mercredi, septembre 12, 2007

psychanalyse de l'économie libérale


Dans le film de Nicolas Klotz, "La Question humaine", Mathieu Amalric interprète le rôle de Simon, un psychologue chargé d'une étrange mission au sein d'une entreprise.


Troisième volet de la trilogie de Nicolas Klotz sur le monde actuel, La Question humaine contraste fortement avec les deux précédents. Alors que Paria se passait dans le monde des SDF, que La Blessure donnait la parole aux sans-papiers tout juste arrivés en France, La Question humaine prend place chez les riches, dans les arcanes d'une multinationale pétrochimique. Ambitieuse tant sur le plan esthétique qu'intellectuel, cette adaptation du roman du même nom de François Emmanuel propose une réflexion sur la nature du capitalisme contemporain ; et tient ses promesses, de bout en bout.



En premier lieu, parce que personne jusqu'à présent n'a restitué avec tant de justesse, de puissance et de talent l'essence paradoxale, séduisante et terriblement angoissante du milieu des golden boys. Tout tiendrait presque dans ce magnifique plan du début, qui montre une poignée de jeunes hommes, tous vêtus de noir, de dos, en train de plaisanter face à leurs pissotières respectives : élégance, jeunesse, uniformité absolue.

Une fois soulagés, ils montent dans un ascenseur, y retrouvent une de leurs collègues. Les vannes fusent, la fille n'est pas en reste. Ils sont beaux, branchés, débordants d'énergie, fous d'eux-mêmes et de leur image. A l'occasion, ils couchent ensemble, éventuellement sur leur lieu de travail. La nuit, ils laissent exploser leur énergie en dansant dans des raves, se défoncent à l'alcool, ou à autre chose...

Nicolas Klotz esthétise ses plans à l'extrême, mais cela ne nuit en rien au regard, sans fard, qu'il porte sur ses sujets. Au contraire. La géométrie au cordeau et la lumière raffinée mettent d'autant mieux en valeur ce qu'ils donnent à voir d'eux-mêmes : une certaine idée de la perfection.

Au-delà de la fascination exercée par ces corps, ce qui intéresse les auteurs (Nicolas Klotz et sa compagne et scénariste Elisabeth Perceval) a lieu en dessous. Le film suit le cheminement de Simon (Mathieu Amalric), psychologue d'entreprise, dont les certitudes vont sérieusement s'effriter lorsqu'une étrange mission le confronte à l'histoire de la Shoah.


PHRASÉOLOGIE DÉSHUMANISANTE

A la demande de l'un des directeurs de l'entreprise, Karl Rove (Jean-Pierre Kalfon, très inquiétant), Simon se lance secrètement dans une enquête sur l'état de santé mentale d'un autre dirigeant, Mathias Jüst (Michael Lonsdale), soupçonné d'avoir sombré dans une dépression. Décidé à ne pas se mouiller dans cette affaire qu'il ne juge guère reluisante, le jeune cadre se retrouve malgré lui happé dans des sables mouvants. Témoin de révélations troublantes sur le passé de Karl Rove, né dans un Lebensborn (ces centres où devaient procréer, sous le IIIe Reich, des sujets de pure race aryenne pour constituer l'élite du futur), destinataire de lettres anonymes enfermant des notes techniques sur le processus de gazage des juifs dans les camions des Einsatzgruppen (escadrons SS qui suivaient l'armée allemande pour mettre en oeuvre la "solution finale" hors des camps), Simon est pris de vertige.

A mesure qu'il perce à jour la nature perverse du pouvoir de son entreprise, une effarante proximité lui saute aux yeux, entre la langue administrative nazie et celle qu'il emploie dans son travail. "Sélection", "unités", "rendement"... Pour gazer des juifs, ou virer un alcoolique, la même phraséologie déshumanisante permet de traiter l'humain comme une simple unité de production, valide ou non.


BANDE-SON RADICALE-CHIC


L'enquête n'apporte pas de réponse, ne désigne pas de coupable ni de rapport de cause à effet. Elle ouvre plutôt un gouffre. A mesure qu'elle progresse et que Simon se dérègle mentalement (violence, folie passagère...), la couleur dominante du film tend de plus en plus vers le noir, la narration éclate de toutes parts.

Il y a l'éclatement de la vie de Simon, entre trois femmes, son travail officiel, son enquête officieuse et ses nuits électriques. Il y a aussi celui de Mathieu Amalric, à la fois acteur intégré à une fiction, acteur théâtral qui s'adresse directement à un spectateur imaginaire, et voix off. Et encore la déstructuration des plages sonores : alors que les acteurs parlent parfois sans qu'on entende leur voix, un magnifique et interminable chant de flamenco est filmé en temps réel.

