jeudi, février 01, 2007

Le "Séminaire" de Lacan au tribunal

ette salle est un peu sous-dimensionnée eu égard à l'importance des enjeux !", ironisait Christian Charrière-Bournazel, le 26 janvier, au seuil de la troisième chambre du tribunal de grande instance de Paris. L'avocat s'adressait ainsi à son client, Jacques-Alain Miller, gendre et exécuteur testamentaire de Jacques Lacan, qui se trouvait assigné par l'Association des amis de Jacques Lacan, dirigée par Charles Melman, pour "abus dans le non-usage du droit de divulgation" des séminaires du célèbre psychanalyste disparu en 1981.


De fait, la salle était pleine à craquer, et le rapport de forces déséquilibré : tandis que M. Miller, chef de file de l'Ecole de la cause freudienne, était entouré de nombreux partisans, M. Melman, absent de l'audience, était représenté par une poignée de fidèles. Lesquels s'en remettaient au verbe de leur défenseur, Bernard Edelman. Sans "contester la qualité" du travail de M. Miller, à qui Lacan avait confié la retranscription de ses séminaires, l'avocat a dénoncé les "atermoiements" de l'exécuteur testamentaire : "De 1981 à 2006, M. Miller a fait paraître sept volumes. Soit en moyenne un tous les 3,5 ans. A ce rythme, quand l'ensemble des séminaires sera publié, M. Miller aura 102 ans !", a cru pouvoir affirmer Me Edelman, soulignant le "profond optimisme de M. Miller".

A la présidente du tribunal, qui lui demandait de s'en tenir au "terrain juridique" sans verser dans l'"attaque personnelle", l'avocat a proposé deux "solutions" censées permettre la divulgation des séminaires de Lacan "dans des délais raisonnables" : d'une part, la publication des retranscriptions élaborées par l'Association des amis de Jacques Lacan, et qui ne bénéficient pour le moment que d'une diffusion interne. D'autre part, la constitution d'un "comité éditorial", sur le modèle de ceux qui ont été mis sur pied pour les oeuvres de Roland Barthes ou de Michel Foucault. "Mettons-nous à la place de Lacan ! Il veut être lu !", s'est exclamé l'avocat.

"C'est tristounet", a juste lâché Jacques-Alain Miller en direction de ses camarades, alors que son avocat s'apprêtait à riposter. Fustigeant "un procès d'imposture", intenté par "des disciples sans droit ni titres autres que leur déception de ne pas être aimés", Me Charrière-Bournazel a dénié toute recevabilité à la démarche de son adverse partie : "Il ne suffit pas de se baptiser l'ami de quelqu'un pour l'être", a-t-il lancé à l'attention de l'Association des amis de Jacques Lacan et de son dirigeant, Charles Melman, qui fut par ailleurs l'analyste de Jacques-Alain Miller.

Et l'avocat d'évoquer les souhaits exprimés par Lacan de son vivant : "Il s'est opposé à la diffusion brute d'une oeuvre qui demande une transmutation de l'oral à l'écrit", et il a confié cette tâche à Jacques-Alain Miller, "celui qui est seul investi de la confiance !", a rappelé l'avocat, exhortant la présidente du tribunal à se montrer "ferme sur les principes". Jugement le 30 mars.

Jean Birnbaum

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