épisodes y sont articulés l’un à l’autre, de façon à composer une biographie. Ils ont tous les six la même valeur : ils signifient grandeur, conquête, domination, prise du pouvoir. Chacun d’eux se retrouve dans d’autres légendes, mais aucune autre légende ne les présente tous réunis. S’ils ont fini par être synonymes, ils ont des origines très différentes, c’est-à-dire que, groupés, ils transposent sur le plan fabuleux, un ensemble particulièrement riche de rites qui, venus d’époques, de croyances, de contextes très divers, se rattachent tous à l’idée de royauté. L’histoire d’Oedipe est certainement le plus complet de tous les mythes politiques. Interrogée avec quelque patience, elle peut nous renseigner sur la préhistoire du pouvoir souverain chez les Grecs. Et cela n’est point sans intérêt puisque la Grèce a perdu jusqu’au nom indo-européen du roi. Les légendes seules nous permettent de remonter dans le passé lointain où des groupes humains se choisissaient un chef et acceptaient son autorité » (16).

On voit que ce qui est souligné est la question de l’investiture royale, et des rites qui présidaient à l’intronisation.

Cette thèse a été reprise et amplifiée dans l’ouvrage de GOUX.

Dans son « Oedipe philosophe », Jean Joseph Goux adopte la méthode comparatiste pratiquée par Marie Delcourt. Il reconnaît dans la légende d’Oedipe les thèmes majeurs d’un mythe d’investiture royale, et comme Marie Delcourt, il souligne l’analogie entre les rites d’intronisation et les rites d’initiation pubertaire.

Mais cet auteur présente le mythe d’Oedipe comme absolument « aberrant » par contraste avec les autres mythes d’investiture royale dont trois exemples classiques sont invoqués : Persée, Belléphoron et Jason.

Il est facile de repérer les trois épreuves initiatiques imposées à celui qui est désigné pour succéder au roi actuel. Aux trois étapes successives correspondent trois figures du roi-père ; dans l’ordre : le persécuteur, le mandant et le donateur.

La première épreuve probatoire fait apparaître le roi-père comme un persécuteur. Monarque soucieux de se donner un successeur digne de lui, il l’ « expose », le place dans une situation de danger extrême. C’est le sens des rites d’exposition ; si le dauphin, abandonné à la nature sauvage, survit contre toute attente, c’est qu’il est soit exceptionnellement robuste, soit protégé par la faveur des dieux.

La deuxième épreuve correspond à l’entrée en scène d’un roi mandant qui convoque le survivant et lui ordonne de se confronter, activement cette fois, avec une situation de danger encore plus extrême. Dans tous les cas il s’agit d’affronter en combat singulier un monstre réputé invincible, mi-homme, mi-femme, mi-bête, de le tuer et d’en ramener la dépouille.

Enfin, en récompense de sa réussite, le postulant reçoit du roi donateur la main d’une princesse qui est souvent la fille du roi actuel dont il devient le successeur.

Dans le mythe d’Œdipe, seule subsiste la figure du roi persécuteur. Laïos est d’ailleurs pire qu’un persécuteur, c’est un parricide infanticide. Œdipe, sauvé in extremis, sans être mandaté par personne, de lui-même et quasiment par hasard, revient à Thèbes où il est amené à passer la deuxième épreuve.

Sa victoire sur la Sphynge se limite à une joute intellectuelle d’une brièveté singulière si on la compare aux mille péripéties qui, dans les autres mythes d’investiture, accompagnent le combat acharné contre le monstre et constituent le noeud du drame.

La victoire d’Oedipe n’est pas celle d’un guerrier courageux, c’est celle d’un homme apparemment intelligent et de surcroît autodidacte.

C’est un malin, son savoir est inné, il n’a reçu aucun enseignement initiatique.

Deux anomalies dominent le mythe oedipien ; d’une part, le roi-père en est absent en tant que mandant et donateur, d’autre part, il n’y a pas de vrai combat avec le monstre femelle.

A la place de ces anomalies, que trouve-t-on ? Le parricide et l’inceste !

C’est ce qui autorise J.J. Goux à qualifier de « déréglé » le mythe d’Oedipe.

L’accession d’Œdipe au trône n’a pas été légitimée par la traversée des rituels initiatiques. Armé de sa seule raison, héraut du logos, Œdipe est considéré par les Thébains comme l’égal des Dieux : "isothéos".

Mais du point de vue de la tradition, c’est un individu sacrilège, dominé par son « ubris » : l’orgueil démesuré du paranoïaque.

La confrontation inaugurale avec Tirésias montre son absence de respect vis-à-vis de la fonction sacrée du représentant de l’ordre religieux.

Comme Hegel (17) l’a génialement souligné, l’entrée d’Oedipe sur la scène de l’histoire universelle marque le saut qui fait passer de l’âge archaïque, structuré par le « muthos », à l’âge moderne où la raison s’émancipe dans l’assomption du « logos » .

Si Oedipe incarne le héros prototypique de la raison au sens moderne du terme, s’il est le précurseur des Lumières, le moment de la rencontre avec la Sphynge acquiert une importance cruciale.

Que peut représenter la Sphynge ?

Citant Laistner (« Das Rätsel der Sphynx », Berlin, 1889), Marie Delcourt avait relevé que les « démons écrasants » tels que la Sphynge imposaient à leurs victimes trois types d’épreuves : leurs caresses, leurs coups, leurs questions.

Triompher du monstre femelle , qui représente indubitablement l’imago de la mère primitive, dévorante, phallique, séductrice, enchanteresse et mortifère, c’est, en même temps :
- résister à sa séduction,
- diriger l’agression dans le sens de la destruction du maternel primaire, le violer, sinon c’est le monstre qui viole et tue,
- acquérir un savoir capable de triompher de la déroute mentale que provoque le chant de la « muse ailée ».

L’analogie est frappante avec les rites de passage tels qu’ils nous sont connus à partir du modèle africain.

Comme l’ont bien montré Edmond et Marie Cécile Ortigues dans « L’Oedipe africain » (18), les cultures africaines font en sorte que l’Oedipe tel que nous le connaissons - comme complexe nucléaire de l’inconscient - ne puisse pas se constituer.

D’une part, l’interdit de l’inceste est ouvertement proclamé, accompagné d’une série de prohibitions très précises. Dès lors, braver l’interdit, cela n’a rien d’héroïque, c’est se comporter en imbécile ignorant et c’est risquer le pire : la rechute dans l’infantile (19).

D’autre part, le conflit générationnel est évité. La révolte contre le père ne doit pas avoir lieu. Il n’y a pas à tuer le père puisqu’il est déjà mort.

Les seuls pères dignes de ce nom sont les ancêtres, que les pratiques rituelles relient au monde des vivants, dont ils font partie intégrante.

