mardi, octobre 03, 2006

psychanalyse et Chine

PSYCHANALYSE ET CHINE
Au Théâtre-Poème,mardi 3 octobre 2006, à 20 h 30,en partenariat avec l’association Acte Psychanalytique,
Michel Guibal s’entretiendra avec Françoise Lauwaert, Jacques Schotte, Pierre Smet et Joseph-Lê Ta Van,

A propos entre autres,
- d’« Un barbare en Chine » : tel est le titre d’un écrit signé Michel Guibal, paru dans l’ouvrage collectif « L’indifférence à la psychanalyse – Sagesse du lettré chinois, désir du psychanalyste – Rencontres avec François Julien » - (PUF. Coll. Libelles, 2004), avec comme sous-titre, « Brèves remarques sur la voix au pays de la voie »…,
- de la publication toute récente, dans le numéro 15 de la revue « Outre-Terre », sous rubrique « Psychanalyse et géopolitique », de l’ « Entretien avec Michel Guibal – La Chine à la découverte de la psychanalyse – Pour une pratique interactive »...

Ces quelques intitulés nous laissent deviner d’emblée une prise de position singulière d’un psychanalyste français au contact du Pays du Milieu en prise avec la psychanalyse émergeante.
Et cela, c’est sans compter avec tout son long parcours pour le moins étonnant, à nos yeux, de travail et d’élaboration psychanalytique…
A en juger, ne fût-ce que par les énoncés des thèmes, sans entrer encore dans leur contenu, de ses séminaires qu’il mène à Paris depuis 1981, dont nous nous permettons d’épingler quelques uns :
- L.E.C.R.I.T
- Un pas de plus
- Pierre, Paul, Jacques : Ceux qui entendent des voix
- L’Insu Portable
- Et ils M.R la R.M – A vocaliser comme on peut
- La troisième dimension ou La sortie de la structure spéculaire
- La légion des donneurs - La légalisation du silence
- Saint Paul Hannah pas existé
- Les Lvoisx du silence
- Silence on tourne – Connais toi toi-même et éventuellement autorise toi de toi-même
- L’Echoïsme
- God save the gouine
- etc…etc…
Depuis 2000, il anime également des séminaires au Chengdu Psychoanalytic Center. Il s’agit de la toute première institution de formation à la psychanalyse lacanienne en Chine. Celle-ci fut fondée quelques années auparavant par Huo Datong, un de ses anciens analysants à Paris pendant son séjour d’études doctorales au Département de psychanalyse Paris VII.
Événement remarquable dans la mesure où M.Guibal est celui par lequel s’inaugurent les interventions de psychanalystes lacaniens européens en Chine…
N’est-ce pas là aussi un moment propice pour réaliser une des propositions de Lacan, à savoir que la théorie du signifiant devait recevoir une mise à l’épreuve de l’examen de systèmes d’écritures autres que l’écriture alphabétique occidentale ?
Ne serait-il pas, ce faisant, en train de mettre en œuvre l’appel à un certain retour à Lacan, à la suite du « retour à Freud » lacanien ? voire même, à la limite, au retour à la psychanalyse, en particulier à l’heure des massives transformations de la culture en mondialisation toute, culture prise au sens le plus large du terme… ?
Lacan n’a pas hésité en effet à mentionner l’écriture chinoise dans ses Séminaires, depuis 1956 tels «Les Psychoses », ensuite « L’identification », « Un discours qui ne serait pas du semblant », jusqu’à 1972, avec « …Ou pire ».
Lacan allait même jusqu’à déclarer ceci : « Je me suis aperçu d’une chose, c’est peut-être que je ne suis lacanien que parce que j’ai fait du chinois autrefois »…
De plus, une énonciation telle « L’écriture poétique chinoise. C’est paru au Seuil et j’aimerais bien que vous en preniez de la graine, que vous en preniez de la graine, si vous êtes psychanalystes » (dans « L’insu que sait de l’une bévue s’aile à mourre » du 19/04/1977) n’offre plus d’équivocité à qui l’entend.
Outre l’importance de cet enjeu théorique de la psychanalyse, M.Guibal «(s)’aligne parfaitement sur la réflexion de François Julien, le célèbre sinologue : la connaissance de l’histoire et de la pensée chinoises peut nous aider, en retour, à interroger les fondements de la morale européenne. » et pense par conséquent que « la rencontre à laquelle (il est) convié doit s’inscrire dans une démarche d’interaction ». […]
Il « refuse d’être le bras armé de la civilisation psychanalytique en terre asiatique, (il) ne souhaite pas les convertir. Au contraire, (il) estime avoir beaucoup à apprendre de la Chine ».
Il reconnaît par ailleurs qu’ « à bien des égards, la réintroduction de la psychanalyse dans ce pays est une affaire de géopolitique. De nos jours, on constate une extrême absence du monde francophone, alors que le modèle psychanalytique américain est prédominant. Les membres de l’International Psychoanalytical Association quadrillent le champ universitaire. Elle agit comme une véritable puissance financière et idéologique. » (in Psychanalyse et Géopolitique – Entretien avec Michel Guibal…op.cit. p.490)
Enfin, tout en récusant l’idée d’un inconscient chinois spécifique, M.Guibal dit : « Mais, si je considère que la résistance à l’inconscient est universelle, elle peut adopter des formes culturelles différentes (françaises, américaines et bien d’autres encore). En Chine, la famille et la piété filiale peuvent constituer un obstacle puissant : l’autorité doit être respectée et aimée, qu’il s’agisse du père, du frère aîné, de l’empereur ou du Parti. » (ibid. p.491)

