dimanche, février 25, 2007

psychanalyse & poésie

On appelle critique psychanalytique une recherche qui détient un savoir qui dévoile et articule le langage caché de l'inconscient et reconstruit l'oeuvre pour tendre vers une philosophie vécue et pratiquée qui n'est autre que la vie elle-même .
Il faut absolument se diriger de l'auteur vers son oeuvre, à savoir: que c'est parce que tel créateur possède une telle personnalité qu'il produit telle oeuvre. Mais jamais à travers les caractéristiques, spécificités d'un texte d'en dessiner un profil psychologique de l'auteur et d'en tirer une série de conclusions en une dichotomie de prédicats divers. Il serait vain d'interpréter les vers de Paul Celan "le lait noir de l'aube se boit au crépuscule" comme la représentation macabre du camp d'Auschwitz, lieu de ses écrits; ainsi que de taxer Ezra Pound de fasciste suite à quelques interviews durant la guerre à Radio Rome où l'on a sciemment mélangé esthétique et politique( id pour une série de philosophes impliqués malgrés eux).
Si la poésie se veut le langage le plus haut chargé de sens, c'est parce qu'elle est le noeud, le foyer, le "vortex" de la logopoeïa (la pertinence du mot), de la phalopoeïa (l'originalité de l'image) et enfin de la mélopoeïa (l'assonance des sons). C'est cette dernière qualité qui est rarissime comme nous pouvons également l'imaginer chez l'analyste, à la différence que le poète perçoit le "chant du monde" et l'analyste la mécanique secrète de l'inconscient, voie intérieure de l'homme. Se rappeler un arbre, un oiseau. L'instant passe, l'hirondelle s'envole, disparaît. Oublieuse mémoire!
Rappelez-vous ces phrases du "Maudit":
"Je n'appelle pas au secours, je n'appelle plus au secours, il faudrait reprendre ma cervelle d'enfant et lui réapprendre l'alphabet, votre alphabet."
L'auteur se suicidera peu de temps après dans une misère noire!!! Le choc du monde réel s'inscrit dans un drame humain. Il avait gardé l'alphabet de l'arbre et de l'oiseau mais était inapte à résoudre ses problèmes existentiels.
K.Hamsun dans son fameux roman "la faim" en est également un exemple parfait.Un grans créateur comme Hamssun par liberté s'absente, l'amour, la poésie et le crime se signent quelquefois du même silence... Ses poèmes n'ont pas de costumes, s'ils sont lambeaux, haillons, il ne s'en inquiète point, il était mendiant d'autres soleils, de quêtes éperdues et de bohème.
Tels des sagas, ils errent dans le passé, sorte de purgatoire onirique. "Et la gloire s'en fut ailleurs",disait Henri Michaux, qu'ils y restent, hirsutes, dépenaillés, leurs guenilles ne s'irritent point de l'anonymat, ils sont présents ailleurs, colchiques ou orchidées, peu importe, ils hantent encore de vieux tiroirs, des photos jaunies. Ils sont dans l'herbier du Verbe: grenier à blé de l'Imaginaire.

Enfin, Pour certains l'écriture n'est plus une souffrance, elle agit comme une catharsis. Certes, l'auteur est délivré mais le seul terrain défendu est bien souvent celui de "soi-même". Alors, beaucoup trichent, feintent et la plume à la main sont distants, implacables, voire glacials; solution de facilité permettant de rester dans l'ombre, ils utilisent leur intelligence comme une armure, leur poésie est désincarnée. L'auteur n'y véhicule tout au plus qu'une image qu'il sait que l'on attend de lui. Il sait que le lecteur attend une composition psychologique savamment dosée de qualités négatives et d'une forme de charisme "pour que le public s'y cristallise". Ceux-là devraient méditer cette phrase de Robert Georgin(un biographe de Lacan):
"Entre l'auteur (le poète) et son lecteur s'établit une relation transférentielle analogue à celle qui se déclenche dans la cure analytique".