Œdipe, s’il est bien ce héros de la raison et de l’autonomie, s’il est le premier individu au sens fort du terme, qui s’identifie à ce qu’il pense et dit en son nom propre, il faut bien voir, comme le souligne J.J. Goux, que le saut ainsi accompli, dans l’évitement de toute initiation, équivaut effectivement à rejeter la tradition et le sacré que celle-ci préservait, à tuer le père et à réouvrir les chemins régressifs qui ramènent à la mère des origines.

Nous retrouvons la thèse freudienne. La névrose est la maladie de notre culture et ce qu’on trouve au fond de l’une et l’autre, comme leur envers ténébreux, c’est le « complexe nucléaire » des névroses. Nos névroses sont oedipiennes parce qu'elles sont le produit d'une culture oedipienne. C'est pourquoi FREUD ne cesse de répéter que la névrose est un acquis de la civilisation, qu'elle est l'apanage des "Kulturvolkern" qu'en son temps on opposait aux "Naturvolkern". Il a fallu attendre LEVI-STRAUSS pour que la notion de "peuples de la nature" soit définitivement expulsée de l'anthropologie et qu'on admette que la ligne de démarcation ne passe certainement pas par là.

On comprend pourquoi la disparition définitive des rites de passage consacre le saut de la culture traditionnelle à la culture moderne européenne, qui n’est plus patriarcale ni matriarcale mais « filiarcale », et pourquoi aussi le prix à payer est la névrose, témoin du « malaise dans la civilisation » (20).

Désormais, l’autorité a cessé d’être une instance extérieure :

« Un grand changement intervient dès le moment où l’autorité est intériorisée, en vertu de l’instance du Surmoi. Alors les phénomènes de conscience (morale) se trouvent élevés à un autre niveau, et l’on ne devrait parler de conscience et de sentiment de culpabilité qu’une fois ce changement opéré » (21).

En cela, Oedipe est le premier grand coupable. C’est bien pour cela qu’il se crève les yeux.

« La castration se retrouve jusque dans la légende d’Oedipe. Le héros en effet se crève les yeux pour se punir de son crime, acte qui, comme le prouvent les rêves, constitue un substitut symbolique de la castration » (22).

S’il avait été initié, Oedipe n’en serait jamais arrivé à cette extrémité. On sait bien que dans les sociétés archaïques, ni le suicide ni l’automutilation n’existent. La perte de l’identité groupale fragilise l’identité personnelle.

« Jamais plus l’homme moderne ne franchira le seuil en une épreuve décisive qui tranche d’une façon sanglante les enroulements du serpent-mère sous l’injonction d’une autorité mandatrice et avec l’aide des dieux et des sages. Son destin sera la liminalité prolongée ; dans un procès auto-initiatique inachevable, ouvert, indécidable. La subjectivité de la modernité, filiarcale, est celle de la liminalité devenue un processus sans terme, et non plus un passage. C’est toute l’existence qui est un seuil critique. L’inachèvement, l’ouverture, l’auto-initiation sans fin, ébranlent la stabilité patriarcale» (23).

La transition s’est produite insensiblement mais elle est assez facile à dater.

Elle se prépare tout au long du siècle des Lumières et s’accomplit au-delà de 1789.

Ce n’est pas un hasard si, comme nous l’avons souligné d’entrée de jeu, l’enfant puis l’adolescent prennent dès lors tellement d’importance.

L’explication se résume en ceci : Oedipe est de retour.

On constate aujourd’hui que le conflit oedipien avec son aspect de crise de croissance tend désormais à s’éterniser, peut-être parce que la téléologie inconsciente de notre culture est entièrement dominée par les idéaux prométhéens d’autonomie, d’individuation, d’indépendance, de dépassement de soi-même et de progrès sans fin.

Mais l’envers du progrès est la régression car « le développement du moi consiste à s’éloigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense à recouvrer ce narcissisme » (24).

Les idéaux modernes d’autonomie et de progrès exigent précisément du sujet qu’il devienne "auto-nome" au sens fort du terme, c’est-à-dire qu’il produise ses propres règles d’existence en accord avec une Loi symbolique qui devient de plus en plus abstraite en même temps que la famille nucléaire en devient la principale mais très fragile courroie de transmission, ce qui suffit à expliquer la surdramatisation actuelle de l’Œdipe.

Jean Mélon
Boulevard Piercot, 33 (bte 53)
4000 Liège

(1) Philippe Aries. L’enfant et la vie familiale sous l’ancien régime. Paris, Plon, 1960.
(2) Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française. Paris, 1992.
(3) Michel Philibert. L’échelle des âges. Paris, Seuil, 1968.
(4) Arnold Van Gennep. Les rites de passage (1909). Paris, Picard,1981.
(5) Claude Levi-Strauss. La pensée sauvage. Paris, Plon,1962.
(6) Philippe Jeammet. Adolescence et processus de changement. In Traité de Psychopathologie. Daniel Widlöcher Editeur. Paris, PUF, 1994, page 720.
(7) Jean Laplanche. Problématiques II. Castration, symbolisations. Paris, PUF,1980, pp. 163-260.
(8) Sigmund Freud (1912). Totem et Tabou. Paris, Payot,1967.
(9) Tobie Nathan. Traumatisme, identification et mémoire. In Adolescences. Toulouse, Privat, 1987, pp. 147-158.
(10) Sigmund Freud (1920). Au-delà du principe de plaisir. In Essais de psychanalyse. Paris, Payot, 1967, pp. 15-18.
(11) René Devisch. Soigner l’affect en remodelant le corps en milieu Yaka. La cure Mbwoolu. Les Cahiers du CEP, Liège – Louvain, 7, 1996, pp. 39-59.
Voir aussi Victor TURNER. Le phénomène rituel, Paris, PUF, 1990.
(12) Ernest Jones. La vie et l’œuvre de Freud. Paris, PUF, 1958, Tome 2, page 14.
(13) Voir notamment : Oedipe. L'écrit du temps, n° 12, Paris, Minuit,1986.
(14) Jean Joseph Goux. Oedipe philosophe. Paris, Aubier, 1990.
(15) Marie Delcourt. Oedipe ou la légende du conquérant. Liège, Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres,1944.
(16) Marie Delcourt.Op.cit.,p.3.
(17) Hegel. Esthétique. L'art symbolique, chap. 1, vol. 2. Paris, Flammarion Champs, 1979, p. 76. Commentant ce passage, Goux écrit (p. 169) :"Oedipe devant la Sphynge... Dans le face à face du monstre obscur qui pose des énigmes et de celui qui répond l'"homme" victorieusement, se condense un pas historique décisif, un seuil de la pensée, un tournant de l'esprit. L'homme est enfin au centre. C'est pourquoi Hegel, de cet épisode mythique, a fait la scène primitive de la philosophie. Oedipe est l'inventeur de cette posture nouvelle, promise à un grand avenir, et qui singularise l'Occident..."
(18) Edmond et Marie-Cécile Ortigues. Oedipe africain. Paris, 10-18, 1973.
(19) Comme le fait de tomber malade est souvent assimilé à une retombée dans l'infantile, les rites thérapeutiques sont généralement calqués sur les rites initiatiques. Ainsi qu'il a déjà été dit plus haut, la maladie est en effet considérée comme la conséquence d'un ratage de l'initiation, si bien que celle-ci doit être recommencée.
(20) Sigmund Freud (1929). Malaise dans la civilisation. Paris, PUF, 1971.
(21) Ibidem, p. 82.
(22) Sigmund Freud (1938). Abrégé de Psychanalyse. Paris, PUF, 1967, p. 62.
(23) J.J. Goux. Op. cit., p. 206.
(24) Sigmund Freud (1914). Pour introduire le narcissisme. In La vie sexuelle, Paris, PUF, 1970, p. 104.