'Autrelieu"


25ème anniversaire de l’ASBL l’Autre « lieu » -Recherche-Action sur la Psychiatrie et les alternatives (RAPA)
Introduction au Colloque du vendredi 10 novembre 2006à la Maison des Associations Internationales40 rue Washington 1050 Ixelles
Vous pouvez consulter le programme complet de la journée : en cliquant ici.

La psychiatrie, faite, dit-on, pour « donner des soins aux malades mentaux » produit un nombre incroyable d’insatisfaits, de mécontents, de révoltés. En 1975, s’était créé à Bruxelles, le Réseau International Alternative à la Psychiatrie qui rassemblait des individus ou des groupes tentant de rompre avec l’organisation bureaucratique et centralisée de la médecine mentale.
Il souhaitait offrir un lieu d’échanges pour aider à confronter, approfondir et appliquer quelques choix simples : suppression de toutes les formes d’enfermement psychiatrique, refus du monopole des professionnels sur les problèmes de santé mentale, critique du secteur (en Belgique, les Centres de santé mentale) comme relève technocratique de l’asile, ainsi que des nouvelles techniques psychiatriques ou psychanalytiques qui servent de couverture à cet expansionnisme, soutien aux luttes menées par des groupes sociaux ou politiques ou à la population des quartiers pour prendre en main leurs propres affaires et éviter la psychiatrisation de la vie tout entière, de l’enfance à la vieillesse, des marginaux de toute nature aux dissidents de toute espèce.
Depuis, le néo-libéralisme et la biopolitique ont creusé leur sillon. Couplée à la Nébuleuse santé mentale, la psychiatrie se territorialise, se socialise, se médicalise. Ce faisant, véhiculant pour des publics parfois très différents, le même modèle épistémologique et culturel médico-psychologique, la psychiatrie et (le secteur de) la santé mentale deviennent, sur fond de précarisation économique et sociale, politique et psychique, un vecteur fondamental de la diffusion de la culture du danger et de la médicalisation des difficultés de vie. Loin de s'épuiser, leur fonction de contrôle et de normalisation se généralise, elles deviennent un pouvoir diffus, capillaire, quotidien de prévention des risques pathologiques de la société.
Dans la mesure où le néolibéralisme se caractérise peut-être par la volonté de se débarrasser définitivement de tous les résidus de l’Etat-Providence (assistance, réhabilitation, intégration etc.) qui "contaminaient" le libéralisme première manière, la psychiatrie exerce, à l’insu de son plein gré, un mandat disciplinaire, de sécurité et d’exclusion eu égard à tout ce qui fait tache à la surface sociale.
Qu'il s'agisse de justice et/ou de psychiatrie, tolérance zéro, c’est-à-dire, renforcement des mesures spéciales de « protection » de la personne malade mental, ou de défense sociale et, comme commencé dans certains pays, mise sur pied de recherches épidémiologiques pour le dépistage précoce (entretiens diagnostiques structurés avec l’aide des parents et des enseignants, analyses d’ADN) des risques psychopathologiques et des troubles psychiques dès l’école maternelle : sous couvert de promotion de la santé et de sûreté sociale, du principe de précaution et de présomption de dangerosité de la personne malade mental, tous les écarts sociaux doivent simplement disparaître le plus vite possible.
On ne peut se demander ce qu'est la maladie mentale sans se demander aussi ce qu'est la psychiatrie. Et la critique de la psychiatrie ne jaillit pas dans l'isolement d'un laboratoire ou d'un sujet, elle est toujours inscrite dans un contexte historique déterminé. Aujourd'hui, la question qu'il faut poser et à laquelle il faut essayer de répondre est la suivante : qu'est-ce que la psychiatrie à l'époque de la mondialisation, du néolibéralisme et de la biopolitique?
Pour débattre, l’Autre « lieu » a invité Mario Colucci, psychiatre au département de santé mentale de Trieste et Pierangelo Di Vittorio, philosophe et enseignant à l’Université de Bari, auteurs de Franco Basaglia. Portrait d’un psychiatre intempestif (Erès, juin 2005) ainsi que Patrick Coupechoux, journaliste, collaborateur au Monde diplomatique, auteur d’Un monde de fous. Comment notre société maltraite ses malades mentaux (Seuil, février 2006).
