jeudi, février 02, 2006

LE SITE DES ETATS GENERAUX DE LA PSYCHANALYSE

Avec l’Appel pour la convocation des Etats Généraux de la Psychanalyse qui se sont tenus à la Sorbonne à Paris en juillet 2000, René Major aura souhaité que l’esprit qui avait présidé à cette initiative puisse trouver des suites, chaque fois à inventer, qui échapperaient aux pièges de l’institutionnalisation tels que nous les connaissons.
Dans la préparation de la réunion internationale de l’an 2000, le site aura permis la mise en ligne de plus de 250 textes qui étaient ainsi proposés à la lecture des participants et dont des lecteurs devaient rendre compte au cours des Journées. Ce fut une innovation marquante que d’avoir mis à la disposition du plus grand nombre les contributions de tous ceux qui avaient souhaité s’associer à cet événement qui devait initier une discussion ouverte sur l’état actuel de la psychanalyse, sur les problèmes qui n’allaient pas manquer de se poser à elle, soit dans les résistances qui lui viennent de l’extérieur, soit dans celles qui surgissent constamment de l’intérieur. Tous ces documents restent archivés dans le site et sont donc consultables dans leur intégralité. Quant aux présentations des différents thèmes des Journées, aux arguments qui ont alors été exposés et aux conférences des invités, ils ont fait l’objet d’un volume publié aux éditions Aubier en 2003, sous le titre Les Etats Généraux de la Psychanalyse.
La suite de la réunion internationale de l’an 2000 a été laissée à l’initiative de ceux qui devaient en manifester le souhait. Le relais fut pris par des collègues brésiliens qui s’étaient rendus très nombreux à la première convocation. Notre site s’associa donc à ceux de Sao Paulo et de Rio pour la préparation des EGP II qui devaient se tenir à Rio en novembre 2003. L’intégralité des archives disponibles est également consultable sur ce site.
Une troisième rencontre s’annonce pour 2006 à Bruxelles sur l’initiative de Claude Van Reeth et de collègues belges. Le site sera à la disposition de ce nouvel événement.
L’actualité du printemps dernier en France a mobilisé le site autour du projet de loi gouvernemental concernant la pratique des psychothérapies impliquant directement ou indirectement la psychanalyse. Il a servi de relais à une pétition émanant d’un Front du refus associée à celle du Manifeste pour la psychanalyse qui ont organisé un Grand Rassemblement le 26 juin dernier. La pétition en cinq langues, la liste des signataires et les textes de références au débat se trouvent archivés.

Il n’est ni dans l’esprit ni dans les objectifs du site des EGP d’annoncer les séminaires, réunions et congrès divers. D’autres sites, fort nombreux maintenant, donnent toutes les informations et renseignements nécessaires. En revanche, nous souhaitons intensifier la diffusion de textes qui s’inscrivent dans la poursuite de la recherche ouverte par la réunion inaugurale de l’an 2000. Pour ce faire, nous créons une nouvelle rubrique intitulée les Annalytiques* qui reprend des textes déjà sur le site et qui accueillera des travaux en gestation dont le caractère novateur sera fidèle à la politique des EGP. Les textes seront disponibles par nom d’auteur et un moteur de recherche, en cours de préparation, permettra une consultation par thèmes.
Les débats de l’an 2000 prenaient acte de la nécessité de donner suite au projet de Freud, tel que précisé dans Analyse laïque, de créer des Psychoanalytische Hochschulen - des Hautes Etudes en psychanalyse - qui donneraient son plein statut à la psychanalyse au sein de la pensée et de la recherche contemporaines. Un texte de présentation de ce projet a été élaboré collectivement au cours de l’année qui a suivi la tenue des premiers Etats Généraux. On en trouvera une première version sur le site à la rubrique IHEP (Institut des Hautes Etudes en Psychanalyse). Ce texte sera d’ailleurs revu en fonction des problèmes de plus en plus aigus qui peuvent se poser à la psychanalyse aujourd’hui aussi bien dans le champ de sa pratique que dans le champ socio-politique. L’inauguration officielle de l’Institut a eu lieu en février 2003 avec une Controverse sur Pourquoi la guerre ? (en rappel de la lettre de Freud à Einstein), à la veille de l’intervention américaine en Irak, avec la participation de Jacques Derrida, Jean Baudrillard et Alain Gresh. Cette Controverse devrait prochainement être publiée chez Galilée. Aux Controverses qui devraient se poursuivre sur l’actualité s’ajouteront des projets de recherche tels qu’ils sont indiqués dans les dix intersections prévues par l’Institut. Par ailleurs, des délégués de plusieurs pays européens oeuvrent à mettre sur pied des initiatives qui vont dans le sens d’un tel projet. Le site s’emploiera à faire écho aux programmes qui se développeront au sein de cette nouvelle perspective.
Nous espérons, avec cette nouvelle orientation, contribuer au développement et au renouvellement de la langue psychanalytique, à son insertion dans les grands débats contemporains, participer à la lutte contre ce qui tend aujourd’hui à l’appauvrissement de la pensée et de la culture et restaurer toute la place de la raison freudienne.