RESUME

Il n’y a pas lieu de mettre en doute l’universalité du complexe d’Œdipe : il y a et il y aura toujours une imago maternelle et une imago paternelle pour fixer la libido et l’agressivité primitives à travers l’envie, la jalousie et la rivalité. Par contre, ce qui fait la différence majeure entre les sociétés archaïques et la société moderne occidentale, c’est que les premières, à travers les rites de passage, visent à empêcher la reviviscence de l’Œdipe à l’adolescence, tandis que notre culture, en laissant libre cours au retour du refoulé, ne fixe aucune limite à la fin de l’adolescence et laisse à chaque individu le soin de se débrouiller seul avec la question de la stabilisation de son identité adulte.

MOTS-CLES
Complexe d'Oedipe, rite de passage, sociétés archaïques.


SAMENVATTING

De universaliteit van het Oedipuscomplex hoeft men niet in vraag te stellen : er is altijd, en er zal altijd een moederlijk imago en een vaderlijk imago bestaan om de primitieve libido en agressiviteit te fixeren via nijd, afgunst en rivaliteit. Wat daarentegen de archaïsche van de moderne westersche maatschappij onderscheidt, is het feit dat de eerste een heropflakkering van de Oedipus tijdens de adolescentie poogt te verhinderen door overgangsriten, terwijl onze cultuur nergens een einde stelt aan de adolescentie en elk individu aan zijn lot overlaat om de vraag naar de stabilisering van een volwassen identiteit op te lossen, alzo zij de terugkeer van het verdrongene de vrije loop latend.

SLEUTELWOORDEN
Oedipuscomplex, overgangsriten, archaïsche maatschappij.


SUMMARY

There is no need to question the universality of the Oedipus complex : there is and there always will be both a maternal and paternal imago to fix the primitive libido and the aggressive drives through desire, jealousy and competition. On the other hand, what makes the major difference between the archaic mind and our modern western ideology is their cultural management of the Oedipus complex. Archaic societies use of rites of passage to prevent the return of Oedipus in adolescence while our culture gives free rein to the return of the repressed and does not fix any limit for adolescence to end. Each individual is then solitarily in charge of the stabilization of his adult identity.

KEY-WORDS
Oedipus complex, rite of passage, archaic societies.

samedi, octobre 01, 2005

Deleuze : philosophe réputé difficile

Curieux privilège que celui de Deleuze : philosophe réputé difficile, ses concepts sont pourtant partout. On ne compte plus les " devenir minoritaire ", " lignes de fuite " et autres " rhizomes " qui émaillent les colonnes des magazines, quand ce ne sont pas les discours des publicitaires et des " managers ". Mais qui lit encore Différence et répétition, Logique du sens ou L'Anti-Œdipe ? C'est une autre affaire. Dans Qu'est-ce que la philosophie ?, Deleuze et Guattari avaient mis en garde contre cette tentation inévitable de voir des concepts partout, cette tendance de plus en plus accentuée à croire qu'il est facile d'en créer. La parution, ce mois, d'un recueil des articles et conférences de Deleuze (L'île déserte et autres textes, éd. de Minuit), est l'occasion de vérifier à nouveau cet adage : qu'il ne suffit pas de crier " vive le multiple ", ou de brandir quelque autre concept pop, car la seule chose qui compte est d'en faire quelque chose, poussé par un " dehors " (qui peut bien être une île déserte, le roman policier, Alfred Jarry, etc.). Mais il est vrai que Deleuze avait aussi voulu une position de la philosophie qui opère comme réservoir, où chacun peut puiser ce qu'il veut, à la manière qu'ont les œuvres de Spinoza ou de Nietzsche de nous saisir comme un courant d'air. Ce courant d'air, il l'appelait une " rencontre ". Car un nom propre ne désigne pas un sujet, mais " un effet, un zigzag, quelque chose qui se passe entre deux comme sous une différence de potentiel ". D'où l'idée d'interroger l'" effet Deleuze ", les chocs électriques qu'il suscite, les rencontres qu'il a fait naître. David Rabouin

SOMMAIRE DU DOSSIER
Deleuze, sur la ligne de front, par Alain Badiou
Repères biographiques
Une philosophie ouverte au " dehors ", un entretien avec David Lapoujade,
propos recueillis par David Rabouin
Repères dans l'œuvre
Un métaphysicien dans le siècle, par Patrice Maniglier
La philosophie sans discussion, par Elie During
Empirisme, ligne de fuite, par Claude Imbert
L'histoire de la philosophie : de l'art du portrait aux collages, par Thomas Bénatouïl
" Deleuze accomplit le destin de l'esthétique ", un entretien avec Jacques Rancière
Le compagnon errant des musiciens
Le " Deleuze monument "
L'image de la pensée, par Raymond Bellour
" Une idée de cinéma ", une lettre de Manoel de Oliveira à Gilles Deleuze
Deleuze/Guattari : histoire d'une rencontre, par Anne Querrien
La pensée du désir, un échec ?, par David Rabouin
Quelle politique ?, par Patrice Maniglier et David Rabouin
Fragments d'un Deleuze américain, par François Cusset
Repères, par Elie During
Deleuze, pour quoi faire ? entretiens avec Isabelle Stengers, Peter Sloterdijk, Jean Attali, Didier Eribon, Michael Hardt, Sylvère Lotringer, Brian Massumi

Deleuze sur la toile

L'intégrale du Dossier L'effet Deleuze dans le numéro de février du Magazine littéraire (n° 406)

Que faire de ma souffrance ?

