samedi, juin 24, 2006

Jacques Lacan entre dans le marché de l'art

Pour la première fois, des oeuvres graphiques et des manuscrits du psychanalyste Jacques Lacan (1901-1981) seront mis en vente, vendredi 30 juin, à Paris, chez Artcurial. Exposées depuis le 23 juin à l'hôtel Dassault, les quelque 130 pièces sont visibles sur www.artcurial.com.
La famille Lacan s'est opposée à la vente. La maison Artcurial signale que la fille du psychanalyste, Judith Miller, a refusé d'autoriser la reproduction de photos de son père publiées dans son Album Jacques Lacan, visages de mon père (Seuil, 1991). Mme Miller n'a pas souhaité répondre à nos questions.
if (provenance_elt !=-1) {OAS_AD('x40')} else {OAS_AD('Middle')}

L'évaluation de la collection Vappereau n'a pas été une mince affaire. Quelle valeur accorder aux dessins ? Certains sont estimés 10 000-12 000 euros, la moyenne se situant aux alentours de 4 000 euros. Olivier Devers, consultant pour la vente, a eu moins de mal à estimer les manuscrits, qui constituent, selon lui, "un complément indispensable aux oeuvres graphiques". Le tout est estimé à 450 000 euros.
Admirateurs ou pourfendeurs de Lacan, tous attendent l'événement. "On est au bord de la rupture de stock du catalogue d'exposition, édité à 3 500 exemplaires", constate Olivier Devers. Et pour cause, ajoute-t-il : "Les psys savent qu'ils ne reverront pas de sitôt ces dessins. La famille Lacan édite son oeuvre au compte-gouttes."
Dans les années 1970, Jacques Lacan s'était entouré d'une bande de jeunes mathématiciens avec lesquels il s'échinait à résoudre des énigmes via le calcul et le dessin. De cette émulation, pour ne pas dire véritable obsession, sont nés une série de graphes jetés le plus souvent sur des feuilles A4 : chaînes, tresses, ronds, noeuds borroméens (enlacement de trèfles) dessinés à l'encre ou au crayon feutre.
"Le noeud borroméen était devenu pour Jacques Lacan à la fois un symbole, un instrument de recherche et une éternelle interrogation", résume Roland Dumas, qui fut l'avocat de Lacan, dans l'avant-propos du catalogue. Œuvres d'art contemporain ou brouillons de la pensée du psychanalyste, chacun y trouvera ce qu'il veut. "C'est un "work in progress", au sens de Joyce", estime Olivier Devers.
"Ce morceau d'archives correspond aux années décisives de l'aventure topologique, aux énigmes des noeuds, aux entrelacements du triple RSI (Réel, Imaginaire, Symbolique)", écrit dans l'introduction du catalogue Jacques Roubaud, mathématicien et poète, membre de l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) et auteur de Ma vie avec le docteur Lacan.
Parmi les manuscrits on trouve des lettres, des textes humoristiques ("Je n'ai dit que des sottises..."), des réflexions lacaniennes ("Dire ce qu'on pense. C'est court"), des calculs autour du triangle de Pascal et, aussi, ce document intitulé "Questions des passeurs" où Lacan liste des noms d'analystes - parmi lesquels Elisabeth Roudinesco.
Cette collection appartient à Jean-Michel Vappereau, l'un des mathématiciens qui gravitaient autour de Lacan. Il est par ailleurs psychanalyste, et Mme Roudinesco souligne son rôle dans sa biographie de Jacques Lacan (Esquisse d'une vie, histoire d'un système de pensée, Fayard, 1993).
M. Vappereau a décidé de vendre ces dessins pour acheter un appartement, à Paris, où seront entreposées des archives de psychanalyse. "Roland Dumas voulait que je donne les oeuvres de Lacan à la Bibliothèque nationale de France, mais je préfère qu'elles circulent dans le public", explique-t-il sans états d'âme.
Clarisse Fabre
Article paru dans l'édition du 25.06.06

2 commentaires:

http://www.qwarkpsy.eur.st/ a dit…

Maître Francis Briest
Commissaire-Priseur
Hôtel Dassault
7, Rond-Point des Champs-Élysées
75008 Paris



Maître,

L'association des amis de Jacques Lacan, créée pour favoriser la publication de son oeuvre, a pris connaissance de la vente organisée par votre étude de manuscrits et d'oeuvres graphiques présentés comme émanant de Jacques Lacan.