* Nous entendons restituer la noblesse de la tradition des Annales dans ce néologisme.

APPEL À SIGNATURE

APPEL À SIGNATURE

Nombre de mesures que prend l’actuel gouvernement vont dans le sens d’une restriction des libertés et des responsabilités individuelles. Le projet de loi visant à réglementer l’usage du titre de psychothérapeute en impliquant les associations de psychanalyse par le biais de leurs annuaires s’inscrit dans ce processus.

En accord avec notre pratique et en cohérence avec la raison psychanalytique, nous appelons à s’opposer à ce projet de loi.

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En tout premier lieu, il faut situer le contexte de ce souci de réglementation. Il s’agit de l’une des dispositions d’une loi de santé publique, dont la philosophie est précisément explicitée dans un rapport sur la psychiatrie demandé par le ministre dans la même période et qui confirme l’orientation des politiques de ces deux dernières décennies. La médicalisation de la psychiatrie va de pair avec son dépérissement, tandis que l’inflation de la demande de psychothérapie est encouragée et organisée. Les réponses proposées dans le champ de la santé sont préférentiellement orientées vers des solutions techniques standardisées qui se juxtaposent : à la prescription massive de psychotropes, on ajoute désormais la prescription de parole (deuils, traumatismes, viols, harcèlement, etc.). Il s’agit aujourd’hui d’enserrer cette proposition sociale de “ psychothérapie ” dans les règles bureaucratiques qui déferlent dans le champ médical.

En effet, l’évaluation, les “ recommandations de bonnes pratiques ” font partie de l’appareil qui a rapidement fait passer l’hôpital à un statut d’entreprise, sous le règne du discours administratif. La médecine libérale connaît le même sort, et le marché énorme des “ psychothérapies ” doit y être rapidement inclus. Cette évolution majeure ne touche pas seulement la médecine ; bien d’autres pratiques connaissent le même encadrement soupçonneux. Le sort qui sera fait à la psychanalyse aura des conséquences bien au-delà d’elle-même : chercheurs, créateurs, artistes sont confrontés au même enjeu.

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Or, en tant que science du sujet et de la subjectivité, la psychanalyse ne saurait, sans se renier, se prêter à une quelconque gestion administrative. Qu’un psychanalyste ne soit pas ignorant des savoirs hétérogènes (clinique psychiatrique, psychopathologie, sciences sociales, juridiques, politiques, littérature, etc.) qui peuvent et doivent éclairer son action est une chose. Mais, quels que soient les diplômes et les compétences qu’il possède, un psychanalyste est confronté à une pratique qui ne se réduit pas à l’application de connaissances. Chaque psychanalyse est une expérience singulière qui déroute tout programme et toute garantie a priori. Elle se fonde sur un rapport au symptôme qui vise à en extraire la vérité et non à l’éradiquer en vue d’une normativité. En ce sens, elle est antagonique de toute psychothérapie. D’autre part, alors même que ses effets thérapeutiques sont avérés, il faut rappeler que la psychanalyse est née du refus de subordonner son action à la suggestion, ce en quoi elle se démarque encore de la psychothérapie.