SOUFFRIR






Que faire de ma souffrance ? - Merelle -

E d i t o r i a l :

Nous souffrons... Tous genres confondus, nous sommes ; avons été & serons confrontés à la souffrance, elle semble malheureusement inéluctable pour l'être humain et ceci même si elle parait y être dosée différemment ! N'est ce qu'une simple question d'appréhension ?
Cette NL l'appréhende elle, du simple au complexe ; de la perception à la technique ; de l' O de là à l'eau d'ici...
AB s'y interroge et nous conduit à nous interroger - Merelle conjugue souffrance et religions - Mehdi Bouhalassa nous invite à y chercher une source sur la toile - Saverio Tomasella l'analyse par l'analyste - Jean Pierre Lalloz nous en offre un point de vue humainement philosophique - Moi même y ai cherché une issue et DWT y prend rendez vous avec Marx... pour en faire un pluriel.. une synthèse !
Bonne lecture
JMA


Hermetisme
Egyptologie Psychanalyse Litterature Grise Cybernetique Ecologie

Vos réactions


En association avec le forum : http://fr.groups.yahoo.com/group/hermetisme2006/

vendredi, septembre 09, 2005

." La pensée psychanalytique résulte du refus de s'enfermer dans des systèmes

." La pensée psychanalytique résulte du refus de s'enfermer dans des systèmes car ceux-ci portent en eux le germe des réponses à leurs incertitudes et le canevas de leurs possibles. La tâche analytique explore les zones d'ombres du savoir un peu comme le revers de ces sociétés scientifiques qui se donnent si bel air de se vouloir parlantes, convaincantes, définitives. Ni gourou moderne :
"la psychanalyse n'a jamais obéi à aucun dogme philosophique; elle a interprété les idées philosophiques et les doctrines politiques comme la manifestation de la nature psychologique humaine... La psychanalyse n'a jamais reconnu aucun des partis individuels ou collectifs comme de véritables représentants de la nature humaine, elle a attendu de l'avenir une orientation "socialo- individuelle" qui respecterait les différences naturelles entre les individus, la lutte pour accéder au bonheur, à l' indépendance, en accordant au moins autant d'importance qu'à l' organisation inéluctable, mais guère supportable de la vie en collectivité."

ni impécateur : Donnerons-nous encore aux inquisiteurs de la psychanalyse le soin de nous révéler une avant-garde. La psychanalyse n'a cure de métaphysique, elle ne s'inquiète que de biographie. Elle puise dans le vécu et se ressource de mémoire.

ni anlyste en ligne : Opter pour la psychanalyse en ligne, c'est déplacer le centre de gravité de sa pensée, ouvrir des brèches aux murailles des vérités, reconnaître humblement que la majorité de nos décisions seraient déterminées non par des choix provenant du libre arbitre mais par l'inquisition de la psychanalyse de la SPP, de s milériens et autres écoles HORMIS L ESPACE ANALYTYQUE conduit maintenant par Vannier.

ft

jeudi, septembre 08, 2005

"Tout psychanalyste est Dieu en personne"

"Tout psychanalyste est Dieu en personne" ; j'ai observé que ces derniers
temps les dieux avaient tendance à envahir le monde - et, comme chaqun s'en
souvient, ce n'est jamais très bon signe. Quand à moi timide chroniqueur,
j'ai grand mal à quiter mon olympe cybernétique et conceptuele. Voici donc
le reliquat de mes enquêtes sur l'analyse en ligne, source :
http://www.swisstools.net/forum/default.asp?fid=11137

Enfin espérons que les psychanalystes reconaissent l'importance de
l'analyse en ligne d'autant plus que nombre d'analystes sur le net sont
pleinement conscients de leurs responsabilités et n'ignorent pas la place
qui revient à la pensée freudienne.
cordial
frans tassigny

quand l'ordinateur remplace le divan
!
transfert
et contre transfert dans les e-therapies
(* J P
Begue*)

politique
de l'analyste(
*Conditions du Dr W.Théaux*)


Psychothérapie
par courrier(
*J.P BEGUE*)

Psychanalyse
sur Internet, fantasme ou réalité


Psychanalyse
sur Internet, fantasme ou réalité
(


médiateur(
*tassigny*)
Votre
avis s.v.p....(
*débat sur l'analyse en ligne*)

index(
*site d'analyse en ligne*)

psychothérapie
par téléphone....(
*psytel*)
Collectif
et communauté virtuelle(
*Tassigny F*)

Collectif
et communauté virtuelle(
*Mirian Giannella*)
Collectif
et communauté virtuelle(
*Partenariat pour un nouveau site*)



La
psychothérapie par courrier ou email therapy
(*J.PBegue
*) vendredi 28 mars 2003 à 07H35, lu 37 fois
La
psychothérapie par courrier ou email therapy
(*Dr
W.Theaux*) vendredi 28 mars 2003 à 07H37, lu 32 fois
La
psychothérapie par courrier ou email therapy
(*J.PBEUGUE
*) vendredi 28 mars 2003 à 07H39, lu 29 fois
La
psychothérapie par courrier ou email therapy
(*Dr
W.Theaux*) vendredi 28 mars 2003 à 07H40, lu 28 fois

les
psy en ligne ?(
*MEDIATEUR*) jeudi 16 janvier 2003 à 08H27, lu 49 fois


Psychanalyse
en ligne (J.P Begue)(
*MEDIATEUR*) mardi 14 janvier 2003 à 09H37, lu 40 fois

Dr.
John Grohol psych central site (analyse en
ligne)(
*MEDIATEUR*) mardi 14 janvier 2003 à 09H33, lu 34 fois

