vendredi, novembre 10, 2006

ciné-séminaire

Qu'est ce que le Ciné-séminaire?

Ce ciné-séminaire est parti de l’idée, pas très audacieuse et pourtant très peu pratiquée, que le cinéma est la mythologie des collectivités. Toutes les collectivités ont des systèmes de mythes qui caractérisent très fortement leur identité. En général, ce sont des récits qui se colportent de bouche à oreille et que quelqu’un quelquefois finit par noter.

Le cinéma comme toute mythologie condense les signifiants essentiels d’une collectivité en le mettant en scène. Le cinéma dit quelque chose, dit quelque chose à son public, lui chuchote des choses pour le réjouir. Le cinéma veut dire quelque chose dans le cinéma d’auteur en particulier.

Il représente un état de l’esprit d’une collectivité. Un instantané daté de cette collectivité. Il représente son passé « Kan yama kan ».

Pourtant aussi, le cinéma ne sait pas ce q’il dit. Il en dit plus qu’il ne croit dire. Il est en attente de ceux qui vont l’écouter et interpréter ce « plus de dire » en attente d’être lu. C’est en ce sens que le cinéma, porté par le passé, creuse les frayages de l’avenir.

À nous dans le cadre de ce séminaire de lui faire dire ce qu’il ne se sait pas dire en le disant.

Le théme de l'année

Qu’a-t-il à dire, le cinéma, sur le Père? Archétype universel, modèle ou « surveillant » du Soi freudien, origine de l’idée de Dieu, la figure du Père semble également contribuer à la définition de la dynamique propre à certains contextes culturels. Le sociologue syrien Halim Barakat estime que la place privilégiée du père au sein de la famille est une caractéristique spécifique des sociétés arabes traditionnelles. L’exemple illustrant son propos est celui du père Ahmed Abdel Gawad, vénéré et craint par tous les membres de sa famille-tribu, dans la fameuse trilogie du Nobel arabe de littérature, Naguib Mahfouz. C’est un lieu commun que de dire par ailleurs que bien des sociétés méditerranéennes sont patriarcales.

Le père est-il seulement du côté de la loi et de l’autorité, comme Abraham respectant l’injonction de (la loi de) Dieu jusqu’à l’extrême sacrifice de son propre fils? N’est-il pas parfois un père aimable, rédempteur dans le sens littéral du terme, c'est-à-dire qu’il affectionne et protège ses enfants au point de se sacrifier pour eux? En d’autres termes, un père peut-il être aussi une mère?

Y a-t-il un père tout court ou bien fonctionne-t-il toujours en « paire », comme père et amant, père et mère, père et re-père? Le père n’est pas papa. Le premier est notre père à tous, notre père qui est aux cieux, petit père des peuples, Nasser. Le deuxième est celui qui joue le rôle du mâle adulte dans la cellule familiale. Qu’est-ce qu’un père ou une mère pour une communauté? Pour le Freud de Moïse , il faut tuer symboliquement le père pour accéder à la fois à l’émancipation en tant qu’individu et à la modernité en tant que société. Cela veut-il dire, à en croire l’analyse de Barakat, que n’ayant pas encore tué le père, les sociétés arabes sont loin de la modernité?

Si le cinéma est l’équivalent matériel de l’inconscient, les films arabes peuvent apporter sinon une réponse à ces questions, au moins des pistes d’analyse. Car l’absence ou la mort du père sont frappantes dans le cinéma arabe. S’agit-il encore une fois d’un trait spécifiquement culturel ou bien est-ce l’écho d’une situation socio-historique particulière? L’hésitation entre le père « biologique » de la tradition et de la modernisation autochtone et le père « éthique », occidental, importé, rend la figure du père éminemment significative dans les films arabes, notamment depuis l’échec du projet national panarabe, scellé par la défaite face à Israël en 1967. Le père Nasser est mort politiquement cette année là, et depuis les films arabes pullulent de pères absent.

Cette thèse est-elle absolument valable? Seuls un dialogue et une réflexion en commun pourraient nous aider à la vérifier ou à l’invalider. L’épreuve des films est elle-même la meilleure des preuves.

Karim Jbeili et Walid El Khachab

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