mardi, décembre 05, 2006

alcool & solitude

La solitude, principal facteur de risque de rechute dans l’alcoolisme après sevrage
Publié le 01/12/2006

La dépendance à l’alcool pèse lourd : lourd pour les malades, lourd pour leur famille et lourd pour la société. Les approches thérapeutiques habituelles ont démontré leur efficacité vis-à-vis du sevrage mais le risque de rechute après traitement est réel, évalué entre 35 et 90 % selon les études. L’identification des facteurs de risque de récidive devient dans ce contexte une étape fondamentale du traitement. Nombre de paramètres cliniques et sociaux ont été associés à ce risque de rechute ; c’est le cas de la dépression, des troubles du sommeil, d’un niveau de scolarisation peu élevé, de l’existence d’antécédents nombreux d’hospitalisation pour sevrage et d’antécédents d’alcoolisme familial, de l’installation tôt dans l’existence d’une dépendance à l’alcool, du fait de vivre seul, d’être sans emploi, et d’avoir « lâché » le traitement. La vulnérabilité des alcooliques face au stress psychosocial a en outre, même si les résultats des études ne sont pas homogènes, été évoquée comme facteur contributif au risque de rechute de l’alcoolisme.
Sur ce bruit de fond, des psychiatres ont cherché à affiner l’identification des facteurs indépendants de risque de récidive de l’alcoolisme, un an après la sortie du séjour en milieu hospitalier pour sevrage au cours duquel les malades inclus n’avaient pas bu d’alcool. Ils ont cherché à déterminer la pertinence des données relatives aux modes de gestion du stress (conduites d’éviction de la culpabilité, retrait social…) et celle des données sociales et des caractéristiques personnelles avant tout traitement. La population d’étude n’était pas psychotique, était indemne d’affection psychiatrique reconnue, ne nécessitait pas d’hospitalisation pour motif psychiatrique, n’avait ni maladie nécessitant la prise de psychotropes ni troubles de la personnalité identifiés, et les résultats des prélèvements pour dépistage n’avaient pas révélé, à l’admission, de prise de benzodiazépines ni de dérivés de cannabis, de barbituriques, d’opiacés, de cocaïne, d’amphétamines. L’absence d’étiologie organique, neurologique, thyroïdienne, cardiaque, et l’absence de cirrhose, ont été vérifiées.L’étude, alors fondée sur les réponses à un auto questionnaire, a porté sur 130 alcooliques sevrés (dont 37 femmes) qui avaient été admis pendant six semaines en unité d’alcoolo-dépendance et suivis une année durant.
Près de la moitié des malades (49 %) ont rechuté dans l’année. Les modes de gestion du stress ne sont pas apparus prédire cette évolution. En revanche, certains facteurs socio-économiques se sont avérés significativement associés à la rechute de l’intempérance, notamment les conditions de vie : le fait de vivre seul, le statut marital et en particulier le fait d’être séparé de son conjoint, et la fréquence de l’abus d’alcool avant la prise en charge thérapeutique.
Bilan global de cette étude : vivre seul, alcoolique, multiplierait par un facteur proche de 2 le risque de retomber dans l’alcool en comparaison d’alcooliques mariés. Le constat est brut, d’autant plus brut qu’aucun autre facteur n’est apparu, dans cette étude, substantiellement prédictif du devenir des alcoolo-dépendants. Mais il y a un « bémol » à la clé, reconnu par les auteurs eux-mêmes : il s’agit d’une étude rétrospective s’appuyant sur des données rapportées par les patients eux-mêmes, non étayées par des marqueurs d’alcoolisation.
Dr Claudine Goldgewicht
Walter M et coll. « Social factors but not stress-coping styles predict relapse in detoxified alcoholics » Neuropsychobiology 2006 ; 54 : 100-6.
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