The
CyberAnalyst Clinic(
*MEDIATEUR*) mardi 14 janvier 2003 à 09H26, lu 29 fois

dimanche, septembre 04, 2005

EFFETS DU SIGNIFIANT ET VIOLENCE POLITIQUE

EFFETS DU SIGNIFIANT ET VIOLENCE POLITIQUE

Lacan spécifie la psychanalyse d’être une pratique sans valeur, au sens où, bien conçue, elle n’entre pas dans le système du marché (cf. D’un Autre à l’autre). À nous psychanalystes d’assurer par quelles voies, si l’on peut dire, ne pas faire rentrer la psychanalyse dans cet espace.
Pourtant, la psychanalyse se fonde d’une identité de structure entre l’économie politique (tablée sur la plus-value) et l’économie subjective, psychique, inconsciente (tablée sur le plus-de-jouir).
Ce n’est donc sûrement pas pour des raisons de garantie que les pouvoirs publics français ont cherché à fixer les conditions de la psychanalyse et son cadre. On peut faire l’hypothèse, par contre, que le revers du libéralisme est un contrôle serré des mentalités et, derrière elles, des pratiques : le langage est mis en œuvre à des fins utilitaristes et communicationnelles qui réduisent le sujet à un individu transparent et objectivé. De ce point de vue, on comprend mieux la « nécessaire mise en ordre » de la psychanalyse en Europe ou aux Etats-Unis.
Le débat entre les psychothérapies et la psychanalyse est une question de logique. Les projets du gouvernement français le démontrent. En ce sens la psychanalyse est politique. Mais elle l’est en ce qu’elle suit un fil logique (ou qu’elle se situe dans un champ logique) distinct de celui de la politique. En effet celle-ci vise à organiser, orienter, manœuvrer les masses, alors que toute cure psychanalytique est singulière.
Autrement dit, dans notre culture, c’est moins le rapport du singulier au collectif, tel que le Temps logique l’induit, qui est déterminant (à distance quoi qu’il en soit de la formation des groupes), que le fait que la politique opère de façon globalisante (pour ou contre, ou selon un sens déterminé) quand la psychanalyse met au centre de sa pratique le sujet en ce qu’il participe de ce qui lui échappe et inversement (sous tous les modes de renversement qu’on veut) : rapports sujet/objet, sujet/Autre, etc.
Au total, la psychanalyse et l’art ou la poésie sont les seuls modes de remise en jeu du plus-de-jouir, laquelle n’est pas nécessairement récupération subjective, quand toutes les autres activités sociales, y compris scientifiques, aboutissent à sa capitalisation mortifère.
Lacan n’a cessé de le rappeler aux psychanalystes, ainsi dans « Lituraterre » : 
« Que le symptôme institue l’ordre dont s’avère notre politique, implique d’autre part que tout ce qui s’articule de cet ordre soit passible d’interprétation.
C’est pourquoi on a bien raison de mettre la psychanalyse au chef de la politique. Et ceci pourrait n’être pas de tout repos pour ce qui de la politique a fait figure jusqu’ici, si la psychanalyse s’en avérait avertie.
Il suffirait peut-être, on se dit ça sans doute, que de l’écriture nous tirions un autre parti que de tribune ou de tribunal, pour que s’y jouent d’autres paroles à nous en faire le tribut. »
(J. Lacan, Autres écrits, p. 18)
Qu’en dire ?

Le livre noir de la psychanalyse

1 - Contenu de l'ouvrage

Le 1er septembre paraît aux Arènes un ouvrage collectif intitulé Le livre
noir de la psychanalyse. Vivre, penser et aller mieux sans Freud. Catherine
Meyer en est l'éditrice responsable avec la collaboration de Mikkel
Borch-Jacobsen, Jean Cottraux, Didier Pleux et Jacques Van Rillaer.
Dans cet ouvrage, les freudiens sont mis en accusation : ils ont, dit-on,
envahi les médias à coups de propagande et de mensonges.
Sont brocardés avec une rare violence tous les représentants du mouvement
psychanalytique depuis ses origines : Melanie Klein, Ernest Jones, Anna
Freud, Bruno Bettelheim (etc) et, pour la France, Jacques Lacan, Françoise
Dolto, leurs élèves et les principaux chefs de file de l'école française
(toutes tendances confondues, IPA et lacaniens).
Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interprétations
parfois délirantes. Les références bibliographiques sont tronquées et l'
index est un tissu d'erreurs. La France et les pays latino-américains sont
traités de pays arriérés, comme si la psychanalyse y avait trouvé refuge
pour des raisons obscures alors même qu'elle aurait été bannie de tous les
pays civilisés. Je rappelle qu'elle est solidement implantée dans 41 pays et
en voie d'expansion dans les pays de l'ancien bloc soviétique où elle avait
été interdite, ainsi que dans le monde arabe et islamique. La crise de la
psychanalyse, qui est réelle aujourd'hui, a des causes multiples qui ne sont
jamais évoquées par les auteurs, lesquels ont abandonné tout esprit critique
pour se livrer à des dénonciations extravagantes.
Freud est le plus attaqué : menteur, faussaire, plagiaire, misogyne, drogué
à la cocaïne, dissimulateur, propagandiste, père incestueux, il est présenté
comme une sorte de dictateur ayant trompé le monde entier avec une doctrine
fausse. En somme, cette doctrine n'aurait pas d'existence (elle est une
"théorie zéro") puisque l'inconscient existait avant Freud, lequel aurait
