lundi, mai 15, 2006

Althusser

Suite à différents dossiers écrits sur le groupe "psychanalyse" d'Edberg, voici le résultat de mes récentes recherches destinées à l'éclairage de la vie et de l'oeuvre du philosophe.
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Intoduction

Louis Althusser compare la cure psychanalytique à une benne emplie de sable qui soulevée par des vérins laisse au début échapper quelques grains, pour ensuite, par pans entiers déverser son contenu jusqu'à ce qu'elle soit entièrement vide, signifiant par la même métaphore la fin de la cure. Or, une cure est infinie. Il y aura toujours du sable et même la benne verticale s'emplira à souhait du sel de l'inconscient tel un minéral inépuisable, éternel, universel.
*Le « Caïman de l'Ecole Normale » grand lecteur du philosophe Nicolas de Malebranche affirmait «qu' une lettre n'arrive pas toujours à son destinataire » comme des pluies perdues dans un désert aride, ou des grêles stériles sur la banquise des pôles se perdent en pure perte. L'image malebranchienne tend à démontrer que la nature ne remplit pas donc toujours son rôle salutaire ; la lettre est vociférante inutilité, comprenez : acte manqué, voir catastrophe.(instant catastrophique). Or, Lacan estime qu'un discours ne perd jamais, point de messages perdus car tous ces signes n'appellent peut-être pas à des décisions immédiates mais nourrissent l'inconscient subtilement ou secrètement et ce ne sera que dans l'avenir à travers les entrelacs d'âme que ces paradis perdus (démêlés par l'analyse ou pas) prendront non seulement une signification mais seront nécessités tel le pain, l'eau, le feu et l'air. * « Le Prince Tamala » nous décrit le matérialiste comme un être qui prend un train dans une gare inconnue, pour quelque temps après redescendre dans une autre gare tout aussi aléatoire. Alors que l'idéaliste choisit une gare précise pour accomplir un trajet qui le mènera à une autre parfaitement déterminée comme l'objet de son idéal et de sa finalité.



Le [ 1] drame qui s'est noué au cours de leur relation entre Louis Althusser et Hélène Rytmann, sa femme, est tel qu'il appelle de la part de ceux qui l'ont vécu une analyse sérieuse s'il en est. Et c'est sans aucun doute ce qu'a voulu faire Éric Marty en proposant un Louis Althusser, un sujet sans procès, anatomie d'un passé très récent, paru chez Gallimard ; malheureusement, après lecture, on reste sur sa faim. La thèse de Marty est la suivante : " Le 16 novembre 1980, le philosophe Louis Althusser, dans un moment de démence, assassinait sa femme Hélène par strangulation. Chaque terme de cet énoncé possède un sens précis et pourtant pris ensemble, ils constituent une énigme : énigme pour le meurtrier lui-même, pour ses disciples, pour ses lecteurs, ses amis, ses ennemis, ses contradicteurs. En 1985, Althusser écrivit très vite une longue autobiographie qui ne parut qu'après sa mort. Ouvre sans précédent dans l'histoire de la philosophie pour un acte sans précédent de la part d'un philosophe, un meurtre. " Mon anthithèse est celle-ci :
1) Avant d'être un acte, produit d'une histoire, le meurtre commis par Louis Althusser est ici posé comme un " énoncé " ! Un discours ! L'acte d'Althusser est ici transformé en propos, en parole, en thèse, et même en " philosophie-marxiste-avec- épistémologie-propre-à-Althusse
r ". \n2) L\'énigme n\'est pas tant dans le fait d\'avoir tué, mais dans l\'énoncé d\'ensemble, la totalité du discours plutôt que les termes pris un à un : l\'énigme est donc aussi dans le fait que cela fasse énoncé, soit que cela soit su, dit, colporté. Pris en lui-même, individuellement parlant, chacun est simple et clair, mais c\'est " l\'ensemble des termes ", soit des êtres qui fait l\'énigme. Autrement dit, et si l\'on quitte l\'ordre du discours cher à Éric Marty, chaque être pris à part, Louis Althusser d\'un côté, Hélène Rytmann de l\'autre, on comprend tout puisqu\'il n\'y a pas de problème s\'il n\'y a pas de relations ! Mais dès qu\'il y a relation entre les deux, il y a inéluctabilité d\'une histoire qui conduit au meurtre, histoire et meurtre incompris jusqu\'à ce jour et que nous allons aujourd\'hui " anatomiser ". Ainsi, l\'originalité d\'Althusser serait celle d\'un meurtrier ayant fait le récit de son meurtre, récit qui appartient, dit-on, à l\'histoire de la philosophie, et non à la littérature. \n\nLa conséquence de cette " analyse " du drame althusserien, (philosophie, politique, meurtre) est ainsi réfléchie : " Ce qui fait la profondeur de l\'énigme et du meurtre, c\'est leur force d\'interruption et de désordre dans nos habitudes de pensée. Mieux : une interruption de la pensée elle-même. " Marty propose alors " une autre façon d\'écrire l\'histoire d\'un passé encore très récent " - pourquoi pas ? - car ce ne sont pas seulement nos habitudes de pensée qui sont mortes avec ce drame (nos idées, nos idéaux, nos idéologies), c\'est la pensée elle-même qui s\'est interrompue et moi, Marty, je viens interrompre cette interruption ! En réalité, il soutient qu\'Althusser, en tuant sa femme, a produit une situation où on ne pense plus parce que c\'est comme si Althusser avait tué sa pensée et surtout son épistémologie, sa théorie de la connaissance, en tuant sa femme, c\'est à dire la différence, propre à Althusser et reprise de Spinoza, entre objet-de-pensée et objet-concret, mais que Marty pose comme LA DIFFÉRENCE EN GÉNÉRAL, incarnée chez Althusser en différence entre Louis et Hélène. En tuant Hélène, Louis aurait voulu réconcilier l\'idée d\'Hélène avec sa réalité afin de résoudre son conflit entre théorie et pratique, entre un Althusser pur-concept et une Hélène corps-réalité, entre son esprit et son corps !\n",1]