Mise en scène complexe, bande-son radicale-chic (Schubert, New Order, Syd Matters...), casting élégantissime, La Question humaine est un film sophistiqué. C'est aussi un beau film, un film aimable, parce que son auteur aime ses personnages, qu'il les regarde pour ce qu'ils sont et pour ce qu'ils promettent. Tendu par une foi dans l'art et dans l'homme, comme forces de résistance à la machine, c'est un grand film politique.



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Film français de Nicolas Klotz avec Mathieu Amalric, Michael Lonsdale, Jean-Pierre Kalfon. (2 h 24.)

Isabelle Regnier
Article paru dans l'édition du 12.09.07.

jeudi, septembre 06, 2007

article cause freudienne - n°66 "citoyen-symptôme

Kleenex so câlin-




S’agissant de la dernière campagne, il semble que l’effet de genre n’ait pas exactement fonctionné comme d’aucun s’y attendait- Les femmes n’ont pas voté forcément pour des candidates et même si l’Assemblée n’est pas qu’une grosse tâche bleue, il n’empêche que des deux cotés de l’hémicycle miroir, nul ne peut ignorer (sans statistique ni sondage) l’exact même nombre de faux plis, textures approximatives et mascarades-

Cependant, je suis esbaudi qu’une revue de bonne tenue telle que la « Cause Freudienne » se soit laissée happer par cette mère version consistant à laisser énoncer qu’il faille un kleenex à chaque expression de femme, par le biais d’un automatisme déconcertant- En effet, dans le cadre d’un article tout à fait surréaliste, l’auteur ( M.Blanco) fait part à un é-lectorat averti que la variable genre est discriminante vis à vis de l’expérimentation victimaire- Les exemples sont tout sauf anodins :

Femmes assassinées

Femmes maltraitées

Avortements

Bullying

Dans l’ordre- N’en jetez plus, la corne d’abondance des jouissantes martyres est pleine ! Les bras tombent, les mots sont muets- Tout savoir devient inopérant- Quelle aberration !

D’après l ‘auteur, il suffirait d’être une femme pour subir ipso-facto la douleur, le viol, le totalitarisme, que sais-je encore ? Il suffirait d’être homme pour tromper, siffler les filles dans la rue et sodomiser vertement les prostituées brésiliennes tous les soirs, au coin du feu ; comme s’il s’agissait d’un atavisme génétiquement non modifiable, d’une prescription d’office ou d’un volontariat obligatoire.

Résumons l’écrit : une femme est gentille, blanche et douce ( prenons Eva Braun comme exemple).

Un homme est méchant, sale et cupide ( c’est Empédocle qui me vient en tête).

Il s’agit là de l’envers d’une pratique ségrégative, et non pas de sa dénonciation !

Mais, Monsieur Blanco, à qui vous adressez-vous lorsque vous énoncez que, du fait de sa feminité, Michèle Alliot-Marie ne serait pas d’une consternante stupidité, qu’elle ne soit dépourvue de quelque autonomie de pensée et que son conformisme est particulièrement affligeant? Que Marine Le Pen, qui l’a observé d’elle-même, est femme mais pourtant relève d’un machisme démesuré, d’un racisme hors-paire et d’une main-mise tyrannique sur un parti? Même Judith Butler, à qui le féminisme (pseudo post-moderne) doit tant, ne dit plus du tout ce que vous écrivez pour une époque digne des suffragettes ! Avez-vous aperçu les images d’Abou Ghraïb où une soldate ne prend point de gants pour mettre en laisse un simple prisonnier? Certaine littérature non œcuménique insinue même que le cumul Bourreau/femme n’est pas antagonique.

Je suis marri de lire cette prose partiale, inter-subjective & inter-passive dans ce que je crains d’intituler La fraude causienne car Si le genre est la cause, quel est l’effet induit? La transcendance paradoxale ( de parallax dirait Zizek) de cet article est une conclusion à double attribution :

Au masculin, le discours préétabli et totalisateur-

Au féminin, la logique discursive et sociale-

Une candidate de Paris commençait une interview par : « vous comprenez, parce que je suis une femme, … »- Mais à quelle perspicacité fait-elle donc appel ? Une sagacité de la part de la ou du journaliste : Ah! Ben on avait remarqué, merci !

