dimanche, septembre 04, 2005

EFFETS DU SIGNIFIANT ET VIOLENCE POLITIQUE

EFFETS DU SIGNIFIANT ET VIOLENCE POLITIQUE

Lacan spécifie la psychanalyse d’être une pratique sans valeur, au sens où, bien conçue, elle n’entre pas dans le système du marché (cf. D’un Autre à l’autre). À nous psychanalystes d’assurer par quelles voies, si l’on peut dire, ne pas faire rentrer la psychanalyse dans cet espace.
Pourtant, la psychanalyse se fonde d’une identité de structure entre l’économie politique (tablée sur la plus-value) et l’économie subjective, psychique, inconsciente (tablée sur le plus-de-jouir).
Ce n’est donc sûrement pas pour des raisons de garantie que les pouvoirs publics français ont cherché à fixer les conditions de la psychanalyse et son cadre. On peut faire l’hypothèse, par contre, que le revers du libéralisme est un contrôle serré des mentalités et, derrière elles, des pratiques : le langage est mis en œuvre à des fins utilitaristes et communicationnelles qui réduisent le sujet à un individu transparent et objectivé. De ce point de vue, on comprend mieux la « nécessaire mise en ordre » de la psychanalyse en Europe ou aux Etats-Unis.
Le débat entre les psychothérapies et la psychanalyse est une question de logique. Les projets du gouvernement français le démontrent. En ce sens la psychanalyse est politique. Mais elle l’est en ce qu’elle suit un fil logique (ou qu’elle se situe dans un champ logique) distinct de celui de la politique. En effet celle-ci vise à organiser, orienter, manœuvrer les masses, alors que toute cure psychanalytique est singulière.
Autrement dit, dans notre culture, c’est moins le rapport du singulier au collectif, tel que le Temps logique l’induit, qui est déterminant (à distance quoi qu’il en soit de la formation des groupes), que le fait que la politique opère de façon globalisante (pour ou contre, ou selon un sens déterminé) quand la psychanalyse met au centre de sa pratique le sujet en ce qu’il participe de ce qui lui échappe et inversement (sous tous les modes de renversement qu’on veut) : rapports sujet/objet, sujet/Autre, etc.
Au total, la psychanalyse et l’art ou la poésie sont les seuls modes de remise en jeu du plus-de-jouir, laquelle n’est pas nécessairement récupération subjective, quand toutes les autres activités sociales, y compris scientifiques, aboutissent à sa capitalisation mortifère.
Lacan n’a cessé de le rappeler aux psychanalystes, ainsi dans « Lituraterre » : 
« Que le symptôme institue l’ordre dont s’avère notre politique, implique d’autre part que tout ce qui s’articule de cet ordre soit passible d’interprétation.
C’est pourquoi on a bien raison de mettre la psychanalyse au chef de la politique. Et ceci pourrait n’être pas de tout repos pour ce qui de la politique a fait figure jusqu’ici, si la psychanalyse s’en avérait avertie.
Il suffirait peut-être, on se dit ça sans doute, que de l’écriture nous tirions un autre parti que de tribune ou de tribunal, pour que s’y jouent d’autres paroles à nous en faire le tribut. »
(J. Lacan, Autres écrits, p. 18)
Qu’en dire ?

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