dimanche, mai 31, 2009

Le collège d'analyse laïque


Le Collège d'Analyse Laïque a pour vocation à la fois la mise en place d'un outil de travail pour les analystes (et non-analystes) en formation et le retour à la pratique et aux interrogations nées de cette pratique pour tous les praticiens del'analyse, dont la formation n'est d'ailleurs jamais achevée...

La Psychanalyse et l’Aube d’Or

Après m’être dévêtu de mes habits , après avoir endossé ceux d’un poète : une chemise propre chaque jour, à défendre ce pourquoi James Joyce fut James Joyce, à savoir: the Golden Aube.


L’éveil psychanalytique est une réponse à la marginalité, à l’exclusion, à ce qu’il y a d’artificiel dans la société, “gai savoir” à la façon de Nietzsche ou Gurdjieff.


L’inconscient du groupe se révèle dans des débats non dirigés, structurés plus par le groupe que par le langage, définis par l’expression sartrienne “collectif” avec une connotation d’ éthique et de convivialité.

Week-end "Le Corbusier" à Pessac


De la route principale qui rejoint le centre-ville de Pessac, la troisième ville de l'agglomération bordelaise, on ne se doute de rien. Dans les années 1920, Le Corbusier y aurait réalisé une cinquantaine de maisons, à l'attention des classes modestes. Ce serait la première cité ouvrière et la seule composée d'habitations individuelles de la carrière de l'architecte.





Un panneau indique « Cité Frugès-Le Corbusier ». Ce premier nom évoque des souvenirs chez certains Bordelais : Henri Frugès était un riche industriel dans le secteur du sucre. Il aimait les arts - des artistes bordelais et parisiens travaillaient dans sa maison - mais n'avait pas les faveurs de la grande bourgeoisie bordelaise, qui snobait ce progressiste et n'appréciait guère sa conception de l'économie sociale.
« Pour l'époque, rendre heureux les ouvriers était une idée très subversive », confirme Carole Davenne, animatrice de la Maison municipale Le Corbusier, le seul logement de la cité ouvert au public. L'entrepreneur s'est enthousiasmé pour les idées novatrices de l'architecte. En 1924, il lui propose de concevoir une cité de 150 logements, de 70 à 100 m2 chacun, qu'il compte vendre à ses ouvriers. Les maisons, sur deux niveaux, sont ultramodernes pour l'époque : salle d'eau et douche, WC intérieurs, cuisinière, chaudière fournissant l'eau chaude et courante, calorifère pour l'air chaud, etc.
Plus de quatre-vingts ans plus tard, dans un cadre sans fard, entre une voie ferrée et sa barre d'HLM, un petit bois et des pavillons années 1970, émergent les « Quartiers modernes Frugès ». Le projet initial était plus ambitieux, mais seules une cinquantaine de maisons ont vu le jour dans la sueur et la douleur. Henri Frugès y a englouti une grande partie de sa fortune.
L'administration faisait la grimace. Les entrepreneurs locaux butaient sur les nouvelles techniques de construction souhaitées par Le Corbusier (canon à ciment, préfabrication...). Tout Bordeaux critiquait ce « rigolarium Frugès (...), construit avec les morceaux de sucre de l'épicier ».
MAISONS « ZIGZAG »
Deux maisons dites « zigzag » sont les figures de proue de cet ensemble d'environ 2 hectares. Dans leur alignement, les « jumelles » ferment la composition de l'îlot. A chaque nom, un style architectural différent : le Gratte-Ciel, l'emblème du quartier, domine toutes les autres ; l'Arcade offre un patio couvert donnant sur le bois, sorte d'oeil ouvert sur la nature. En face, dans un angle, la Vrinat, du nom du directeur des travaux de l'époque, est la maison se rapprochant le plus des cinq points de l'architecture de Le Corbusier : pilotis, toit-terrasse, plan libre, façade libre et fenêtres en longueur.


Longtemps surnommé le « quartier des Marocains » à cause des terrasses, les habitants ont transformé l'extérieur - plus rarement l'intérieur - à leur goût, selon leurs moyens, les contraintes de construction et les altérations du temps. Jusqu'au début des années 1980, on était plus proche du bidonville que du quartier branché.


Depuis, le site est protégé, et les restaurations sont surveillées de près. Le tout forme un patchwork étonnant. Grâce à l'investissement d'un habitant passionné, une maison Arcade est même classée monument historique. Les trottoirs et lampadaires sont d'époque, et la plupart des murs ont retrouvé leurs couleurs d'origine : terre de Sienne, vert pâle, blanc, bleu outremer, terre d'ombre brûlée. Au fil du temps, la Cité devient plus homogène. L'esprit de Le Corbusier peut courir à nouveau sur les toits-terrasses.

dimanche, mars 29, 2009

keoactus & khéopsy : deux revues de psychanalyse en péril...



kheopsy, Keo actus

Puiblications de keoactus

Pour ma revue je dois compter sur cinq abonnés minimum pour uniquement couvrir les frais de maquette et d'envoi postal ce qui veut dire plus ou moins 300 € j'en dispose de 134 (reliquat du bénél passé) mais pas plus

Un virement banquaire de 100 € (paypal)qui me servirait à parer au plus pressant ensuite j'aurais de nouveaux abonnés qui couvriraient les frais de mars....(et te rembourser )

Es-ce possible ? pour l'instant j'ai trois articles de psy canada et un article psy france également un belge et le mien je peux donc boucler une édition A5, papier conqueror covrer glaussy et recto verso "bouclette" (cela veut dire agraffé)

Pour relancer mes publications je compte sur votre participation et en guise de démarage je peux vous faire parvenir une de mes éditions de luxe "fairness" voici des références trouvées sur yahoo :

Vernissage des éditions "Keo" khéopsy (six numéro) keoactus. l'ART (J.Danton) IMAGERIE MEDICALE. CREATIVITE (J.F Doucet) ... c'est un dvd label "cine horizon" editeur : " zalys distribution" ...www.infos-des-medias.net/vernissage-des-editions-keo.php - Vernissage des éditions "Keo" - Paperblog Une maison qui déménage MAGASIN PSYCHANALYSE A ... khéopsy (six numéro) keoactus. l'ART (J.Danton) IMAGERIE MEDICALE. CREATIVITE (J.F Doucet) ...www.paperblog.fr/952146/vernissage-des-editions-keo - En cache Forum / Psychasoc - Institut Européen Psychanalyse et Travail Social Psychasoc, animé par Joseph ROUZEL, psychanalyste et formateur, met au travail ... sur abonnement (hors commerce) de deux revue bi-mensuelles KEOACTUS & KHEOPSY ...www.psychasoc.com/ezphorum/phorum/?read,2,19501,page=4 - deux revues des livrets d'Art, & d' Imagerie Médicale 39 MEMBRES SUR GERMINALYSE 5 MILLIONS DE PAGES LUES 11 DVD DE PSYCHANALYSE

merci d'avance
cordial
ft

Solidarité avec Charles Melman



Solidarité avec Charles Melman



Charles Melman - 20/12/2008

Un non-exécuteur testamentaire au tribunal

Le 9 janvier à 13h15 la Cour d'Appel aura à juger dans la 4è chambre du Palais de Justice à Paris le procès intenté par l'Association des amis de J. Lacan à celui que ce dernier choisit pour exécuteur testamentaire.

Il est clair en effet qu'à suivre le rythme actuel donné à la publication des Séminaires, celle-ci restera à jamais inachevée ; car il est peu vraisemblable qu'un éventuel et néophyte successeur aura l'engagement et les capacités pour terminer.

Faut-il en rester là ?

Afin d'aider et encourager le non-exécuteur testamentaire l'A.A.J.L. s'est trois fois rendue à son domicile pour mettre à sa disposition les diverses transcriptions déjà établies et qui circulent parmi les élèves, et quitte à ce qu'il les mitonne à sa manière.