Mais que faut-il comprendre ? Qu’elle comprend mieux les femmes ? Qu’elle est l’inverse du signifiant ? Que celui qui ne l’est pas ( femme) la hait? Cette identification tout à fait dérisoire laisse augurer de ce qui est implicite : un masculin de l’intérieur à émasculer, peut-être ?

Ne reste qu’à sortir les sopalins au moment où toute femme énonce : les pleurs viennent d’office puisque son fatum est le martyr, d’après Monsieur Blanco qui évoque même un pousse-à-jouir restreint. Quid des transsexuels hyènes & mérous?

Une lecture récente de Mikkel Borch-Jacobsen (un humain, crois-je) dépollue légèrement la non-alètosphère : si l’ellipse de l’analyse se conçoit sous la forme d’un mouvement incessant entre spéculaire de l’image et notion inconsciente du moi, A qui ferez-vous croire que vous ne mentez pas en articulant cette vérité là : vous jouez l’empathique, voire le compassionnel en faveur d’un genre. Tacitement, vous prenez la défense, comme un chargé de mission, de ce qui se définissait autrefois comme le faible sexe- Qui croira que la seule citoyenne ne puisse être symptôme?

Je conseille l’humble sollicitude envers des êtres pour la prochaine onction, le cas échéant.

mercredi, septembre 05, 2007

psychanalyse et Shoah

Édition – Diffusion

5-7, rue de l’École Polytechnique 75005 Paris

Tél : 01 40 46 79 20 / Fax : 01 43 25 82 03 59, rue Saint-André des Arts Paris75006


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Tél/Fax : 01 43 25 77 61


D’où viennent les parents ?





Psychanalyse depuis la Shoah


Jean-Jacques Moscovitz

ISBN : 978-2-296-03909-4; Prix 23€ ; 272 pages


Quelle psychanalyse depuis la Shoah, après la brisure de l'Histoire et de la Civilisation ? Qu'est-il arrivé à la vie, à l'amour, aux désirs, à la mort, à la jouissance, à la filiation, au lien entre les hommes, quels que soient nos liens à l'originaire, à l'identitaire ?

Il s'agit dans ce livre d'inscrire la rupture de notre civilisation dans le discours psychanalytique par la mise en perspective de l'ouvrage de Freud L’homme Moise et la religion monothéiste, le film Shoah de Claude Lanzmann, l'enseignement de Lacan et l'apport d'un clinicien ayant une pratique de la psychanalyse. D'où viennent les parents ? nous rend témoins de thèmes que Jean-Jacques Moscovitz approche avec l'aisance tragique du praticien de l'inconscient, et la rigueur intellectuelle de celui qui tient, qui nous tient, passionnément à ses repères. Ceux-là mêmes qui fondent, parmi d'autres, la psychanalyse dans l'actuel : le féminin, le Père, la pulsion de mort, le fantasme/fiction, le dire/écrit... Thèmes qui nous font mieux aborder les violences d'aujourd'hui afin de les apaiser... quelque peu.

L’auteur


Jean-Jacques Moscovitz est praticien de la psychanalyse, _formé ü l'Institut de Psychanalyse de Paris, puis à l'Ecole Freudienne. Il est co-fondateur de Psychanalyse Actuelle en 1986, et membre d'Espace Analytique. Il anime un séminaire de formation clinique et de recherche depuis de nombreuses années sur les thèmes de la liaison/déliaison entre l'intime et le politique, le désir du psychanalyste et la transmission. 1l anime dans le cadre du Regard qui bat…des projections de films proches de ces questions avec débats entre cinéastes, philosophes, historiens, psychanalystes…

Illustration de couverture : Bracha L-Ettinger. 1990. Série « Matrix-Rorderline - Conditions And Pathological Narcissim ».

TABLE DES MATIERES


Avant-propos Le saut à l’écrit


Introduction Psychanalyse depuis la Shoah ou désirer malgré tout


Chapitre I L’homme Moïse ou la question du père en psychanalyse



Chapitre II Qui tue qui ?


Chapitre III Le sceau du secret ou la « silenciation »


Chapitre IV L’origine symbolique


Chapitre V Le savoir du psychanalyste


Chapitre VI Acte, actuel, factuel


Chapitre VII L’éthique et l’écriture psychanalitiques


Chapitre VIII L’angoisse ou la recherche du signe sous le signifiant


Chapitre IX L’Œdipe brisé


Chapitre X L’irreprésentable et son inscription :

Le film Shoah de Claude Lanzmann


Eléments bibliographiques

Index






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