Aucune mention du catalogue ne précise le statut de ces oeuvres par rapport au droit moral et au droit de divulgation. Le droit de divulgation est-il compris dans cette vente ? Ou l'acheteur doit-il prendre en compte le fait qu'il ne pourra faire le moindre usage public des oeuvres concernées ? Vous n'êtes pas sans savoir que l'exécuteur testamentaire de Lacan, son propre gendre, s'oppose de façon permanente à la divulgation de cette oeuvre : les garanties qu'il a pu, ou pas, vous apporter sont essentielles à la détermination de la valeur de ces documents.

Il nous semble important de porter cette information à la connaissance de tous les acheteurs.

Par ailleurs les dessins proposés sont non signés et non répertoriés dans l'oeuvre de Lacan. Aucun élément ne permet objectivement de s'assurer qu'ils sont bien authentiques. Quelles garanties pouvez vous nous apporter qu'il ne s'agit pas, en tout ou partie, d'imitations ou de créations fantaisistes ? Cet élément est également essentiel pour garantir la valeur de ces dessins.

Une réponse avant la vente nous permettrait d'aborder cet évènement avec l'information permettant d'éviter de compréhensibles contestations.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Commissaire priseur, l'expression de mes sentiments distingués.



Nathanaël Majster
Secrétaire général


Nous vous conseillons également la lecture de l'éditorial de Charles MelmanÀ propos de la vente Vappereau sur le site freud-lacan.com.
Bien cordialement,

AaJL

http://www.qwarkpsy.eur.st/ a dit…

À propos de la vente Vappereau
Charles Melman - 23/06/2006

On rendra hommage à la contribution que les héritiers de Lacan donnent à la diffusion de son enseignement, en mettant aux enchères des graffitis et brouillons qui relèvent du fond de poubelle.

Les puristes réclameront sans doute un rassemblement de ces déchets au lieu de leur dispersion, et un dépôt à la B.N. Mais nous sommes tous victimes du signifiant et rien n'empêchera que la liquidation du transfert ne vire au transfert de liquidité, surtout quand s'ouvre béante la grande gueule du fisc.

Saluons aussi au passage l'indéfectible dévouement de notre ami Roland Dumas à Judith; ainsi que la démonstration donnée par notre non moins ami Vappereau qu'on peut parfaitement jouer avec Lacan au Noeud Bo sans rien saisir de ce qui est en question. Notre toujours ami Thomé, et Soury en avaient déjà publiquement fait l'aveu.

On apprend ce matin que les fidèles de Martin Luther King s'insurgent contre la mise aux enchères de ses papiers par ses héritiers. Mais sans doute ces primitifs ne sont-ils pas encore entrés dans l'ère du marché.



P.S. : Comme les débris vendus n'ont d'autre authenticité que la parole de leurs détenteurs, et qu'il en est beaucoup sur la place de Paris, ces enchères inaugureront la floraison des faussaires qui, selon ce qui est déjà la philosophie du co-auteur, feront endosser par Lacan n'importe quoi. Un bon conseil pour les acheteurs avisés : exigez de Me Tajan une vérification de l'ADN dont les traces doivent figurer sur les papiers.

Exemple : un dessin est annoncé avec la mention énigmatique "correction Parisot". Comme il ne peut s'agir que de notre regrettée Thérèse, et ce n'est pas offenser sa mémoire de dire que ses corrections ne pouvaient s'exercer dans ce domaine, ladite mention est là comme le truc destiné à valider une authenticité fragile, faute pour les héritiers de risquer leur label. Thérèse aurait peu apprécié d'être ce truc.