mardi, décembre 19, 2006

Yves Ferroul en réponse avec "sujet "toc"

Wainrib, médecin qui a tout oublié de ses études scientifiques (les pages Débats du Monde du 6 décembre), est très représentatif de la façon d'agir des psychanalystes : non pas réfléchir et argumenter, en comparant deux méthodes thérapeutiques, mais insulter ceux qui proposent de soigner en dehors de la psychanalyse, les caricaturer en "adversaires" - pourquoi pas des alliés pour le bien des patients ? -, les présenter comme de connivence ainsi que des malfaiteurs ("notre équipe" !), dans le but d'agir brutalement ("association musclée"), sans respect des personnes ("raboter sauvagement").


Et que penser de la liste horrifique des mots techniques complaisamment énumérés ("capsulotomie antérieure, etc.") sinon qu'elle vise à effrayer, alors que ce sont les termes techniques de l'anatomie cérébrale, banals pour les spécialistes (mais un psychiatre analyste s'est-il donné la peine de connaître le cerveau ?).
Faut-il préférer à ce vocabulaire le langage si humain de la psychanalyse, comme cette explication de l'innocente crampe musculaire entraînant le vaginisme par l'inénarrable Françoise Dolto : "Chez les vaginiques, on retrouve toujours le fantasme précoce du viol éviscérateur par la mère, alors que la petite fille... désire le viol trucidant par le père" (Sexualité féminine : libido, érotisme et frigidité, chapitre III) ? Voilà qui doit sûrement aider une jeune femme dans la "reconnaissance profonde de son être" et lui permettre des rapports sexuels épanouissants ! Tout cela serait simplement comique s'il n'y avait pas en jeu la souffrance de centaines de milliers de patients en France, et celle de leur famille. D'ailleurs, depuis 1900, il n'y a aucun article, dans toute la littérature mondiale, apportant la preuve qu'une méthode psychanalytique ait guéri quiconque. Alors que des milliers de Français ont une vie équilibrée après une prise en charge comportementale, avec ou sans médicaments. Car la prise de médicaments n'est pas une preuve d'échec de la thérapie comportementale ! Elle est, pour un vrai scientifique, la prise en compte d'une réalité objective, complémentaire de l'action comportementale : à la base du trouble obsessionnel il y a une pathologie cérébrale que certains produits peuvent affaiblir ou éliminer.
Il n'y a que les psychanalystes pour refuser cette dualité et croire qu'un être humain est ému, se souvient, raisonne, etc. avec une pensée éthérée, sans support organique : comme si le mauvais état de marche du cerveau n'avait aucun impact sur le comportement ! Les comportementalistes sont des scientifiques. Ils ne cherchent pas à "prendre le pouvoir", ils proposent une thérapie, fruit de leur recherche théorique et appliquée, afin de mieux soigner les patients. Ils ne veulent pas faire la guerre aux psychanalystes en particulier. Ils agissent comme ont toujours agi les scientifiques : on propose une nouvelle théorie, on en tire les conséquences pratiques. Si ces conséquences sont plus intéressantes que celles des théories précédentes, on adopte la théorie jusqu'à nouvel examen. Sinon, on cherche dans une autre direction.
La confrontation scientifique n'est pas une guerre, et les adversaires d'une nouvelle théorie contribuent par leurs critiques à son élaboration ou à son élimination. Il n'y a que la psychanalyse qui, depuis Freud, crie au loup à chaque fois que l'on propose une autre explication des faits psychiques que la sienne : pour la première fois dans l'histoire de l'humanité une connaissance serait définitive, et tout ce que l'on a découvert après sa proclamation ne la concernerait pas !
Pour finir, je suppose que le docteur Wainrib est respectueux de ses patients et les informe, avant toute prise en charge, qu'il est en totale contradiction avec son code de déontologie, qui lui impose d'assurer des soins "fondés sur les données acquises de la science" (titre II, article 32), mais qu'il agit ainsi par conviction profonde. Curieusement, des tribunaux américains ont condamné à de lourdes amendes des psychiatres ayant traité par psychanalyse et qui n'ont pas pu apporter la preuve du fondement scientifique de cette thérapie.
Je conseillerais bien volontiers aux patients des médecins pratiquant la psychanalyse de leur intenter des procès pour faute professionnelle, les juges français n'étant a priori pas plus émus que les Américains par les convictions profondes dans ces circonstances. Et peut-être que par l'argent on fera redescendre sur terre les psychanalystes, qui en ont décollé depuis plus d'un siècle.
Yves Ferroul, médecin, est maître de conférences à l'université de Lille.

pour info voici la réaction des lecteurs du "Monde"
http://www.lemonde.fr/web/article/reactions/0,1-0,36-846928,0.html

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