Cette offre ne faisait d'ailleurs que répondre à l'appel qu'il avait lancé (anniversaire de la revue Essaim tenu à Sainte-Anne) pour la formation d'une "Académie lacanienne" susceptible de l'aider.

Mais la réunion tenue ensuite par les candidats académiciens pas plus que notre cadeau n'eurent la chance d'être agréés.

C'est dans ces conditions que l'A.A.J.L. engagea une action en justice pour abus du fait de non-usage du droit d'exploitation.

En première instance la plaidoirie talentueuse et passionnée de Maître Charrière-Bournazel contre elle expliqua l'affaire par une querelle d'héritiers. Melman, toujours lui, voulait capter l'héritage de celui qui - bingo ! - l'avait supplanté dans le coeur et les papiers de Lacan.

Supposons cette méchanceté. Change-t-elle le fond de la question, c'est-à-dire la déshérence exceptionnelle (cf. la publication intégrale des oeuvres de Barthes, de Foucault, de Lévi-Strauss, de Derrida, etc.) qui frappe le travail de Lacan et le voue à rester une comète sans conséquence, sans le moindre cratère ouvert dans notre culture ?

Si l'issue de ce procès est défavorable à l'A.A.J.L. il aura eu l'intérêt d'attirer l'attention publique sur le problème. Et je suis sûr que le prédécesseur de Charrière-Bournazel en son étude, Me Roland Dumas, vieil ami de Lacan, aurait comme lui accepté de défendre la famille, mais dans un sens qui aurait protégé la finalité de notre action.

Charles Melman

Ceux qui souhaitent assister aux débats ont intérêt à arriver avant l'investissement de la salle par des demi-soldes chargées d'impressionner le tribunal.
source :http://www.freud-lacan.com/articles/article.php?url_article=cmelman201208

samedi, mars 07, 2009

psychanalyse & droit par JAM


J. A. Miller nous fait savoir que l’amendement ci-dessous, proposé par le gouvernement, et modifiant l’article 52 (dit “loi Accoyer”) de la loi de Santé, a été adopté par l'Assemblée nationale en première lecture le jeudi 5 mars 2009 à 23h47.

Cet amendement a été défendu devant l'Assemblée par Mme Roselyne Bachelot en personne.

Groupe socialiste: M. Le Guen s’est félicité que l’on parvienne ainsi à “quelque chose de structuré concernant le titre de psychothérapeute »; Mme Génisson est intervenue dans le même sens.

Le rapporteur de la commission a lui aussi soutenu le texte, qui a été adopté à l’unanimité.

L'urgence ayant été déclarée par le gouvernement sur la loi de "réforme de l'hôpital" ("HPST"), il n'y aura qu'une seule lecture dans chaque chambre.

Après l'examen au Sénat, le gouvernement aura à décider des textes d’application (décret et arrêté).

Amendement permettant l'application des dispositions des deux derniers alinéas de l'article 99 du Règlement

APRÈS L'ART. 22
N° 2083 Rect.
ASSEMBLÉE NATIONALE
5 mars 2009





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RÉFORME DE L'HÔPITAL - (n° 1210)

Commission

Gouvernement


AMENDEMENT N° 2083 Rect.

présenté par

le Gouvernement

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ARTICLE ADDITIONNEL

APRÈS L'ARTICLE 22, insérer l'article suivant :

Les troisième et quatrième alinéas de l'article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique sont remplacés par quatre alinéas ainsi rédigés :

« Un décret en Conseil d'État précise les modalités d'application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doivent remplir l’ensemble des professionnels souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministères chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation.

« L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d'un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse.

« Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d'un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l'article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d'ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique.

« Le décret en Conseil d’État précise également les dispositions transitoires dont pourront bénéficier les professionnels justifiant d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie à la date de publication du décret. ».

EXPOSÉ SOMMAIRE

Compte tenu de la sensibilité des troubles qu’ils cherchent à améliorer, qui touchent à l’intimité psychique et relationnelle de l’individu souvent en situation de grande vulnérabilité, les psychothérapeutes doivent disposer d’un haut niveau de connaissance et de compétence pour prendre en charge de façon adaptée les personnes qui ont recours à eux.

C’est pourquoi il est apparu indispensable que toutes les personnes qui utilisent le titre de psychothérapeute aient suivi au cours de leur cursus, une formation théorique et clinique de psychopathologie clinique. Les concepts et approches qui seront développées dans cette formation exigent, pour leur bonne compréhension, un niveau élevé universitaire de type Master 2 de psychologie ou de psychanalyse ou Doctorat de médecine.

Les professionnels qui, dans leur cursus de formation initiale, auront déjà suivi tout ou partie des modules développés dans cette formation pourront bien sûr bénéficier de dispenses totales ou partielles.

Une formation n’est de qualité que lorsque l’établissement dans lequel elle est délivrée est, lui-même, de qualité, c’est pourquoi il est nécessaire d’agréer ces établissements.

Il est en outre nécessaire de prévoir des dispositions permettant de tenir compte de la situation particulière des professionnels déjà installés depuis plusieurs années.

Initiation à l'Art Thérapie , Praticien en Hypnose Ericksonienne, la Méthode Solaris,pnl


nos prochains rendez-vous pour lesquels les places sont ouvertes.


la Méthode Solaris
avec G. Grillo, Claudine et Gérard Szymanski
du 19 au 27 mars à Madrid
Voyage intérieur dans les méandres de nos compulsions pour se découvrir une conscience de vie plus saine et plus pleine.
http://www.rhapsodie.info/spip.php?article20


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Initiation à l'Art Thérapie
avec Geoff Troll
2 jours pour vivre des expériences variées afin d’acquérir une compréhension des différentes implications et applications d’un atelier d’expression et de créativité et de l’art thérapie
les 21-22 mars ou 25-26 juillet de 10 à 18 heures au Centre Rhapsodie à Bruxelles

http://www.rhapsodie.info/spip.php?article8

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Praticien en Validation Individuelle selon Naomi Feil
avec Solange Goffin
10 jours répartis en modules de 2 jours sur une période d’au mois 6 mois.
Ce cours propose des techniques concrètes pour entrer en relation individuelle avec les personnes très âgées désorientées.
Les 29-30/04 - 4-5/06 - 17-18/09 + 2 modules de deux jours à fixer de 9 à 17h au Centre Rhapsodie à Bruxelles
http://www.rhapsodie.info/spip.php?article13


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Praticien en Hypnose Ericksonienne
avec Anné Linden et Steven Goldstone
Cours incontournable pour toute personne qui veut connaître cette approche,
en tant que professionnel de l'accompagnement (thérapeute, coach, des relations humaines)
ou pour sa bonne santé personnelle!
Du 1 au 5 mai et du 1 au 5 juillet 2009 de 10 à 18 heures.
au Centre Rhapsodie à Bruxelles


http://www.rhapsodie.info/spip.php?article11

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Les bases de la PNL
avec Didier Barbieux,
9-10 et 16-17 mai de 10 à 18 heures
4 jours pour s'initier à cette approche de la communication qui est toujours aussi actuelle.
Pour tous ceux qui ont suivi ces bases et qui souhaitent continuer le cours,
la suite est prévue à la rentrée scolaire prochaine et sera
enseignée en partie par Steven Goldstone et Anné Linden (New York Training Institute).
Une occasion inestimable de recevoir l'enseignement de la créatrice
de la pédagogie PNL en personne
http://www.rhapsodie.info/spip.php?article4


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La Méthode Intensive D'Ira Progoff
avec Heidemarie Graul Bellali :
2 x 2 jours pour faire un bilan à 360 ° de votre vie actuelle et développer des perspectives
grâce à cette méthode ingénieuse inspirée par les travaux de Carl Jung et Suzuki et créée par Ira Progoff
Module 1: 29-30 mai - Module 2 : 31 mai -1 juin de 10 à 18 heures
au Centre Rhapsodie à Bruxelles


http://www.rhapsodie.info/spip.php?article19


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Voilà, je vous souhaite plein de bons moments et n'hésitez pas à nous contacter pour recevoir de plus amples renseignements...




