mardi, avril 10, 2007

pour info lire la réaction de M.Privat, votre avis svp, je vous rapelle avoir proposé cet article sur Lutécium.
cordial
ft


Avec Lucien Bonnafé
Lucien Bonnafé n'a pas seulement été l'un des psychiatres fondateurs de la politique du secteur en France. Il a été aussi un poète, un surréaliste, un militant. Dans ce film produit par les Centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active (Ceméa), on trouve avec bonheur des documents sonores, comme la lecture de cet extraordinaire poème de Paul Eluard, Le Cimetière des fous, écrit pendant l'Occupation dans l'asile de Saint-Alban, des textes de Bonnafé sur la psychiatrie, la politique, le surréalisme, la poésie, des portraits de ceux qu'il a côtoyés, en particulier Franco Basaglia, le visionnaire de la psychiatrie italienne, Louis Althusser ou François Tosquelles, républicain espagnol, figure légendaire du désaliénisme et de la psychothérapie institutionnelle en France...

Individu, individus...
L'article d'Evelyne Pieiller, « Les facettes de l'individu empêtré dans l'individualisme », paru dans Le Monde diplomatique de mars dernier, a suscité plusieurs commentaires. M. Jordi Grau estime :
On pourrait avoir l'impression, en lisant l'article, que l'individu moderne souffrirait d'un trop-plein d'autonomie personnelle, une fausse liberté qui le déstructurerait. Or les pesantes contraintes hiérarchiques et la soumission aveugle à l'autorité sont loin d'avoir disparu dans nos sociétés occidentales. Etant moi-même professeur de philosophie, je peux constater que les élèves sont encore très passifs face au savoir qu'on leur transmet. Ils recopient souvent sans réfléchir ce que leur dictent leurs maîtres, et rares sont ceux qui essaient d'avoir une pensée autonome. C'est pourquoi je trouve Olivier Rey, auteur d' Une folle solitude. Le fantasme de l'homme auto-construit, trop sévère envers les « actuelles théories pédagogiques », malgré leurs échecs. Certes, nul ne peut développer son intelligence et son esprit critique sans se nourrir des œuvres du passé. Mais l'inverse est vrai aussi : sans un minimum d'autonomie, on est incapable d'assimiler intelligemment ces œuvres. Déjà, Montaigne l'avait dit : « Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine. » D'ailleurs, si les élèves ont du mal à s'approprier les grandes œuvres du passé, il me semble que cela vient moins d'une pédagogie catastrophique que d'un problème culturel et social beaucoup plus large. Par exemple, la plupart des élèves ont un problème avec la langue littéraire, et ce qui peut nous paraître aisé, à nous autres intellectuels, leur est souvent inaccessible.
Quant au monde des adultes, je ne sache pas qu'on y laisse beaucoup de champ aux désirs des individus. La plupart des gens, qu'ils aient ou non un emploi, sont soumis à d'effrayantes contraintes sociales ou professionnelles. Certes, certaines techniques de management moderne s'efforcent de donner une illusoire « autonomie » aux travailleurs individuels, mais ceux-ci sont-ils vraiment dupes ?
Si l'on veut promouvoir la démocratie contre la dictature sournoise du libéralisme, il convient de ne pas trop brimer les désirs individuels, car ils sont le moteur de l'action sociale et politique. La vraie raison, loin d'être l'ennemie absolue des passions, est plutôt ce qui permet de les concilier. Si chaque dominé (pauvre, femme, personne peu qualifiée, etc.) prenait davantage conscience de son désir d'indépendance, il serait peut-être en mesure de critiquer les injustices qu'il subit, et de s'unir avec ceux qui vivent une situation analogue. De cette passion égalitaire naîtrait – du moins peut-on l'espérer – un monde plus juste, donc plus raisonnable. En revanche, si l'on se contente de répéter aux gens (à l'école ou ailleurs) : soyez raisonnable, réfrénez vos désirs individuels, on ne va pas les rendre raisonnables pour autant. Au contraire, on va les enfoncer dans la passivité à l'égard de l'ordre établi. Faute de dire cela, Mme Pieiller semble faire l'apologie d'un discours somme toute bien réactionnaire – ce qui n'était sans doute pas son intention.
M. Privat, psychologue et psychanalyste, indique de son côté :
Cet article fait fausse route sur certains points. Tout particulièrement lorsqu'il suit la thèse d'Eva Illouz en ce qui concerne l'introduction de la psychanalyse aux Etats-Unis. En 1909, Freud, s'y rendant avec Ferenczi et Jung, leur tenait ces propos : « Ils ne savent pas que nous leur amenons la peste ! » Certes ils [les pseudo-psys en marketing] s'en sont défendus. Il n'empêche que le but de la psychanalyse n'a jamais été d'offrir aux entrepreneurs de tout poil des individus au moi mieux formaté pour répondre aux besoins du capitalisme, c'est-à-dire à l'aliénation des individus au travail. Au contraire, la psychanalyse propose un chemin pour lutter contre ce qui nous aliène au quotidien, et offre une voie pour une libération des individus.
Si j'ai, de ma place, entendu quelqu'un formuler un jour cette injonction : « Il vous faut faire un travail sur vous-même ! », c'était de la part d'un patron qui m'avait confié son propre malaise, et qui, plutôt que de s'y atteler, préférait envoyer un de ses salariés sur le divan. Plus tard, le même patron me fera passer deux ans « au placard » parce que je refusais de lui servir d'alibi.
Les psychologues qui résistent, au sens des brigades internationales, ça existe ! Cet article, en donnant une image réactionnaire de la psychanalyse , ne leur facilitera pas la tâche...
http://www.monde-diplomatique.fr/2007/04/A/14640?var_recherche=psychanalyse

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