dimanche, avril 01, 2007

PSYCHANALYSE ET MUTILATIONS SEXUELLES INFANTILES

PSYCHANALYSE ET MUTILATIONS SEXUELLES INFANTILES

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De : newsigmund

A l'opposé, dans le complexe d'Oedipe normal, l'enfant prend conscience que ses envies sexuelles peuvent et doivent trouver leur exutoire autrement. Cette prise de conscience se fait dans la douceur et dans l'amour, devant le spectacle de l'union de ses parents. Dans cette atmosphère, il renonce facilement à la satisfaction de ses envies génitales pour sa mère (son père). Il reconnaît que sa mère (son père) dirige les siennes vers son père (sa mère). Il se contente des satisfactions prégénitales qu'elle (il) lui procure en abondance. Il n'a pas besoin d'aller jusqu'au bout des envies qui lui viennent, qui le conduiraient à souhaiter se débarrasser de leur parent du sexe opposé.
L'acceptation de l'interdit de l'inceste est à la base de l'acceptation de la loi morale : interdits du viol, du meurtre, etc. Elle est au fondement de la reconnaissance de la liberté de l'autre et donc de la démocratie. Cette reconnaissance permet à chacun de trouver sa place et ses limites en se situant par rapport aux autres (filiation, âge, sexe). La menace de mort qui pèse sur la fille comme sur le garçon doit rester une menace purement imaginaire, fantasmée par l'enfant, résultant de l'envie aussitôt refoulée de tuer le parent du même sexe. Il est extrêmement malsain que cette menace fantasmatique trouve un écho dans le comportement des adultes.
Le concept d'un complexe de castration initiant l'oedipe de la fille et mettant fin à celui du garçon est une survivance projective, paranoïaque, des répressives croyances judaïques. La loi ne doit pas être faite par le couteau du bourreau ou la peur du gendarme mais par la reconnaissance du bien-fondé de la prohibition de l'inceste. A l'inverse de certaines tendances rétrogrades, la psychanalyse, pour parvenir à l'universel, doit être débarrassée des croyances de l'ethnicité.
En corollaire, la théorie freudienne du mécanisme de la perversion est aussi biaisée. Le simple fait qu'à la suite de Freud, la plupart des psychanalystes, freudiens orthodoxes et lacaniens, emploient, pour désigner la perversion, le concept de déni de la castration (des femmes) est éloquent. Alors que les femmes, avec leur double sexe, semblent abondamment pourvues par rapport à l'homme, voilà qu'elles seraient privées de quelque chose ! ? Il est clair que les psychanalystes, sauf exception, cèdent au discours phallocratique courant qui refuse de reconnaître dans le clitoris un phallus à part entière, c'est à dire un organe érectile susceptible de procurer l'orgasme. Les psychanalystes parlent de "la castration de la femme" comme si elle était effective et, pour le pervers, de déni de la castration de la mère, alors que le déni du pervers (sans doute faut-il mettre à part le fétichiste) ne porte ni sur la mère ni sur le clitoris des femmes. Il porte sur l'existence du vagin, le second sexe de la femme. Freud a donc imaginé, pour expliquer la perversion, une croyance à la castration du premier sexe de la femme, alors qu'il s'agit de la non reconnaissance du second. Freud a été trop blessé par sa circoncision pour découvrir la véritable explication de la perversion. Il a projeté sur les femmes le déni de la perte qui lui a été infligée à lui de son prépuce, de son propre "second sexe". Les psychanalystes après Freud ont heureusement reconnu la fausseté de cette théorie mais ils ont continué à attribuer la perversion au déni de la castration de la mère plutôt qu'à celui de la perforation de la femme. Le mécanisme de la perversion consiste en un déni libidinal de l'existence du clitoris et du vagin. Il s'agit donc d'un déni des réalités du sexe féminin.
Conclusion

Les mutilations sexuelles infantiles sont le résultat de fantasmes névrotiques, sadiques et pédophobes de domination de l'enfant blessé et diminué dans son corps, voyant son indépendance sexuelle compromise, humilié dans sa dignité et outragé dans sa pudeur. Elles réalisent une appropriation abusive du corps de l'individu par la société. Cette appropriation est bien plus que symbolique. Douloureuse, laissant une trace irréversible, elle a pour conséquence psychologique profonde une culpabilité d'autant plus redoutable qu'elle est le plus souvent inconsciente. C'est un véritable esclavage social.
Les mutilations sexuelles sont donc beaucoup plus dangereuses et barbares psychiquement que physiquement. Nombre d'individus semblent parvenir à dominer ce handicap, mais que de dommages et d'inutiles souffrances, surtout pour les femmes. Les conséquences psychologiques et physiques des mutilations sexuelles infantiles sont catastrophiques. Leur conséquence sociale : la recrudescence de la violence, des guerres et du terrorisme, ne l'est pas moins. Les règles du développement psychologique sont des règles d'éthique personnelle et sociale élémentaire. Elles rejoignent celles de la médecine et du droit pour interdire toute atteinte à l'intégrité de la personne.
Nous devons un hommage particulier à la grande conscience du mouvement féministe qui, dans sa condamnation de ce crime contre l'humanité, amalgame toutes les mutilations sexuelles féminines, y compris l'alternative récemment proposée à l'excision, d'une piqûre du clitoris prétendue "symbolique et non invasive" mais non moins culpabilisante pour l'enfant. Cette culpabilité induite est la conséquence directe non seulement de la démission d'une certaine médecine devant sa responsabilité de dénonciation des crimes commis ou à commettre mais encore de sa collaboration active à cette criminalité, sous l'alibi lénifiant d'une atténuation de sa gravité.
Le mouvement féministe ne rougira pas d'étendre son amalgame de toutes les mutilations sexuelles féminines à la partie féminine du sexe masculin. Comme me l'écrivait Marilyn Milos : "Les cris des mâles et des femelles subissant le couteau ne sont pas distinguables."
La barbarie des excisions féminine et masculine infligées à la jeunesse est d'autant plus grave qu'elle est perpétrée avant l'âge de la parole. Elle émane d'un désordre moral contagieux qui pousse parfois les individus et même les peuples non circoncis vers l' "ordre moral". Elle doit être abolie dans les meilleurs délais.

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      • Comme une nostalgie de divan par Jean-Pierre Gattegno .
        Nous en profitons pour chaudement recommander le dernier livre de J-P Gattegno "Sur le divan (Ed Calmann-Levy)


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  • Varia - Actualités :
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