A bientôt
DIDIER BARBIEUX
Centre Rhapsodie
Chaussée de Waterloo, 788
be-1180 Bruxelles
Belgique


contact@rhapsodie.info


Tél. : +32 2 372 23 51
Fax : +32 2 372 23 32
web: www.rhapsodie.info

mercredi, mars 04, 2009

Le courrier de Marianne Antonis...à propos de neurosciences


Cher Frans,



Tout d’abord mes remerciements pour vos invitations auxquelles je n’aurai donné réponses.

Il m’aura fallu me disperser d’un bout à l’autre du nord de la Hollande, vers Anvers, Louvain, Paris et je n’aurai eu que des intermittences pour apprendre encore dernièrement que ma belle sœur aura dû se faire opérer.



Je propose le texte qui suit pour en soulever les questions qui surgissent.

Il se pourrait que lecture proposée à d’autres puisse nous convoquer à y apporter commentaire. Pour moi, ce fut un processus d’ouverture qui m’aura permis de poursuivre des réflexions au-delà de ce qui se dit et s’entend parce qu’en effet, il en va ainsi que de la théorie à la pratique et de la pratique à la théorie qui d’autre que l’analysant-pour autant que nous lui supposions une certaine autonomie…



Voilà très brièvement dit : - une certaine autonomie ? Nous entrons avec ce terme d’autonomie tout de même dans un contexte très particulier et spécifique de ce que nous pourrions entendre par « psychopathologie »

J’ai réécouté avec plaisir la rencontre Neuro-science et psychanalyse

http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/act_eve/colloque_neurosciences_et_psyc.htm

et continue à me poser question : - qu’est-ce qui fait que psychanalyse et neuro-sciences s’affrontent avec tant de hargne-haine, alors qu’il est tout de même agréable de « sortir de son bocal » Vraiment, la liste groupeyahoopsychanalyse m’aura fait détester les psy une horde de sauvages qui se sentent menacés et qui pour se défendre accuse tout un chacun qui s’oppose à leurs convictions d’agresseur. L’agresseur est toujours plus méchant que soi-même n’est-ce pas surtout lorsqu’on aime parler de transfert d’amour.

lundi, mars 02, 2009

Google Web Alert for: TASSIGNY FRANS

Google Web Alert for: TASSIGNY FRANS

Frans Tassigny - France Facebook
Frans Tassigny (France) is on Facebook. Facebook gives people the power to share and makes the world more open and connected.

mardi, février 10, 2009

Les intégrismes juif, musulman et chrétien


Chronique de paix

Les intégrismes juif, musulman et chrétien

Étude psychanalytique

Comme je l'ai signalé dans la chronique précédente, lorsqu'un État se désagrège d'avoir perdu sa légitimité, la société se brise en ses multiples communautés. Celles-ci perdent alors totalement leur caractère religieux dont elles avaient déjà perdu une bonne partie en cédant la gestion de leurs affaires publiques à l'État, et deviennent des communautés politiques plus préoccupées par le contrôle de leur espace vital. Certaines vont même jusqu'à reconstituer un mini état communautaire qui peut éventuellement polariser autour de lui les autres communautés.

L'Europe déborde et se déverse vers la Palestine et l'Égypte
Une situation comparable se présente, mais à plus grande échelle lorsque l'équilibre d'un continent est secoué par des conflits majeurs qui ne semblent pas avoir de solutions prochaines. Une communauté peut alors émerger, issue de plusieurs états à la fois et développer des ambitions politiques à l'échelle poly-étatique.

Le premier exemple qui vient à l'esprit, est le temps des croisades. Les multiples crises de l'Europe féodale ont provoqué l'émergence d'une communauté chrétienne dont les ambitions politiques se sont exprimées à travers le désir de reconquérir le Saint Sépulcre. L'Europe en crise s'est investi dans une universalité politique chrétienne pour laquelle ses frontières sont devenues étroites et étouffantes. La quête de soi passait désormais par la conquête de l'autre. L'autre étant curieusement avec une régularité étonnante cette jointure fascinante entre l'Afrique et l'Asie que sont l'Égypte et la Palestine.

Jamais aucun territoire à part peut-être l'Inde n'a exercé autant de fascination sur l'Europe que ce point de suture d'ou a émergé le monothéisme. Toutes les aventures européennes les plus folles ont commencé ou fini en ce point ou l'ont considéré comme un point d'appui majeur dans leur entreprise. Ce point permet de distinguer nettement entre l'Europe continentale centrée sur l'Égypte et la Palestine et L’Europe périphérique, qui est surtout orientée du côté de l'Océan et, au-delà de l'Océan, des Indes.

Mais pour en revenir à la notion de crise continentale , l'épopée napoléonienne aussi bien que l'aventure nazie relèvent de ce même processus qui commence par une crise majeure impliquant le continent dans son entier. Par la suite, une communauté particulière invente une nouvelle universalité de nature essentiellement politique. Ce projet universel doit retrouver des alliés ailleurs partout en Europe. L'ampleur du mouvement est tellement puissante qu'il franchit les limites de l'Europe vers la suture afro-asiatique.

Le Sionisme religieux et nationaliste laïc
Dans ces deux cas cependant, le caractère religieux de la quête est moins apparent. Il se camoufle derrière une religion très Européenne: le nationalisme. Ce mélange très original de religion de géographie et de linguistique reste malgré son extraordinaire extension, très marqué par ses origines européennes.

Dans la série de projets universalistes européens, le projet sioniste occupe une bonne place. Dans sa première forme, il a répondu aux crises qui ont précédé et suivi la première guerre mondiale. Les grands empires européens qui ne connaissent pas le nationalisme se sont écroulés laissant une grande inquiétude en Europe et la plupart des communautés juives dénudées et sans protection face à l'extension soudaine du nationalisme: La protection dont bénéficiaient ces communautés de la part de l'Empire Ottoman ou de L'Empire Austro-Hongrois était désormais chose du passé. La menace nationaliste avait déjà un caractère inquiétant dès la fin de la guerre. Le sort des Arméniens aux mains des nationalistes laïcs turcs était éloquent.

Un certain nombre de Juifs ont alors décidé d'embarquer eux-mêmes dans un projet nationaliste laïc, celui que leur offrait le sionisme. En mettant en exergue son aspect religieux, le sionisme semble s'apparenter aux croisades. Dans ce retour à la terre biblique à partir de tous les coins de l'Europe, dans cette haine profonde assidue contre ceux qui profanent de leur présence inopinée, inattendue, cette terre sacrée qui aurait dû normalement être vierge de toute trace humaine (terre sans peuple), il y a certainement la dimension mystique qu'avaient pris les croisades.

Cet aspect n'est cependant que partiel. Le sionisme a un côté nationaliste laïc qui est au moins aussi important que son aspect religieux. On le repère aisément dans le caractère très nationaliste de la démarche, dans les structures laïques de l'État. On le voit également transparaître dans l'absence criante de la dimension divine.

Dans les communautés ou l'aspect religieux prédomine, on laisse habituellement une certaine place à l'impondérable, confiants que l'on est que Dieu y pourvoira. Et si d'aventure, Dieu semble orienter les choses autrement, on s'interrogera sur ses desseins quitte à les trouver en fin de compte impénétrables". Lorsque l'inquiétude est si grande que rien n'est laissé au hasard, lorsque la seul présence de l'étranger est une menace quasi mortelle, c'est que le rapport au divin est brisé qu'on ne peut plus compter sur sa protection pour arranger les choses. On est rentré de plein pied dans le nationalisme.