séduit une humanité crédule en se prenant pour un nouveau messie.
Freud est aussi accusé comme tous ses successeurs d'avoir laissé ses
patients dans un état de délabrement atroce et d'avoir inventé de fausses
guérisons. Tous les mouvements psychanalytiques sont dénoncés comme des
lieux de corruption et les psychanalystes sont accusés d'avoir commis des
crimes : 10.000 morts en France, parmi les toxicomanes, puisqu'ils auraient
contribué à interdire des traitements de substitution. Aucune preuve de ce
goulag imaginaire n'est apportée par les auteurs.
Les psychanalystes sont également accusés d'avoir infligé de véritables
tortures interprétatives à des parents d'enfants autistes en ignorant la
causalité organique de cette maladie.
Les responsables de ce livre noir appellent le grand public et les médias à
se méfier des traitements psychanalytiques. Le titre est d'ailleurs éloquent
: l'expression "livre noir" renvoie à l'existence de complots ou de
massacres occultés. L'idée de "penser sans Freud" signifie clairement que la
pensée freudienne ne doit pas être enseignée puisqu'elle est une fausse
science.
Dois-je rappeler qu'elle figure au programme du baccalauréat et qu'elle n'
appartient nullement à la communauté psychanalytique mais à l'histoire de la
culture occidentale?
Quant à la proposition "d'aller mieux sans Freud", elle signifie que les
patients sont invités à quitter leurs thérapeutes pour rejoindre ceux qui,
aujourd'hui, seraient les seuls à pouvoir guérir l'humanité de ses problèmes
psychiques : les thérapeutes cognitivo-comportementalistes (TCC), (532 en
France).
Cette proposition laisse entendre également que la psychanalyse serait
dénuée de tout savoir clinique. Veut-on signifier par là qu'elle ne serait
pas à sa place dans les départements des universités où l'on enseigne la
psychopathologie? On peut se le demander.
Les psychothérapeutes de toutes tendances sont accusés d'être les valets de
la fausse science freudienne et les émules de ses représentants. Ils sont
pourtant appelés à rejoindre les rangs de la véritable science (TCC) et de
se détacher des freudiens obscurantistes.
Philippe Douste-Blazy (prédécesseur de Xavier Bertrand) est brocardé pour
avoir retiré le rapport de l'INSERM du site du Ministère de la Santé. Il est
accusé d'avoir "prémédité" son geste - on emploie d'ordinaire ce terme pour
un crime ou un délit - avec la complicité de lacaniens fanatiques et
intellectualisés, adeptes d'un maître qui aurait poussé au suicide toute une
population de patients.
Les épreuves du livre ont circulé avant publication dans les médias et à l'
INSERM. Les familles d'enfants autistes ont été appelées à saisir le Comité
d'éthique, non pas contre des charlatans dont ils auraient été les victimes
réelles mais contre une discipline (la psychanalyse) et contre ses
traitements désignés comme nocifs. On fait donc le procès de Freud et de la
psychanalyse et non pas de personnes privées présumées coupables d'abus.
Jean Cottraux est l'un des rédacteurs du rapport de l'INSERM. Il se présente
volontiers, sur son site et dans la presse, sans en apporter la preuve,
comme un interlocuteur privilégié du Cabinet du Ministre de la Santé.
Information démentie par le Ministère.
Dans un sous-chapitre du Livre noir intitulé "Chronique d'une génération.
Comment la psychanalyse a pris le pouvoir en France", Jean Cottraux parle de
lui-même. Il raconte que lorsqu'il poursuivait ses études de psychiatrie à
Lyon à la fin des années 1960, il fut l'innocente victime de la
contamination freudienne. Il fut, dit-il, le témoin de choses abominables
dans sa bonne ville, en assistant, notamment, à trois scènes atroces : une
invasion de "visiteurs", comme il le dit.
Il vit arriver un jour à la gare de Lyon-Perrache, un monstre du nom de
Jacques Lacan reçu par un étrange professeur de philosophie, un peu
ridicule, nommé Gilles Deleuze. Et tenez-vous bien, les deux hommes se sont
dit des sottises : "Ah mon cher maître, quel plaisir etc." Un autre jour, il
vit venir un autre visiteur aussi suspect, une dame, un peu bébête, du nom
de Françoise Dolto, et il conserva de cette visite un souvenir effrayant :
"elle avait poussé un peu loin le bouchon". Le troisième visiteur qui
inquiéta Jean Cottraux était un ogre, un imbécile, une brute, du nom de
Bruno Bettelheim.
Après avoir été ainsi visité, Jean Cottraux passa quatre ans sur un divan.
Au terme de ce calvaire, il "a jeté aux orties le froc analytique" et
maintenant il est un homme heureux. Voilà donc ce qu'est pour lui l'histoire
de la psychanalyse en France, sa fameuse face cachée. Elle se résume à l'
autofiction d'un humble psychiatre de province (c'est ainsi qu'il se
désigne) qui a été la proie de grands méchants loups et qui maintenant a
découvert enfin, avec les TCC, la solution à ses problèmes
Président de plusieurs associations privées qui délivrent des formations en
TCC, Jean Cottraux s'est donc remis de ses émotions de jeunesse : il dirige
un DU de TCC tout en étant le responsable d'une unité de traitement de l'
anxiété dans un centre hospitalier de neurologie.

