mardi, février 27, 2007

critique littéraire

Toute oeuvre détient des clefs secrètes en filigrane. L'analyse peut en révéler, par exemple, que: Dans un récit rétrospectif, ce peut être le rappel d'un événement essentiel, la confession est scandée par une référence permanente à un drame vécu;
Dans un monologue intérieur ce peut être une formule incantatoire qui revient comme un refrain (H. Boll, Portrait de groupe avec dame: "Je ne suis pas un monstre");Dans un journal intime ce peut être le rappel d'un secret enfoui ou un retour obsessionnel aux épisodes d'une aventure qui conditionnera, déterminera l'avenir;par ailleurs, ce peut être une simple phrase qui résume à elle seule la personnalité profonde d'un personnage ou d'une scène paysagiste; un thème lumineux et bien sûr à l'image du monde "proustien" le rappel d'une sensation et d'une mélodie: la madeleine et la petite symphonie de Vinteuil. On peut également discerner une structure romanesque qui telle une matrice construira l'oeuvre. Les "Nouveaux Romanciers" y excellent: Robbe-Grillet dépassera le cadre romanesque pur pour tendre vers la construction cinématographique; C. Simon utilisera la mise en abîme à l'égal de Vermeer dans "Le portrait des Arnold Fini"; Butor inscrira la réalité mythologique dans son chef-d'oeuvre "La modification." D'autres seront de véritables structuralistes de l'écrit, une harmonie fondée sur de savants calculs mathématiques forge des travaux plus techniques que romanesques. Joyce calquera les 17 chapitres d'"Ulysse" sur les fondations homériques: les trois premiers chapitres sur la Télémachie, les treize suivants l'Odyssée proprement dite, et le dernier: le retour. Simenon choisira une technique de construction que l'on peut résumer par - crise -passe - drame - dénouement - qu'il commente comme "une discipline de travail, une affaire de volonté." Enfin, Pierre Assouline, dans sa biographie de Georges Simenon écrit:
"A force de vouloir vivre la vie des autres, cette attitude lui (Simenon) est devenue une seconde nature."
Graham Greene, dans son roman "Le troisième homme" écrit:
"Tout à coup, dans l'étrange cellule de notre esprit où naissent de telles images, sans préparation, sans raison, Martins vit se dessiner au milieu d'un endroit désert, un corps étendu à terre, entouré d'un groupe d'oiseaux. Peut-être était-ce une scène non encore écrite d'un de ses propres romans qui s'ébauchait aux frontières de son subconscient."
Signalons que Martins est lui-même écrivain, qu'il est donc une projection de Greene à l'intérieur de son roman. Celui-ci ne raconte en fait qu'une seule histoire, celle d'un homme qui, à la suite d'événements exceptionnels, comprend que sa vie est torve. Il se remet en question en donnant libre cours à ses pulsions, ses instincts les plus profondément enfouis, se libérant d'un complexe de culpabilité qui le mine. Relançant l'énigme romanesque, il part à la reconquête de son statut, de son honneur, de l'image noble, se défaisant donc de celle du petit écrivaillon de western pour celle du justicier, lui permettant ainsi d'atteindre la sérénité.
Enfin, remarquons également que Simenon et Greene sont des auteurs qui se dédoublent; Martin-Greene, Maigret-Simenon sont des couples où les auteurs s'identifient à leurs héros, focalisant ainsi quelque chose de caché, de secret, inscrit en eux à la courbure de l'inconscient.
Si nos deux écrivains peuvent mettre en scène un héros, avec un langage propre; cette mise en scène, souvent dramatique, les pousse dans une quête à travers laquelle leur "père spirituel" se reconnaît comme s'il la faisait vivre par procuration. Peut-être parce que dans leur vie quotidienne, ils n'ont pas eu l'occasion de se prouver aux yeux de leurs proches, peut-être parce qu'ils ont également compris que des milliers de lecteurs étaient dans le même cas, peut-être parce que leur intention les dépasse, ils reconstruisent dans un univers fictif, un symbole qui permettra au lecteur comme à l'auteur, de quitter leur enveloppe de tous les jours pour revêtir les habits du héros.
La force d'un héros, en transparence avec une exploration intérieure de l'homme qui repousse toujours plus loin ses limites, est qu'il ne se résignera pas à rester neutre, quelles que soient les difficultés. Il doit dépasser des frontières, risquant son avenir, son destin plutôt qu'étouffer ses pulsions; il rompt alors les amarres et s'engouffre dans un univers dont il ignore les limites, pour tendre à l'archétype d'un homme en mutation qui, dans la douleur, se libère d'une condition souvent morne et abrutissante.

voici pour clôturer une énigme :tel James Joyce au bord de la Liffey est à la quête de nouvelles épiphanies. Et bien que sa poésie soit un art assez profond pour tout englober, il lui manque une dimension: le mystère, l'énigme, que seul un grand Autre peut révéler.



cordialement
frans tassigny

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Tassigny Frans
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