Le sionisme traumatique
La double dimension religieuse et nationaliste ne suffit pourtant pas à rendre compte de la complexité de la situation. Israël n'est pas un pays "normal". Il est né dans des conditions très particulières pour compenser un traumatisme subi par les Juifs lors de la "dernière" guerre. C'est ainsi qu'on l'a appelée, parce qu'elle fut si atroce qu'on a souhaité très fort qu'elle soit vraiment la dernière. De la même façon qu'on a souhaité (surtout les USA) ardemment mettre les Juifs à l'abri pour toujours contre toute agression derrière des frontières sûres.

Quelles que soient les chances de succès de telles ambitions, toujours est-il qu'elles ont fondé l'état d'Israël sur le sentiment de culpabilité des Européens qui se sont sentis "en dette" envers les Juifs et ont voulu compenser pour les tords qu’ils leur ont été causés. L'État d'Israël est par définition un état de Traumatisés auxquels tout le monde a reconnu qu'ils avaient été traumatisés. La réalité du traumatisme est là reconnue par tous et elle est "démontrée rétroactivement" par l'existence même de l'état. Mais l'état, même s'il veut compenser le traumatisme de par son existence, n'a pas pour autant la capacité de le faire disparaître. Le traumatisme devra durer même compensé, il lui faudra se maintenir aussi longtemps que durera l'état d'Israël. Si Israël est la preuve du trauma il s’en suit que si on oublie le Trauma ou efface l’existence d’Israël. Car Israël ne peut pas être la preuve de rien.

En d'autres termes au lieu d'être compensé, le trauma a été démontré. Chaque Israélien doit donc prendre en considération cette démonstration permanente de l'existence du trauma et l'assumer en revendiquant une nouvelle compensation qui, comme elle ne peut plus s'adresser aux Européens (puisqu'il y a eu matériellement compensation) va devoir se manifester autrement.

Ce sont les Arabes et plus particulièrement les Palestiniens qui vont en faire les frais. La demande de compensation issue de la compensation (indéfiniment insatisfaisante) qui s'interprète comme une demande de reconnaissance du trauma va s'adresser aux Arabes et aux Palestiniens. Chaque Israélien se sentant responsable d'Israël comme preuve du trauma, va réclamer dès lors cette compensation à cors et à cris. Chaque refus des Arabes et des Palestiniens de leur céder une parcelle de terre sera interprétée comme un refus de reconnaissance du trauma et les amènera à redoubler d'efforts pour la conquérir. Tous les malentendus de la relation des Israéliens avec les Européens vont se trouver déplacés vers les Arabes et les Palestiniens avec cette difficulté supplémentaire que ceux-ci ont du mal à saisir qu'on les prend pour d'autres, et le comprendraient-ils, ne sont aucunement prêts à se mettre à la place de celui qui bat sa coulpe face à des Israéliens qui viennent de leur piquer leurs terres. Les Occidentaux peuvent ainsi se payer le luxe de contempler sereinement le conflit en prônant bien sûr la paix et la fraternité sur la terre et au ciel tout en remerciant la providence de ce que la rage Israélienne se déverse sur les Arabes plutôt que sur eux.

Libération nationale
Petit à petit cependant les Israéliens ont pris conscience de leur aliénation par rapport à l'Europe. Ils se sont aperçus qu'ils pouvaient rester indéfiniment dans cette position demandante qui par ricochet sur les Arabes demande aux Européens qu'ils reconnaissent un traumatisme qu'ils ont déjà reconnu. Ils ne pouvaient rester indéfiniment dans ce corps à corps conflictuel avec l'Europe par le biais des Arabes ou, en langage lacanien, prisonniers de la jouissance culpabilisée des Européens. Ils ont pris petit à petit une certaine distance par rapport au trauma. Ce qui leur a permis de découvrir qu'il y a un peuple, sur cette «terre sans peuple».

Ils ont décidé alors, au moins pour certains d’entre eux, que moyennant une suspension du processus religieux-nationaliste-traumatique qui les animait jusqu'à présent, ils pourraient faire la paix avec ce peuple dont ils venaient de découvrir l'existence sous leurs bottes.

Le virage d’Oslo
Cette période nationaliste de libération nationale de la tutelle européenne a duré jusqu'aux accords d'Oslo. Ceux-ci semblent être un renversement de la période nationaliste qui l'a précédé en ce sens que la reconnaissance mutuelle remplace la négation de l'autre et la paix remplace la guerre. Les Israéliens reconnaissent que les Palestiniens existent et qu’ils leur ont causé des dommages. En compensation de ces dommages ils s’engagent à … ne plus les attaquer. En réalité ils ont renoncé à leur hargne contre l’Europe. Quant à compenser les Palestiniens, il n’en a jamais été vraiment question. C’est déjà un cadeau de reconnaître qu’ils existent. Ils n’iront pas plus loin.

Les accords d'Oslo se sont concrétisés sous les auspices d'une idéologie libérale et pragmatique. Les négociateurs ont non seulement été convaincus qu'aucun des protagonistes n'obtiendrait jamais la victoire, mais qu'il était possible de coexister pacifiquement, fructueusement, exclusivement sur la base des échanges économiques. Oublié le Nationalisme laïc, oublié le trauma de L’Holocauste, les Israéliens ont décidé de se soustraire à la tutelle européenne en suspendant la rage qui les accrochait à ce continent.

Toutes les légitimations idéologiques de nature nationaliste dans les deux camps se sont trouvées aux orties, au profit d'un pragmatisme économiste heavy duty qui était supposé tenir lieu de compréhension mutuelle. Ce qui semblait être l'apothéose enfin pacifiée de la période nationaliste s'est révélé être une rupture radicale sur cette période avec des conséquences incalculables.

Israël, qui jusqu'alors était le fer de lance de l’énième version d'un fantasme européen continental centré sur la suture afro-asiatique s'est trouvé désarrimée de ses bases arrières européennes, pour être aussitôt pris en charge par un ensemble tout à fait différent qu'on a pris l'habitude d'identifier aux USA et à son indéfectible alliée la Grande Bretagne.

La ceinture océanique
Ces deux pays qui ont récemment entraîné dans leur sillage en Irak un certain nombre de pays de l'Europe périphérique comme les Pays Bas, le Danemark, et l'Espagne, ont des caractéristiques particulières qu'on pourrait résumer en disant que

1) philosophiquement, ils sont orientés du côté du pragmatisme et de l'économisme tandis que

2) géographiquement, le lieu sur lequel ils exercent leur talent est l'Océan et plus spécialement l'Océan atlantique; et enfin

3) le Terre à laquelle ils aspirent au-delà de l'accessible n'est pas la Palestine ou l'Égypte, mais les Indes et ce non pour des raisons idéologiques mais pour des raisons économiques. Depuis l'Antiquité, la route des Indes a joué un rôle important dans l'imaginaire Occidental. Tous les pays de l'Europe périphérique ont construit leur identité contre l'Islam qui a eu le monopole de la route des Indes jusqu'à ce que leurs vaillants navigateurs contournent le Cap de Bonne Espérance. C'est en cherchant une autre route des Indes que Colomb découvre l'Amérique. D'ailleurs, la reconquête de l'Espagne sur l'Islam s'est achevé l'année même de la découverte de Colomb.

De sujet à objet
En signant les accords d'Oslo, Israël s'est remise sous la tutelle des peuples de l'Océan. Rabin a renoncé à l'idéologie nationaliste messianique pour adopter une idéologie pragmatique disant que si les deux peuples doivent forcément vivre ensemble autant qu'ils le fassent en paix. Il faisait le même pari que tous les peuples de l'Océan à savoir que l'économie et le commerce suffisent à unir et réconcilier les peuples. Après avoir été le centre d’une problématique méditerranéenne, Israël quitte la tutelle européenne pour devenir le centre d’une problématique océanique. Un peu comme les mouvements de libération nationale de l’après guerre qui, prenant leur indépendance du colonialisme européen se sont réinscrits aussi sec dans la mouvance du néocolonialisme américain.