Un autre psychiatre, Patrick Légeron, a été lui aussi terrifié autrefois par
la contamination freudienne en France. Et du coup, il livre une nouvelle
version de "la face cachée" de son histoire. Ses praticiens, dit-il en
substance, ont été dans leur ensemble si nuls et si peu compétents qu'ils
sont responsables collectivement d'un formidable délit : la surconsommation
de prozac en France. Il s'agit là, on l'aura compris, d'une admirable
méthodologie historique - fondée sur la notion de causalité unique et d'
explication à l'emporte-pièce - digne de Monsieur Homais, et dont les
historiens auraient dû se soucier. Pour sortir de cet "effet pervers",
Patrick Légeron appelle les malheureux patients, victimes des cures
analytiques, à quitter leur divan, à cesser de prendre des antidépresseurs
et à faire confiance aux TCC qui leur apporteront enfin une solution à leurs
problèmes.
L'ouvrage est rédigé par quarante auteurs et composé de quatre parties. La
tonalité générale est celle d'un réquisitoire qui vise à réduire l'individu
à la somme de ses comportements et à dénoncer toute tentative d'explorer l'
inconscient. Une violente diatribe contre la religion, et notamment contre
le catholicisme, auquel Lacan et Dolto sont rattachés, permet aux auteurs de
se situer, en France, à gauche de l'échiquier politique et de jouer la carte
du progrès contre l'obscurantisme.
Après avoir été traitée de science juive et bolchevique par les nazis, de
science bourgeoise par les staliniens, d'obscénité par l'Eglise catholique,
de science boche par les Français, de science latine par les Nordiques, la
psychanalyse est donc devenue une science chrétienne pour les nouveaux
scientistes.
Dans les deux premières parties, "La face cachée de l'histoire freudienne"
et "Pourquoi la psychanalyse a eu tant de succès", sont rassemblés des
textes et des entretiens d'historiens majoritairement anglophones et connus
pour leurs positions dites "révisionnistes" : c'est ainsi qu'ils se sont
eux-mêmes désignés, il y a vingt ans, en prétendant réviser les mythes
fondateurs de l'imposture freudienne. On les appelle aujourd'hui aux USA
les "destructeurs de Freud". Ils sont minoritaires et ont fini, à cause de
leurs excès, par être marginalisés après avoir voulu faire interdire, en
1996, la tenue de la grande exposition Freud de Washington, jugée (à juste
titre d'ailleurs) trop "orthodoxe". Mais est-il raisonnable de lutter contre
l'orthodoxie d'une discipline par des mesures d'interdiction? Certainement
pas. Et c'est pourquoi, à cette époque, J'avais pris l'initiative avec
Philippe Garnier d'une pétition internationale contre ce type de censure.
Ces historiens révisionnistes détournent l'oeuvre d'Henri Ellenberger
(dont j'ai la responsabilité en France et dont les archives ont été déposées
à la SIHPP) en faisant de lui un anti-freudien radical qui aurait été le
premier à démasquer les impostures freudiennes. Ils s'approprient donc l'
historiographie savante, celle dont je me réclame - et qui est issue à la
fois d'Ellenberger, de Canguilhem et de Foucault - pour la mêler à une
entreprise de dénonciation qui n'a plus rien à voir, ni avec l'étude
critique, même sévère, des textes théoriques, ni avec la nécessaire mise à
jour de l'histoire du mouvement psychanalytique : de ses moeurs souvent
compassées, de ses crises, de ses errances, de sa propension à l'adulation
des maîtres, de son dogmatisme, de son jargon et de ses véritables années
noires (collaboration avec le nazisme ou les dictatures), évoquées en une
ligne de manière ambiguë.
Rien de tout cela n'est abordé dans ce livre, écrit dans une langue
dénonciatrice, et truffée d'une terminologie évoquant les procès en
sorcellerie : mystification, imposture, possession, préméditation,
assassinats, meurtres, complots, etc. Tel est le vocabulaire qui revient
sans cesse sous la plume acerbe de ceux qui se présentent comme de grands
spécialistes de l'histoire des sciences, de la médecine, de la psychiatrie,
etc, et qui n'ont comme vision de l'histoire que l'axe du bien et du mal :
le mal, c'est Freud, ses suppôts, ses curés, ses idolâtres, le bien c'est l'
armée vengeresse de ses détracteurs, attachés à une médecine des pauvres et
qui partent en croisade contre l'arrogance médiatique et intellectuelle des
méchants psychanalystes dont ils imaginent qu'ils ont étendu leur empire sur
la planète entière à coups de protocoles et de mensonges.
Je ne fais pas partie de ceux qui ont contribué à la psychologisation de
notre société. Je désapprouve la manière dont les psychanalystes et les
psychiatres de toutes tendances s'appuient sur la doctrine freudienne pour
prononcer, dans les grands médias, des diagnostics foudroyants à l'encontre
de tel ou tel homme politique, comme ce fut le cas récemment dans l'
hebdomadaire Marianne (434, 13-19 août) : "Les psys analysent le cas
Sarkozy". Soucieux d'en découdre avec un ministre détesté, la patron de ce
journal a fait appel aux "psys" pour qu'ils déclarent, au nom de Freud, de
la psychanalyse et des classifications de la psychiatrie, que le Ministre de
l'intérieur était un psychopathe dangereux incapable de gouverner la France.
Que la psychanalyse puisse être invoquée, par ses praticiens même, pour
servir à un tel abaissement du débat politique, a quelque chose de
révoltant.
Revenons maintenant au Livre noir. En réalité, les textes rassemblés par l'
éditrice dans ces deux chapitres sont des résumés de livres déjà publiés en
anglais, en allemand ou en français et donc parfaitement connus des
spécialistes de l'historiographie freudienne. Ils sont pourtant présentés
comme révélateurs d'une vérité cachée .
Dans la troisième partie, "La psychanalyse et ses impasses", celle-ci est
désignée comme une fausse science. Et c'est Van Rillaer qui se charge d'
instruire le procès en reproduisant presque mot pour mot le contenu d'un
ouvrage déjà publié sur le même thème. Oedipe est un mensonge, Lacan un
bavard, la psychanalyse un délire ou une illusion, Elisabeth Roudinesco un
auteur qui écrit en jargon et qui a oublié de dire que certains freudiens
avaient été nazis et que les fondateurs des TCC étaient juifs. Freud est
qualifié de truqueur de résultats, les psychanalystes français de nouveaux
jdanoviens.
A noter que plus aucune allusion n'est faite au livre de Jacques Bénesteau,
Mensonges freudiens, dont on connaît le destin. Deux auteurs du Livre noir
(Cottraux et van Rillaer) en avaient fait l'éloge à plusieurs reprises.
Enfin, dans la quatrième partie, sont rassemblées des histoires de victimes
: Tausk, suicidé par Freud, Anna Freud détruite par son père incestueux,
Marilyn Monroe, suicidée par ses psychanalystes. Suivent ensuite des
témoignages de mères d'autistes et de patients victimes de charlatans.
Parmi les autres victimes figurent tous les enfants de France. C'est à
Didier Pleux, psychologue et directeur d'une Association de TCC, et
spécialiste de la chasse à Dolto, que l'on doit cette stupéfiante
révélation, occultée par les historiens officiels - je suis visée - et selon
laquelle la terrible visiteuse de Lyon (Dolto) serait responsable de la
crise de la famille occidentale. Elle aurait rendu tyranniques et
impossibles à éduquer la totalité des enfants d'aujourd'hui. Ses héritiers -
Caroline Eliacheff, Claude Halmos, Marcel Rufo, etc - ne seraient, selon le
quatrième auteur du Livre noir, que les complices médiatiques de ce grand
ratage éducatif dont seules les TCC pourraient venir à bout. Notons que le
nom de ma mère, Jenny Aubry, ne figure pas dans cette liste noire.
Le livre fait la une du Nouvel Observateur (en couverture), le 1er septembre
2005, avec bonnes feuilles, vignettes et extraits sur les impostures de
Freud. A l'intérieur du numéro, un "débat" a été orchestré par Ursula
Gauthier - responsable du dossier, favorable de longue date aux TCC - entre
"celui qui croit" en la psychanalyse" (Alain de Mijolla), comme révélation
divine, et "celui qui n'y croit pas" ou plutôt qui a cessé d'y croire après
avoir été un fanatique lacanien "déconverti" (Van Rillaer). C'est à Ursula
Gauthier qu'a été confié l'article dit de "synthèse" destiné à ouvrir enfin
un grand débat en France sur les vérités cachées, etc, etc...
On oppose ainsi, dans un prétendu débat objectif (dans le genre pour ou
contre la rotation de la terre), le représentant d'une religion
obscurantiste à un véritable savant qui, après être descendu dans l'enfer d
'une secte, en est enfin revenu pour célébrer les bienfaits de la science et
d'un traitement nouveau testé et évalué et qui prétend, par exemple, guérir
la phobie des araignées en dix séances en proposant à des patients de se
confronter d'abord à une araignée, puis à un troupeau d'araignées : la main,
le bras, le corps entier. En lisant de telles choses, on se dit qu'il
faudrait suggérer au propagateur de ce fabuleux traitement de le tester sur
lui-même lors d'une émission de télé-réalité, en direct et en présence d'une
armée d'évaluateurs.
Le débat du pour et du contre a d'ailleurs été organisé, ici comme ailleurs,
pendant le mois d'août, avec des psychanalystes qui, après avoir été
interrogés selon cet axe, ont pris la défense de la psychanalyse sans avoir
lu le livre. Certains n'avaient eu connaissance que de quelques articles
(sur épreuves). Ainsi la revue Psychologies magazine (septembre 2005)
a-t-elle déjà lancé le "débat" à la une en opposant les pour et les contre
sur le thème : "La guerre des psys : pourquoi tant de haine?", ce qui laisse
entendre que ce sont les "psys" qui se haïssent entre eux et non pas les
auteurs d'un brûlot qui haïssent Freud et la psychanalyse. La nuance est de
taille car elle permet à ceux qui sont favorables au livre de le valoriser
en ayant l'air de conserver une "objectivité".

