mercredi, août 15, 2007

le cimetière des fous


Lucien Bonnafé n’a pas seulement été l’un des psychiatres fondateurs de la politique du secteur en France. Il a été aussi un poète, un surréaliste, un militant. Dans ce film produit par les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Ceméa), on trouve avec bonheur des documents sonores, comme la lecture de cet extraordinaire poème de Paul Eluard, Le Cimetière des fous, écrit pendant l’Occupation dans l’asile de Saint-Alban, des textes de Bonnafé sur la psychiatrie, la politique, le surréalisme, la poésie, des portraits de ceux qu’il a côtoyés, en particulier Franco Basaglia, le visionnaire de la psychiatrie italienne, Louis Althusser ou François Tosquelles, républicain espagnol, figure légendaire du désaliénisme et de la psychothérapie institutionnelle en France...

La plupart des établissements psychiatriques, et notamment les hôpitaux urbains, avait recours aux cimetières municipaux pour inhumer ceux des nombreux malades qui y terminaient leurs jours.

Mais quelques-uns disposaient d'un enclos particulier. Ainsi, Cadillac en Gironde, Saint-Alban en Lozère, Leyme, dans le Lot, Perray-Vaucluse autrefois connu sous le nom d'Asile de Vaucluse


Le Cimetière des fous de Cadillac

L'hôpital de Cadillac en Gironde disposait autrefois d'un cimetière d'un millier de places, disposées autour d'un carré d'une centaine d'Anciens Combattants. Ce cimetière a été installé sur une parcelle attenante au cimetière du village, acquise semble-t-il en 1931. l'Unité pour Malades Difficiles dite Boissonnet a été édifiée sur cette même parcelle dans les années 1960.
Le cimetière a été cédé à la commune -pour un franc symbolique- en 1994. Des inhumations de patients ont cependant continué à s'y dérouler jusqu'en 2002.
Les services techniques de l'hôpital en ont assuré l'entretien jusqu'à la cession à la commune. Il semble être aujourd'hui à l'abandon et offre un spectacle désolant et désolé...
En outre, un projet de "restructuration" de ce cimetière suscite une légitime inquiétude.

Sous le titre Le cimetière des fous, Cadillac, France, 2003/05, Loïc Le Loët en propose de superbes photographies.
Voir aussi l'article de Grégory Lassus-Debat paru dans le Journal l'Humanité (7 septembre 2005), et le très beau texte Les croix en fer, d'Erwan Tanguy.
Sur le même thème, il faut aussi écouter Soixante-quatre, la Chanson à la mémoire des mutilés du cerveau de Cadillac... de Bleu Origine.

Ce samedi 16 juin 2007 a eu lieu lors d'une séance de la Société Française d'Histoire de la Médecine une communication passionnante de Michel Bénézech, intitulée «Heur et malheur du cimetière des aliénés de Cadillac-s/Garonne». Le texte en sera publié prochaînement dans la revue de la Société (Histoire des Sciences médicales).


Saint-Alban

Le cimetière des fous

Ce cimetière enfanté par la lune
Entre deux vagues de ciel noir
Ce cimetière archipel de mémoire
Vit de vents fous et d'esprits en ruine

Trois cents tombeaux réglés de terre nue
Pour trois cents morts masqués de terre
Des croix sans nom corps du mystère
La terre éteinte et l'homme disparu

Les inconnus sont sortis de prison
Coiffés d'absence et déchaussés
N'ayant plus rien à espérer
Les inconnus sont morts dans la prison

Leur cimetière est un lieu sans raison


Paul Eluard, Asile de Saint-Alban, 1943

6 commentaires:

Michel Caire a dit…

que l'on apprécie une page web au point de la copier-coller honore l'auteur du site, mais rien n'interdit en revanche de citer sa source : http://psychiatrie.histoire.free.fr/vieasil/cim.htm
Ceci en dépit des règles de bienséance et de respect du copyright...
On remarquera que la page d'origine, depuis ce copiage, s'est enrichie...

Carla Bruni a dit…

Eh oui, on a beau se dire psychanalyste, on n'en est pas nécessairement honnête pour autant

+++ a dit…

Ceci laisse rêveur...!

Anonyme a dit…

certains psychanalystes sont, sinon de francs escrocs, du moins des plagiaires sans vergogne. Voyez l'auteur de ce blog...

Michel Caire a dit…

Le délai de décence est passé. En tant qu'auteur copié sans autorisation, je vous prie de supprimer cette page

Anonyme a dit…

A propos de cette histoire, le maire disait ceci:
" On a d'autres chats à fouetter et d'autres choses plus intéressantes à montrer. Moins on en parle, mieux je me porte car entre l'ancien asile d'aliénés, les filles perdues du château, les prisonnières et maintenant le cimetière, cette délectation pour le morbide et l'enfermement exaspère les habitants ".

C'est quand même incroyable... Faire disparaître ce cimetière aurait été la pire des choses. C'est un lieu bien particulier puisqu'il y abrite des " fous " des gens qui ont perdu la raison en chemin. Peut-être pourrions-nous la perdre nous aussi un jour. Est-ce que nous aimerions être enterré comme des chiens? Je ne le crois pas un instant. Je suis très touchée que des gens se soient battus pour cette noble cause. N'oublions pas que pendant l'occupation allemande des gens ont été abandonnés, sans manger, au froid et en étant malade. Une honte!
Ce sont des êtres humains, pas des bêtes qui reposent là.

Il y a aussi ceux qui choisissent délibérément des tombes pour leur basse besogne. C'est inacceptable. Il n'y a pas assez de mots pour qualifier ce geste imbécile et ignoble. Ceux qui font ça devraient avoir honte. De tout temps, il y a eu des tordus pour se venger sur des tombes.
Commettre des dégradations et souillures qui ne réveleraient rien d'autre que la bêtise ou la provocation. Pour moi, ce sont des ' petits cons " désoeuvrés qui profanent. C'est triste et déplorable. Cela témoigne d'un profond manque de respect envers les êtres endeuillés. Les auteurs de ces gestes en veulent moins aux morts qu'aux vivants. Je suis écoeurée de temps de bassesse.
Il existe encore des gens pour porter de l'intérêt à des lieux délaissés. Je suis particulièrement très attachée à la mort.

Soeur d'une schizophrène.