En renonçant au nationalisme avec tout ce qu'il comporte de romantisme, les Israéliens se sont retrouvés en somme indépendants mais prisonniers de la survie de leur état. Ce n'est plus l'esprit de conquête et de légitimation de cette conquête qui les a animés, mais la pure nécessité de conserver un certain nombre d'acquis. Au lieu d'être les acteurs passionnés d'un destin héroïque, ils sont devenus les modestes fonctionnaires d'un état contesté. Tout doit converger dans le destin de chacun vers la sauvegarde de l'état. La mobilité qui avait caractérisé la période précédente se transforme en captivité. L'élan subjectif qui les a jusqu'à présent animés s'est évanoui. Ils ne sont plus que les objets de la sauvegarde de leur état.

Le deuxième traumatisme
Tout le dynamisme bonapartiste de la période précédente a dû être jugulé. Après avoir renoncé à leur rage contre l’Europe, face à laquelle ils brandissaient leur esprit conquérant, ils se sont retrouvés seuls face à la sauvegarde de leur état, tenus à une immobilité inhabituelle qui les a fragilisés à l’extrême. Tant et si bien qu’avec la deuxième Intifada, une pierre lancée par un enfant sur un char d’assaut suffisait à provoquer une réponse à balles réelles.

C’est de là que débute le deuxième traumatisme. La sauvegarde de l’état va l’emporter sur toute autre considération. Autrefois leur soumission à l’Europe leur était intolérable. Ils y répondaient par ce nationalisme rageur contre les Arabes. Cette fois ils sont soumis à leur propre état et ne peuvent en aucune façon y réagir. En langage lacanien on dirait qu’ils sont soumis à la jouissance de l’état. Le risque ici est d’être tellement soumis aux impératifs de l’état qu’ils en viennent à disparaître. Tout mouvement inconsidéré pourrait soit nuire, soit paraître nuire, à l’existence de l’état.

Durant la période précédente l’état était la preuve du trauma qu’il fallait assumer, cette fois l’état est la cause du trauma puisqu’il aliène toute la société à ses exigences. Le danger de ne pas satisfaire aux exigences de l’état, ou d’être si indépendant par rapport à lui que l’on provoque son mécontentement, ce danger va croître progressivement. Chaque Israélien va certes être tenté de se soumettre totalement à l’état mais à un niveau subjectif plus profond il va chercher à transgresser cet impératif de soumission en faisant appel à quelque chose qui au contraire menace l’état. Il s’agit, bien-sûr du Palestinien terroriste qui va incarner la subjectivité israélienne. C’est ainsi que prend forme le deuxième traumatisme avec la deuxième intifada. Les Palestiniens vont tout à coup acquérir un énorme pouvoir de nuire qui va se concrétiser par la pierre jetée par un gamin et par les attentats suicide.

Se faire assimiler
La subjectivité israélienne va aussi s’exprimer dans des fantasmes de dévoration qui portent la surestimation du pouvoir de nuire des Palestiniens à son apogée. «Quelques années et les Arabes seront majoritaires dans notre pays. Ce qui veut dire que notre pays juif ne sera plus juif. Ce qui implique qu'on sera dans un corps qui n'est pas le nôtre. En d'autres termes, on aura été dévoré.» C’est qu’après avoir joué le rôle d’une alternative au caractère impératif de l’état, les Palestiniens deviennent aussi proches et aussi impératifs que lui pour l’Israélien. D’où la nécessité de poursuivre la guerre et d’aller chercher le manque dans l’Autre qu’est devenu le Palestinien, d’aller chercher sa faiblesse.

La seule façon de maintenir une distinction d'avec l'ennemi devenu trop proche est de provoquer un état de guerre quasi permanent. La guerre va ainsi maintenir une distance salutaire et jouer le rôle de l'idéologie nationaliste à laquelle il a fallu renoncer en faisant la paix. Ce genre de guerre est forcément endémique puisque le but de la guerre n'est pas de vaincre mais de maintenir une frontière et protéger de l'assimilation.

Ici je crois que le mot assimilation prend toute son ampleur. Être assimilé c'est être pris pour quelqu'un d'autre, c'est être aliéné, c'est perdre ses caractéristiques identitaires, mais être assimilé pour les Juifs qui ont connu l'Holocauste c'est aussi être dévoré et détruit par l'autre.

La protection du nationalisme laïc
Dans les premiers temps qui ont suivi l'Holocauste, les Juifs sionistes n'ont pas pu imaginer aller vivre simplement en Palestine en partageant le même état que les Autochtones pour deux raisons. D'une part parce que leur crainte d'être assimilés était encore très importante, dans les deux sens du terme, d'autre part parce qu'il eut fallu pour cela qu'ils soient demeurés Juifs dans le plein sens du terme. Or les événements en avaient fait des Juifs politiques nationalistes et laïcs.

Se fondre en tant que Juifs dans la population était impensable, pour eux. Le nationalisme leur a servi d'écran de protection contre un danger qu'ils avaient connu en Europe. Mais cet écran est devenu une aliénation définitive dans un judaïsme politique alors qu'ils ne risquaient plus du tout les mêmes dangers en Palestine.

On peut dire qu'en Palestine, ils ne risquaient nullement d'être assimilés ni dans le sens d'être dévorés, ni dans le sens de perdre leur identité. Au contraire s'ils avaient conservé leur identité communautaire, ils auraient très bien cadré dans le décor. Tout le monde en Palestine et ailleurs au Moyen Orient a une identité communautaire.

Israël accouche des Arabes
Mais ils ont tenu à rester Européens, à conserver déployé le bouclier du nationalisme. Tant et si bien que le Monde arabe lui-même s'est converti au nationalisme. Avant Israël, pas un seul État arabe n'était nationaliste. C'est en 52 que cela a commencé en Égypte avec le Coup d'état des Officiers Libres, puis ça s'est propagé comme une traînée de poudre. 20 ans plus tard, l'Algérie, la Tunisie, la Libye, l'Égypte, le Yémen, l'Irak, la Syrie et la Palestine, ce qui représente en termes démographiques l'écrasante majorité de la population arabe, étaient rendus des États nation.

Le Nationalisme arabe ne date certes pas de 48; il a été propulsé dès le XIX siècle par la lente chute de l'Empire ottoman. On peut même estimer que le sionisme a été provoqué par cette même cause. N'oublions pas que les Juifs étaient les protégés privilégiés de l'Empire ottoman. Toujours est-il que même si la création d'Israël n'a pas créé le Nationalisme arabe, elle a tout de même été l'étincelle qui a mis le feu à toute la plaine.

Israël par l'effet du Nationalisme a provoqué l'existence du Monde arabe qui avant lui était inconnu de tous, y compris de lui-même. Avant Israël, le concept d'Arabité se limitait à la péninsule arabique, à la langue arabe et au nomadisme. L'ampleur que ce concept a pris avec Nasser était un pur effet du Nationalisme. On a du mal à imaginer aujourd’hui combien ce concept était inexistant avant 48. Comme on a aussi du mal à imaginer que des Juifs puissent être seulement Juifs, c'est-à-dire sans référence au sionisme.

Le post nationalisme traumatique
Aujourd'hui que tant le Nationalisme arabe que le sionisme sont moribonds on a beaucoup de mal à imaginer ce qui va suivre. On conserve les derniers symboles du Nationalisme par crainte de ce qui pourrait advenir s'ils disparaissaient.

C’est que même Bush et Sharon et probablement Blair qui sont les principaux animateurs de cette nouvelle ère post-nationaliste ont du mal à savoir ou ils mettent les pieds. La situation est idéologiquement tout à fait nouvelle. Même si elle date déjà de quelques années, les concepts pour l'appréhender ne sont pas encore élaborés.

