lundi, novembre 27, 2006

Althusser au théâtre

Après Le Caïman, qui fit les beaux soirs du Théâtre Montparnasse l'hiver dernier, revoici à la scène le philosophe marxiste le plus célèbre des années 1960-1970, un professeur remarquable et un homme généreux, Louis Althusser.

Ce n'est pourtant pas seulement de cette célébrité-là qu'il est question actuellement, mais de ce fait divers stupéfiant qui mit fin à sa carrière et d'une certaine façon à sa vie : le 16 novembre 1980, Althusser étranglait sa femme, Hélène, dans un coup de folie. Il devait être interné puis bénéficier d'un non-lieu avant de mourir dix ans plus tard, le 22 octobre 1990.


Après Claude Rich, c'est le comédien Vincent Bady qui, avec Althusser, solo, s'empare à plein corps du personnage. Il ne s'agit plus d'une pièce de théâtre, mais d'extraits de cette autobiographie sidérante, L'avenir dure longtemps (coéd. Stock/Imec, 1992, rééd. octobre 2006, Stock), qu'Althusser a rédigée en grande partie parce que, en vertu du non-lieu dont il a bénéficié, il n'a pas eu à comparaître "et si j'avais eu à comparaître, j'aurais eu à répondre. Ce livre est cette réponse à laquelle, autrement, j'aurais été astreint".

Pas question pour Vincent Bady de faire semblant de s'identifier au philosophe : c'est en comédien qu'il aborde l'oeuvre, qu'il en dit les mots, qu'il en joue les situations. Un comédien virtuose pour un rôle à multiples facettes. Il use de sa voix, de son visage, d'un corps lourd, pour composer tour à tour un meurtrier affolé, un enseignant passionné, un sportif content de lui, un prisonnier de guerre plutôt passif, un intellectuel marxiste, un jeune homme désespéré par un phimosis persistant, un fiancé heureux d'en finir avec la solitude suivi d'un homme à femmes prompt à la dépression, ou encore un fou prostré, un fou pervers, un fou sans illusions.
Et tout cela sans autre incohérence que celle de la pensée, vertigineuse. Une pensée certes agaçante de tant de surmoi et de tant de distance vis-à-vis de sa victime, mais fascinante de lucidité. Et le fait divers devient tragédie.

Althusser, solo d'après "L'avenir dure longtemps" de Louis Althusser, de Guy Naigeon et Vincent Bady, avec Vincent Bady. Théâtre du Lucernaire. 53, rue Notre-Dame-des-Champs. Paris-6e. Mo Notre-Dame-des-Champs ou Vavin. Du mardi au samedi à 20 h 30. Jusqu'au 9 décembre. Tél. : 01-45-44-57-34. www.lucernaire.fr. Durée : 1 heure. De 10 € à 30 €.

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