suite et complément sur lien
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4 commentaires:

http://www.qwarkpsy.eur.st/ a dit…

"In höchstsinniger Weise", le paragraphe en question se termine par une allusion à la Laienanalyse.

Si la psychanalyse était une profession, un métier, un état, elle serait,dans le cadre de la furor sanandi, une +branche+ de la psychiatrie - d'où l'impossibilité de la Laienanalyse.

A mon avis, la psychanalyse est une science (je n'invente rien, c'est ainsi que Freud la définissait), et, entre autres, une des +sciences fondamentales+ de la psychiatrie (et non une branche de celle-ci), au même
> titre que la neuroanatomie ou la neuropathologie (deux sciences que Freud a pratiquées de façon mémorable) ou la neuropharmacologie.
Il n'y a aucune difficulté à ce que un non-médecin (Laie) soit chercheur dans une science qui se trouve être fondamentale d'une pratique médicale - c'est même
devenu très fréquent aux Etats-Unis où l'on voit tant de PhD non MD signer des articles de recherche médicale dans des spécialités diverses.

Cordialement,

Jean-François Foncin

http://www.qwarkpsy.eur.st/ a dit…

Mais si, la psychanalyse est un métier, une profession. C¹est à elle qu¹on
s¹est formé, c¹est elle qu¹on étudie, c¹est avec elle qu¹on pratique une
activité rémunérée et en conséquence de quoi on paye des cotisations
sociales et des impôts et les dépenses courantes de la vie. Ceci du moins
pour les psychanalystes professionnels, parce qu¹il y en a d¹autres qui
n¹ont pas de « patients » ou si peu, qui ne déclarent pas leur maigre
activité, qui sont analystes virtuels, éloignés du vif du sujet. Et cet
aspect professionnel n¹est pas antinomique à une certaine dimension poétique
de notre métier, à des moments magiques. La finalité ? Très simple : la
pratique de la psychanalyse du côté de l¹analyste. Ce qu¹en en font de leur
côté les « patients », cela leur appartient, mais puisqu¹ils viennent à
leurs séances, ils s¹y retrouvent. La psychanalyse n¹a à avoir d¹autre
finalité que d¹être ce qu¹elle est. Et cela se passe dans le cabinet de
l¹analyste, séance après séance, à chaque fois différente. Le reste c¹est de
la littérature.

Cordialement.

Jos Tontlinger.

http://www.qwarkpsy.eur.st/ a dit…

eh bien je ne peux que souscrire à ce que Conrad Stein exprime avec tant de justesse. peut-être est-ce aussi vrai pour le psychothérapeute, du moins ce que l'on appelle ces moments de grâce, moments exceptionnels pour lui et le patient.

cordialement C.K.

http://www.qwarkpsy.eur.st/ a dit…

Oh que oui je suis d'accord avec vous. Et d'ailleurs cela fait bien longtemps que je vaque à mes affaires inconscientes loin des remous de l'article 52. Quel que soit le résultat des courses (cela me fait penser au jeu des petits chevaux), cela changera-t-il la relation psychanalytique ou thérapeutique? Mais où se passe la polémique et qui en sont les véritables instigateurs?

des profanes qui ne comprennent rien au non dit sous l'apparence des mots de tous les jours, enfin vaut-il mieux dire sur leur agencement, la musique de l'inconscient. Je qualifierai ce qui se passe de grande manipulation des professionnels qui sont tombés dans le panneau. On n'a jamais autant parlé de Freud et de Lacan. Même les TCCistes s'y mettent pour le défendre surtout Lacan. Connaissez vous le dernier protocole à la mode TCC: celui de la méditation en pleine conscience, issue du Bouddhisme tibétain? pas mal! et Éloquent!

Bien cord. NBT