La principale difficulté vient de ce qu'un des protagonistes majeurs, Ben Laden, et le mouvement intégriste islamique de façon générale, ont été diabolisés pour des raisons évidentes et qu'il devient difficile de les comprendre hors de cette appréhension démoniaque. Pourtant comme dans la période précédente les effets de miroir sont importants et les ressemblances entre les camps, au moins au niveau politique, sont assez apparents pour celui qui veut bien se donner la peine de leur accorder un peu d'attention.

Au nom de la religion
Si le fait communautaire se caractérise par la formule «Au nom de Dieu», le nationalisme (c'est-à-dire le communautaire politique) se caractériserait plutôt par la formule: "Au nom de Moi". C'est au nom de mon Moi, de mon existence charnelle que je me prononce et que j'agis. S'il m'est demandé quelles sont les qualités dont on pourrait prédiquer ce moi, je réponds haut et fort en parlant d'une certaine langue particulière ainsi que d'un territoire particulier, puis j'ajoute, sotto voce, en ayant presque honte d'en parler que je suis de telle religion mais que ça n'a aucune importance dans le fait que je sois nationaliste. La nationalisme a toujours eu un rapport extrêmement ambigu avec la religion. Partout ou il a pu l’utiliser à son profit comme dans l'Espagne de la Reconquista, la France de la Saint-Barthélémy ou la Révocation de l’Édit de Nantes, il l'a fait sans vergogne. Mais dès que la religion prenait trop d'importance, il n'a pas hésité à la remettre au pas avec une très grande cruauté. On peut penser à des exemples très récents comme la condamnation des Frères-Musulmans en Égypte, des massacres de Hama en Syrie et la guerre que Saddam Hussein a menée contre l'Iran.

L'intégrisme se caractérise le mieux par la formule: "Au nom de la religion". Dieu n'est déjà plus très présent parce que le Nationalisme est déjà passé par là pour substituer le pouvoir de l'état à celui de Dieu. L'intégrisme efface la langue et la géographie du blason nationaliste et le remplace par une mise en valeur du religieux.

C’est une erreur de croire que partout où il y a du religieux il y a du divin. Le seul moment où on peut être sûr que le divin accompagne le religieux, c’est dans les premiers temps de la naissance d’une religion. Par la suite, après le décès du fondateur, la présence du divin peut varier en importance et éventuellement être remplacée par l’état ou alors, tout simplement, comme c’est le cas dans les phénomènes actuels, disparaître complètement.

Il y a dans l'intégrisme un profond désespoir. Pour lui, ni Dieu, ni la loi de l'état ne sont en mesure d'assurer la moindre protection. Il ne reste plus que le recours à la religion sans dieu en tant que code de règles et de procédures désormais formelles pour ne pas dire formalistes, c'est-à-dire à peine justifiables. L'intégrisme est donc une sorte de nationalisme religieux sans Dieu ni maître. Il rejoint en quelque sorte l’anarchisme sans vraiment s’en rendre compte puisqu’il continue à croire qu’il croit.

La loi religieuse s'affiche de façon impérative et totalisante sans qu'il y ait un Dieu ou un État qui puisse moduler cet impératif en y mettant des nuances. La loi religieuse apparaît à l'observateur comme inique, absurde ubuesque. Pourtant son seul défaut est de ne pas avoir de tiers divin, ou éventuellement politique comme ce fut le cas lors des premiers temps de cette religion. Le poids de la religion est écrasant tout simplement parce qu'elle n'a pas de tiers pour la soutenir et jouer l'alternative à son caractère exclusif.

De la répétition
Il advient alors un phénomène très étonnant à chaque fois qu'il advient, phénomène que l'on retrouve très fréquemment tant au niveau individuel que collectif, dans les traumatismes. Au niveau individuel le traumatisé a tendance à répéter ou a revivre le traumatisme qu'il a subi en le reproduisant dans ses rêves nocturnes ou dans ses rapports avec son environnement dans sa vie diurne. Cette tendance à répéter le traumatisme est totalement aberrante puisqu'elle cause un tort considérable au traumatisé, tort qui vient s'ajouter à celui qu'il a déjà subi par le traumatisme lui-même. En termes psychanalytiques, on dit que pour échapper à la jouissance de l'Autre, le sujet va chercher du tiers dans la répétition du trauma. La répétition du trauma sert d'alternative au caractère exclusif du trauma originel. A un niveau collectif, l'intégrisme va chercher l'attentat pour se sortir ne serait-ce que momentanément du poids écrasant de la loi religieuse. Après l'attentat il y a un certain soulagement qui ne dure pas très longtemps. Le sentiment d'étouffement reprend un peu plus tard. Il faut alors recommencer et répéter un autre attentat pour sortir du carcan. En somme, l'Intégrisme souffre de l'absence de Dieu et de l'absence d'État qui puisse trianguler son rapport à une religion devenue bureaucratique du fait de ces absences.

C'est dire que les problèmes de l'intégrisme sont des problèmes de proximité. La religion est trop proche parce qu'elle n'est pas médiatisée par Dieu ou l'État, mais l'ennemi devient trop proche aussi et il est impossible de l'éloigner par des moyens verbaux ou résultant d'une entente. Pour l'éloigner il faut user de moyens matériels comme des voiles, des murs très élevés ou des systèmes électroniques. L'intégrisme cherche à se défaire du système religieux qui lui colle dessus en s’attaquant à un ennemi qui finit par lui coller dessus de la même façon que sa propre religion.

Le sacrifice
La question du sacrifice se pose également concernant l'intégrisme. Comment se fait-il que tant de jeunes et de moins jeunes sont prêt à mourir pour la cause? Pourquoi cet engouement pour une mort quasi certaine sans l'éventualité de défendre chèrement sa peau? Le kamikaze s'avance vers la mort comme vers un but qu'il a depuis longtemps espéré. Pour lui mourir est un but en soi, un aboutissement.

Ce phénomène qui peut paraître tellement étonnant, devient un peu plus compréhensible si on se réfère à ce qui a été dit plus haut d'une religion totalitaire qui aurait perdu successivement son Dieu et son État. L'intégriste seul devant cette religion sans alternative et sans extériorité ne peut échapper au pouvoir tentaculaire de la religion. S'il s'y soumet, il disparaît sans laisser de traces, il devient un simple objet domestiqué par un système. En se sacrifiant à la cause il se livre enfin au système mais du même coup il lui échappe en mourant. Et si enfin il tue des ennemis, il aura vraiment mérité de laisser une trace mémorable et ne mourra pas dans l'anonymat de la soumission.

A un niveau encore plus profond, qui relève des traditions collectives très archaïques, Dieu peut être conçu comme un monstre dévorateur auquel il faut donner des proies en pâture. Les Sémites avaient des dieux dévorateurs auxquels ils offraient les premiers nés des familles.

Ces sacrifices étaient surtout pratiqués en période de danger. Flaubert dans Salammbô nous offre une spectaculaire description d'une scène de sacrifice collectif alors que Carthage est assiégée. Les enfants étaient sacrifiés à Baal-Moloch, dieu volcanique et dévorateur. On les précipitait dans sa gueule enflammée.

Il est difficile de comprendre ce genre de choses sans comprendre le concept de sacrifice. Lorsqu'un dieu est particulièrement vorace il risque fort d'assouvir son appétit en dévorant ses fidèles, leurs enfants, leurs récoltes ou leur cheptel. Il est plus prudent de lui offrir une part du butin pour atténuer quelque peu sa voracité et surtout pour détourner la jalousie qu'il pourrait éprouver devant les récoltes et la prolifération de la communauté ou du cheptel. Et lorsqu'on a l'impression qu'il nous persécute en nous envoyant des malheurs en rafale, on peut essayer de l'amadouer en lui offrant ce qu'on a de plus cher.