2 - Note sur le statut juridique de l'ouvrage

Contrairement au Livre noir du communisme (Laffont, 1997) qui était un livre
collectif réalisé par six auteurs (qui furent ensuite en désaccord), Le
livre noir de la psychanalyse n'est pas un livre d'auteurs mais un livre d'
éditeur comme l'indique son titre et le nom qui figure sur la couverture. Il
est l'oeuvre de Catherine Meyer qui l'a réalisé pour les éditions des
Arènes. Cette éditrice n'est en rien une spécialiste de l'histoire de la
psychanalyse. Pour réaliser ce livre, elle s'est entourée de trois
collaborateurs (Borch-Jacobsen, Van Rillaer, Cottraux) dont les positions
violemment anti-freudiennes sont parfaitement connues. Deux d'entre eux (Van
Rillaert et Cottraux) n'ont aucune compétence en matière d'histoire du
freudisme. Le troisième fait partie de l'école révisionniste américaine
(dite des "destructeurs de Freud").
Le but de cette opération éditoriale est d'une part de nuire à une
discipline et à ses représentants - dans un contexte de crise qui fait
suite, en France, au vote d'une loi sur le statut des psychothérapeutes -
et, de l'autre, de faire une opération classique de commercialisation.
L'éditrice a ensuite demandé à de nombreux auteurs de donner des
contributions à cet ensemble. La plupart d'entre eux - comme d'ailleurs les
trois collaborateurs - ont donné des textes ou des entretiens, certes
inédits, mais qui sont en général un résumé de leurs propres ouvrages ou la
reprise d'articles déjà publiés et à peine remaniés pour le présent ouvrage.
Certains d'entre eux ont donné des articles parus en anglais dans d'autres
ouvrages collectifs. Le livre noir est donc un montage ou un collage
éditorial de différents articles qui, pour la moitié d'entre eux, n'ont
aucun rapport avec ce qui est énoncé dans le titre, dans la préface de l'
éditrice ou dans les déclarations des trois collaborateurs.
Parmi les nombreux auteurs qui ont donné leur accord à ce livre d'éditeur,
on constate que le contenu de leurs textes ne correspond en rien à l'annonce
faite par Catherine Meyer. Freud n'y est pas traité de mystificateur ou de
plagiaire et la psychanalyse n'y est pas assimilée à une discipline
criminelle comme c'est le cas pour une dizaine d'autres articles ou
entretiens.
Ainsi les articles de Joëlle Proust (sur les relations de la psychanalyse et
des neurosciences), de Patrick Mahony (sur les relations de Freud avec sa
fille Anna) et de Philippe Pignarre (sur les antidépresseurs) - et dont le
contenu était déjà connu avant le présent ouvrage - ne participent guère à
une quelconque dénonciation des prétendus mensonges de Freud.
Autrement dit, même si ces auteurs ont donné leur accord pour figurer dans
ce livre noir, rien ne permet de dire que le contenu de leurs articles soit
l'expression de la volonté destructrice affirmée par l'éditrice et par ses
trois collaborateurs.
Ajoutons que si l'on peut parler des crimes commis au nom du communisme ou
des crimes perpétrés par le colonialisme, ou encore des complots orchestrés
par des services secrets, il est difficile d'imputer à la psychanalyse en
tant que telle et à ses représentants un génocide, des massacres, des crimes
ou des complots. Ou alors il faut le prouver.
En revanche, si des abus ont été commis au nom de cette discipline - et l'on
sait qu'ils existent - alors les victimes ont le devoir de porter plainte
devant la justice contre leurs abuseurs. Car dans un Etat de droit, on ne
peut pas faire le procès d'une discipline ou de ses représentants à titre
collectif, sauf à ouvrir une chasse aux sorcières. On ne peut que porter
plainte contre des personnes.

3 - Diffamations

Dans un article intitulé "Freud était-il un menteur", on trouve la phrase
suivante sous la plume de Frank Cioffi : "La vérité c'est que le mouvement
psychanalytique dans son ensemble est l'un des mouvements intellectuels les
plus corrompus de l'histoire. Il est corrompu par des considérations
politiques, par des opinions indéfendables qui continuent à être répétées
uniquement à cause de relations personnelles et de considérations de
carrière."
Une telle affirmation est diffamatoire. Certes, elle ne vise pas une
association psychanalytique en tant que telle mais l'ensemble du mouvement
psychanalytique toutes tendances confondues, c'est-à-dire toutes les
associations qui se réclament historiquement de la psychanalyse et de son
mouvement. En conséquence, toutes les associations mondiales ou locales qui
se réclament de la psychanalyse, de Freud ou de son héritage - freudiens,
annafreudiens, kleiniens, lacaniens ou Ego Psychology - seraient en droit de
se grouper ou d'agir à titre individuel pour porter plainte contre ladite
affirmation. Celle-ci vise non seulement les membres des associations qui
composent le mouvement (la carrière et les relations personnelles) mais
aussi les associations elles-mêmes et la discipline dont elles se réclament.
De nombreux passages de ce livre sont également diffamatoires et pourraient
faire l'objet d'une expertise par des avocats. Il serait sans doute
préférable d'en rire tant la farce est énorme. Mais, de nos jours, plus la
ficelle est grosse et plus la croyance est forte. N'oublions pas l'impact
que peuvent avoir dans l'opinion publique les livres qui dénoncent de
prétendues conspirations.





4- Les Arènes

Maison d'édition spécialisée dans la dénonciation des dossiers noirs de
tout. Parmi les publications, on trouve notamment :
Noir Chirac (violente accusation contre le Président de la République
accusé d'avoir construit par carriérisme une République occulte et d'avoir
couvert les basses oeuvres de chefs d'Etat africains pour préserver les
secrets d'Etat de la France).
Noir procès (réquisitoire identique orchestré par Jacques Vergès dans lequel
trois chefs d'Etat africains se plaignent, "au péril de leur vie" des
complots de "Françafrique", c'est-à-dire de la politique de Jacques Chirac.
Négrophobie (même thématique).
D'autres thèmes, conspirationnistes sont abordés : l'inavouable, les
affaires atomiques, etc.

5 - Commentaire

Je ne fais partie d'aucune association psychanalytique et je n'ai pas l'
intention de me mêler de la conduite de leurs affaires. Mais je déplore que
depuis tant d'années les psychanalystes se soient retranchés de la vie
publique et de tout engagement politique. Ils invoquent volontiers pour
expliquer ce retrait le fait qu'ils se concentrent sur leur travail
clinique, douloureux et difficile. Cette attitude est respectable et
compréhensible. Elle prouve en tout cas que la grande majorité des
psychanalystes sont d'excellents cliniciens, et notamment les plus anonymes
qui ne font jamais parler d'eux dans les médias.
Mais cette attitude de retrait a fini par être néfaste. Car en refusant de s
'engager dans des questions de société, et en laissant la place à ceux qui
déshonorent la discipline par des diagnostics foudroyants ou des propos
ridicules sur les transformations de la famille, les moeurs et les nouvelles
pratiques sexuelles, ils n'ont pas contribué à la nécessaire critique de
leur propre doctrine, préférant se disputer sur la scène publique dans des
querelles interminables. Après avoir, du moins en France, méprisé les
psychothérapeutes relationnels, issus d'ailleurs de leurs divans, les voilà
désormais confrontés eux-mêmes à ce qu'ils avaient cru pouvoir éviter.
Je souhaite que la nouvelle génération psychanalytique ne se trompe pas sur
la signification de ce Livre noir qui connaîtra le sort de tous les brûlots
de ce genre, au même titre que les Impostures intellectuelles de Sokal et
Bricmont ou que L'effroyable imposture de Thierry Meyssan. Mais quoiqu'il en
soit, et compte tenu de l'impact qu'il aura sur l'opinion publique, et
notamment sur les patients en souffrance, il nuira à l'ensemble de la
communauté psychanalytique, si celle-ci persévère à méconnaître les
querelles historiographiques et les débats de société qui se sont
développés, dans le monde entier, depuis vingt ans et qui, d'ailleurs, ne
touchent pas seulement leur discipline.
En effet, l'idéologie de la révision systématique est l'un des éléments
majeurs de cette pulsion évaluatrice généralisée qui a envahi les sociétés
libérales et qui réduit l'homme à une chose et le sujet à une marchandise,
tout en prétendant obéir aux principes d'un nouvel humanisme scientifique.