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La formation des psychanalystes ne saurait s’envisager sans tenir compte de cette spécificité de la psychanalyse. Dans ce domaine, la grande difficulté a trait à ce qui constitue la formation qu’un psychanalyste peut considérer comme véritable pour s’autoriser à exercer la psychanalyse. La demande de l’État vise nécessairement à substituer à ce qui fait question pour chaque analyste la réponse d’une instance quelconque - qu’elle soit d’État ou qu’elle reste celle des associations analytiques importe peu -, garante de sa légitimité. Or, même si diverses associations se plaisent aujourd’hui à souligner leur communauté de point de vue en réponse à la demande sociale, il n’en reste pas moins que la question de la formation n’a cessé de hanter la communauté analytique, y provoquant débats et divergences. Au point que l’on peut affirmer aujourd’hui que l’existence de cette question de la formation des analystes fait partie de la formation même. Les diverses associations qui s’opposent sur des éléments décisifs de la formation et de la reconnaissance par les pairs en sont la preuve vivante, dont témoigne tout autant le fait qu’il existe un nombre très important d’analystes qui ne sont pas inscrits dans une association.

Devenir analyste est toujours une décision anticipatrice. Celui qui prend cette décision, même s’il est autorisé par une hiérarchie, l’a déjà fait quand il le demande. Il inaugure ainsi le mode de solitude qui sera le sien, à chaque fois, dans son acte par rapport à un analysant, jamais le même, jamais équivalent. Aucune autorisation ne peut soutenir cette solitude en se consignant dans une liste, chaque liste s’ajoutant à l’autre dans un ensemble qui les contiendrait toutes.

La question de savoir comment peut s’authentifier ce franchissement qui consiste dans le passage de l’analysant à l’analyste doit donc rester ouverte. Mais c’est un fait : quand un analysant prend cette décision de se dire “ analyste ” et même s’il le fait après consultation d’autres analystes, y compris le sien, il engage toujours un désir dont il est le seul à pouvoir répondre.

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Certains estiment satisfaisant le projet de loi voté par le Sénat : selon leur lecture, il respecterait l’entière liberté de la pratique analytique tout en dispensant les psychanalystes inscrits comme tels dans les listes de leur association de l’enregistrement préfectoral exigible des psychothérapeutes non médecins et non psychologues. Outre que c’est préjuger de l’obligation pour un psychanalyste d’appartenir à une association, comment ignorer que cette discrimination des psychanalystes est, sous couvert de reconnaître les uns comme psychothérapeutes, les autres non, un pas insidieux vers l’intégration de la psychanalyse dans la psychothérapie et, par conséquent, vers le contrôle de celle-là à travers celle-ci ? D’autres collègues sont tentés par une adaptation de la législation italienne à la France, solution qui présente le même danger sous d’autres modalités. Nous estimons que le renforcement, par ce biais, du pouvoir institutionnel des associations de psychanalyse sur les psychanalystes va à l’encontre des exigences que nous avons exposées concernant la formation des psychanalystes. De fait, qu’une association de psychanalyse puisse qualifier comme psychothérapeutes ceux de ses membres qu’elle aura inscrits comme psychanalystes dans son annuaire transformera ipso facto ladite association en institut privé de formation psychothérapeutique, sans parler du problème plus qu’épineux des modalités d’habilitation des associations de psychanalyse qui seraient habilitées à…

Pour ces raisons, nous nous opposons au projet de loi voté par le Sénat (Giraud-Mattei) ou à tout autre qui viserait à réglementer l’exercice de la psychanalyse et nous vous appelons à vous joindre à nous en signant ce texte