Tous les peuples de la terre et toutes les religions offrent des sacrifices à leurs divinités. Offrande des prémisses ou libations, brûler des parfums ou de l'encens, égorger des moutons, se priver de certaines choses etc. sont des formes de sacrifices qui peuvent subsister jusqu'à nos jours même si les dieux ont perdu leur voracité d'autrefois. Même les plus athées font, sans en avoir conscience, des sacrifices ne serait-ce qu'en buvant à la santé de quelqu'un. il y a là une offrande qui ôte à l'acte de boire son caractère égoïste qui pourrait susciter la jalousie divine. C'est l'équivalent d'une libation.

Mais pour en revenir à l'intégrisme, on peut dire que la religion ne pouvant plus bénéficier ni de la médiation de dieu, ni de celle de l'état devient tellement impérative et intransigeante sur le fidèle qu'elle en vient à être l'équivalent d'un dieu vorace et jaloux. Le kamikaze s'offre en pâture à cet Islam sans dieu comme Carthage offrait ses premiers nés à Baal-Moloch.

Il est bien-sûr très difficile à un musulman d'imaginer qu'il est en train de sacrifier à un dieu aussi féroce et vorace. Le fait de faire subir un dommage à l'ennemi devient le prétexte à l'accomplissement du sacrifice, sa rationalisation en quelque sorte. L'hommage à ce dieu qui appartient certainement à la préhistoire des Sémites serait en somme totalement inconscient. Seuls transparaîtraient certains de ses traits dans la rigueur de l'Islam intégriste et son caractère exclusif.

Problématique comparable
Nous venons de voir successivement une problématique traumatique comparable chez les Israéliens et chez les Musulmans intégristes. Chez les premiers, après avoir quitté une problématique où Dieu était omniprésent pour une aventure ou c'est l'idéologie nationaliste qui les protège, doivent renoncer au nationalisme et se retrouvent sans protection face à un État dont dépend leur survie. Les intégristes de la même façon n'ont plus ni la protection de Dieu ni celle de l'État et se retrouvent sans protection face à une religion très exigeante dont dépend leur survie.

Incapables de se protéger les uns contre l'État, les autres contre la religion, incapables de résister à leur disparition subjective, ils projettent leur inimitié devant ces institutions totalitaires sur un ennemi vraisemblable qui contribue à les stimuler infiniment à travers une querelle endémique. Être continuellement sur le qui-vive, se battre contre l'ennemi et éventuellement mourir leur permet de ne pas disparaître subjectivement de ne pas être l'objet de la jouissance de l'état ou de la religion.

Le traumatisme consiste à se mettre sans cesse dans un état d'hyper vigilance en prenant de nombreux risques avec l'ennemi par crainte de sombrer dans la désubjectivation. L'État est devenu traumatisant parce qu'il a perdu son idéal nationaliste, la religion est devenue traumatisante parce qu'elle a perdu son dieu. C'est pour remplacer ce tiers indispensable qu'on va solliciter l'ennemi par la violence.

Au lieu d'être trois, la société, l'état et l'idéal nationaliste, ou bien la communauté, la religion et Dieu, il y a une chute dans la dualité lorsque le troisième terme est abandonné. Les dangers sont alors très importants de tomber dans la confusion des deux termes restants.

Habituellement, un élément tiers permet de maintenir les différences de façon durable. Lorsque ce tiers fait défaut et que la confusion des éléments restants devient possible, tout est alors fait pour restaurer les différences par des moyens de fortune. Le recours à un ennemi éventuel permet alors de transférer sur lui toute la rage de se distinguer de soi. Sans compter que l'ennemi peut percuter inopinément sans crier gare démontrant ainsi qu'il n'y a pas que la dualité. Cet ennemi qui peut venir de nulle part et de partout à la fois est la preuve que la dualité n'est pas toute seule. Chaque fois que les risques de sombrer dans l'unaire se font importants, il suffit de provoquer un tant soit peu l'ennemi pour que celui-ci se sente aimablement invité à manifester son inamicale présence.

Le trauma états-unien
La perte du tiers que nous avons observée pour les Israéliens et pour l'Intégrisme islamique s'est également manifesté récemment de façon massive pour les États-Unis. C'est bien entendu à partir du 11 septembre que le trauma a débuté. Tout le monde s'accorde là-dessus. Ce qui est beaucoup moins clair toutefois c'est par quel procédé le traumatisme s'est concrétisé? Quelles sont les forces qu'il a mises en jeu? Et surtout comment expliquer les comportements atypiques de l'État qui ont suivi le trauma? Tout le monde a convenu de dire que plus rien ne serait comme avant, mais il reste à expliquer comment et où se situait la rupture.

Au lendemain du 11 septembre un commentateur avait dit que les États-Unis avaient perdu leur virginité. En précisant que jusqu'à présent ils avaient bénéficié d'une protection géographique inespérée, pour ainsi dire, naturelle. Bob Dylan disait ironiquement: «God is on our side.» Cette naïve certitude que rien ne pourra les atteindre contrastait avec l'ampleur de l'attaque qu'ils ont subie et l'importance des dégâts et des pertes en vies humaines. C'est ce contraste qui a constitué le coup d'envoi du traumatisme beaucoup plus que l'atteinte elle-même. Si les États-Unis avaient eu le plus petit état de vigilance par rapport à cette attaque, si par un aspect ou par un autre ils se seraient attendus à ce qu'elle les atteigne, le trauma aurait été, pour cette même attaque et avec les mêmes dégâts, d'une bien moindre ampleur.

Ils étaient d'autant moins préparés à l'événement que la protection dont ils avaient bénéficié jusqu'à présent n'était pas le résultat d'un effort concerté face à un danger identifié. La protection était naturelle puisque provenant essentiellement de l'éloignement géographique. L'isolation le fait d'être presque une île au milieu de l'Océan, était une composante essentielle de l'identité états-unienne; composante qu'ils ont du reste héritée de leur précédente métropole tutélaire l'Angleterre.

Le fait d'être loin de tout isole et protège en même temps. La virginité que les États-Unis ont perdu, c'est cet état naturel de protection par la géographie. La mondialisation aidant, les océans se sont rétrécis, les frontières se dissolvent, les tunnels se creusent, la promiscuité augmente. La protection que l'Océan offrait au monde anglo-saxon n'est plus. Non pas théoriquement comme une vague inquiétude, mais très concrètement comme les attentats du 11 septembre.

Les États-Unis ont été touchés, mais l'Angleterre pourrait, elle aussi, se sentir visée. Blair ne s'y est pas trompé qui a embarqué dans la réaction démesurée des Américains. Il sait combien une géographie changeante pet atteindre un peuple profondément. L'Angleterre n'est plus une île depuis le tunnel sous la manche. L'Espagne, les Pays-Bas, le Danemark ne se sentent plus protégés par leur façade océanique. Leurs dirigeants et quelquefois leur peuples se sont sentis aussi visés dans les attentats. Pour les mêmes raisons, même s’ils se situent loin de l’Europe, le Japon et l’Australie se sont sentis visés. Tous ces pays ont embarqué dans l'aventure irakienne aux côtés de Bush parce qu'ils ont tous conclu que l'Océan ne protège plus comme autrefois et qu'il fallait se solidariser avec les États-Unis.

Démocratie bureaucratique
Les océans rétrécis sous l'effet de la mondialisation peuvent expliquer la solidarité de certains pays ou plutôt de leur dirigeants avec les États-Unis. Il leur est cependant plus difficile d'expliquer la réaction des États-Unis elles-même. Cette réaction fut complexe et atypique. Elle doit mobiliser un plus grand ensemble conceptuel pour être comprise.

Ayant perdu leur virginité cette protection qui semblait leur être due, les Américains ont eu le sentiment que, pour le moins, Dieu ne semblait plus se tenir à leurs côtés. En tous cas pas pour le moment. Ce Dieu qui les protégeait et qui les guidait en direction d'un certain destin, ce dieu tout à coup ne leur montrait plus le chemin. Au contraire, il leur a envoyé des signes particulièrement difficiles à interpréter notamment le fameux: «Why do they hate us so much?»