L’Autre « lieu » - Recherche-Action sur la Psychiatrie et les Alternatives (RAPA)
L’Autre « lieu » est né en 1981 dans la foulée du bouillon de culture antipsychiatrique des années 70. Au départ, ce Service d’Education permanente souhaitait sensibiliser la population, les professionnels du secteur et le tissu associatif sur le mauvais remède que pouvait parfois constituer, pour des personnes en souffrance, la médicalisation des problèmes de vie et un séjour en psychiatrie. Et sur la capacité d’hospitalité et de soutien que pouvait développer la population. Après de nombreuses animations et débats avec elle, un réseau de lieux d’accueil, de lieux de vie, destiné à éviter ou écourter des hospitalisations psychiatriques, fut mis sur pied. En cas de besoin, les personnes pouvaient avoir recours aux ressources de santé mentale en ambulatoire.
Pour les personnes plus lourdement perturbées psychiquement, que l’hôpital fait sortir après la seule prise en charge de la phase aiguë, les conditions de leur accueil dans la cité et notamment de leur habitat, n’a pas été posée par les pouvoirs publics. Cette carence est à l’origine de la souffrance des familles ou d’amis qui les hébergent, mais aussi de leur forte représentation dans les prisons et parmi les sans-abri, ainsi que du désarroi des bailleurs et des travailleurs sociaux confrontés sans soutien adapté, à une population qu’ils ne sont pas préparés à accueillir.
Entre des allers-retours (parfois utiles et à dédramatiser) à l’hôpital et l’assignation à résidence « thérapeutique », une qualité de vie élargie dans la communauté, pour ces personnes, devrait être rencontrée. Elle ne peut exister que si l’ensemble de la population des quartiers voit sa qualité de vie améliorée et la justice sociale mieux « balancée ».
C’est pourquoi l’Autre « lieu » invite à réfléchir à une psychiatrie démocratique, davantage responsable, dont les savoirs et les institutions appartiendront à tous (habitants, employeurs, syndicats, enseignants, associations, autorités publiques) dans l’acceptation politique (non exclusion) du conflit quotidien que pose la personne troublée psychiquement à la Cité.
L'Autre "lieu" développe et soutient des initiatives (accueils, écoute-entraide, groupes d’entraide, maisons communautaires, réseaux d’échange de savoirs, créations culturelles, animations pédagogiques, défense des droits du patient) qui parent à la stigmatisation des personnes perturbées psychiquement, à la médicalisation et psychiatrisation de leurs difficultés de vie ou à leur abandon.
L’Autre « lieu » vise aussi à ce que ces personnes puissent, autant que possible, résister collectivement à l’atomisation de masse et prendre une place de citoyen critique dans la Cité.
La créativité culturelle et sociale, des recherches-actions, des campagnes d’information ainsi que des journées de réflexion participent de ce processus qui se veut aussi sensibiliser un large public, les professionnels et les décideurs.
L’Autre « lieu » défend aussi les « droits du patient » en psychiatrie et en ambulatoire, paient avant tout personne qui doit être reconnu, par une psychiatrie du lien social dans les interactions quotidiennes qui trament son existence : comment construire, concrètement, des lieux qui évitent la stigmatisation, qui permettent l'insertion et l'action collective ? Comment construire des lieux qui soient des lieux de parole et de vie quotidienne, et non des lieux d'individualisation et de victimisation ? Comment reconnaître le sujet, non pas seulement dans ses droits, mais aussi dans les interactions quotidiennes qui trament son existence ? Comment s’accommoder de formes d'attachement et de dépendance réflexivement assumées qui constituent, finalement, l'horizon de notre liberté ? Comment participer à la fondation d’un monde habitable, d’un monde qui dure, d’un monde commun, aux images et objets soustraits au cycle de la production et de la consommation ? (Jean de Munck).
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