En suivant la mécanique du traumatisme on peut en déduire que la perte de la pertinence de Dieu entraîne l'État et la société états-unienne dans un rapport duel dans lequel la formidable démocratie américaine devient subrepticement une énorme bureaucratie. L'État qui jusqu'alors était relativement inconscient de certains risques, puisqu'il comptait sur sa bonne étoile pour l'en protéger, se sent tout à coup coupable d'avoir failli à ses obligations. Ce dont on ne manque pas de l’accuser abondamment du reste. Il doit faire preuve d'une vigilance irréprochable pour camoufler ce sentiment de culpabilité et tenter d'oublier que la tâche qui lui est demandée est virtuellement impossible.

Ce sentiment d'être abandonné de Dieu et de tous face au danger l'amène à une minutie défensive qui rappelle le célèbre proverbe chinois: «Quand le doigt montre la lune, l'imbécile regarde le doigt.» La minutie face aux détails du danger fait oublier la source du danger elle-même.

Ou pour reprendre la célèbre histoire de Poe «La lettre volée», on peut dire que l'État américain se comporte dans sa crainte du terrorisme comme les policiers à la recherche de la lettre volée. Leur minutie procédurière les rend aveugles à l'évidence. Le détective Dupin qui, lui, comprend l'ensemble de la situation peut voir et trouver ce que la loupe de la minutie a fait manquer aux policiers.

Les États-Unis se retrouvent ainsi dans une véritable tragédie, telle que la définit Aristote. Le héros tragique obtient exactement l'inverse du résultat escompté. Les États-Unis partis en guerre en Irak pour éradiquer les dangers de l'Intégrisme lui ont offert un nouveau et immense territoire pour exercer ses talents. Tant et si bien que D. Rumsfeld, l'architecte de ce désastre, ira en Irak pour rassurer ses troupes en disant: «Nous ne nous enfuirons pas.» Il est réellement difficile pour le contingent de se sentir rassuré par de tels propos.

Le traumatisme du 11 septembre a eu un effet désastreux sur la façon de gérer le danger. Il a eu également un effet non négligeable sur les rapports de l'État avec la société civile. Celle-ci est devenue tout aussi inquiétante pour l'État que le monde extérieur. Avant le trauma, il pouvait flotter comme une incertitude concernant le danger. S'il fallait assurément se protéger, on pouvait quand même laisser certaines choses entre les mains de Dieu ou de la Providence. Le traumatisme impose qu'à ce niveau il y ait des certitudes. Il faut être absolument sûr de l'absence de danger. On ne peut donc absolument pas se fier à qui que ce soit. Toute dépendance si ténue soit-elle engendre une incertitude inacceptable.

Dangereuse certitude
La nécessité de demeurer dans la certitude bloque déjà la possibilité de compter sur autrui. Ceci implique un isolement dramatique par rapport à Dieu, à la Providence, ou plus simplement par rapport aux pays voisins ou amis. Par rapport à la société civile il faut se méfier pareillement. En premier lieu éviter les incertitudes. Les personnes qui par leur teint, leur origine ethnique ou leur classe d'âge pourraient ressembler à un danger, doivent être sévèrement contrôlés. Les personnes qui par leur récriminations se plaindraient de ne pas avoir été suffisamment protégées sont en revanche particulièrement appréciées parce qu'elles augmentent le niveau de vigilance. Enfin beaucoup plus dangereux qu'un Arabe Musulman Intégriste de 25 ans ayant séjourné plusieurs mois en Afghanistan, sera le blanc démocrate qui aura tendance à relativiser l'importance du danger en soutenant qu'il est temps de s'occuper d'autre chose. L'Intégriste attaque et on peut toujours se défendre contre l'attaque; le Démocrate par contre va distraire l'attention du danger, il va abaisser le niveau de vigilance, danger contre lequel on ne peut absolument pas se défendre.

Ici la société civile disparaît en tant que telle. Elle est entièrement prise par les préoccupations défensives de l'État. Toutes les questions qui la concernent spécifiquement s'estompent devant l'imminence du danger qui polarise l'appareil d'État. Pour avoir le droit de parler d'autre chose, pour avoir droit de cité, il faut commencer par reconnaître que oui il y a danger, que oui il est imminent et que c'est, bien-sûr, ça qui compte avant tout.

Phagocytée par l'État, pour survivre à la mêmeté qui l'étouffe, pour contrer l'uniformisation et créer de la différence, la Société civile va cautionner toutes les aventures belliqueuses de l'État. Se différencier de l'ennemi pour éviter de périr englouti dans le garde-à-vous identitaire.

Oui l'Amérique est traumatisée comme les Juifs peuvent l'être à travers Israël, comme les Musulmans peuvent l'être à travers l'Intégrisme. Les trois monothéismes sont atteints de la même façon. Ils sont coincés dans une structure institutionnelle qui aurait pu être saine et structurante si ce n'était qu'elle a perdu une extériorité qui lui conférait un caractère léger et aérien. Une structure institutionnelle sans extériorité perd sa légèreté et s'écrase sur ses membres sans appel. Ce mécanisme a besoin d'être compris sous ses aspects les plus divers.

Car il est un fait somme toute inquiétant, c'est qu'il est contagieux et a tendance à s'étendre régulièrement au point de recouvrir une bonne partie de la géographie terrestre. On a même l'impression qu'il s'agit là de la nouvelle structure politique la plus courante, voire la plus naturelle, qui vient progressivement se substituer au déclin du nationalisme.

La route continentale des Indes
Cette formule de gouvernement qu'on pourrait appeler post-nationaliste a un espace de déploiement symptomatique différent de celui du nationalisme. Ce dernier avait une prédilection particulière pour la suture afro-asiatique qu'il venait irriter en toute occasion. Le post-nationalisme affectionne pour des raisons historiques évoquées plus haut le Route des Indes. Il a entrepris systématiquement de l'irriter par tous les moyens possibles.

La Syrie, l'Irak, l'Iran l'Afghanistan, le Pakistan, l'Inde, l'Indonésie, les Philippines sont systématiquement perturbés par la problématique post-nationaliste. Il y a comme un vieux contentieux qui date sans doute du temps ou cette zone était source de richesse économique pour celui qui la contrôlait. Aujourd'hui cette zone contient assurément des richesses non négligeables surtout au niveau pétrolier, mais elle dispose surtout d'une denrée de plus en plus rare: de l'intimité familiale et communautaire.

La route continentale des Indes, pour la distinguer de la route des Indes océanique, a toujours été entre les mains des Musulmans depuis qu'elle fut conquise par les premiers califes à l'aube de l'Islam. Elle a toujours été dominée par les Empires pour lesquels la famille et la tribu sont une composante essentielle de la vie collective. Ils les ont donc toujours respectées, et n’en ont jamais violé l'intimité. Jusqu'à nos jours et malgré la chute du dernier empire oriental qui a dominé cette région, il y a un siècle, l'esprit communautaire continue de prédominer sans conteste.

Ce fait pourrait en soi être anodin et ne pas mériter qu'on s'y attarde aussi longtemps sinon pour dire que cette propension à l'esprit communautaire peut faire obstacle à l'émergence de l'État. Pourtant il faut garder à l'esprit que la solidarité communautaire au temps de l'Empire Musulman permettait une homogénéisation du continent qui avait une efficacité économique non négligeable puisqu'elle permettait la fluidité des échanges sur la route continentale des Indes. Elle est la trace, ou le reste de la trace des Empires qui savaient la mettre à profit. Depuis que l'Occident prédomine et surtout depuis la chute de l'Empire Ottoman, ces zones sont tombées quelque peu dans l'oubli. L'intimité familiale et communautaire se transformant en cocon opaque protégé du regard occidental.

La convoitise périphérique
Pourtant la mobilisation pour ou contre la guerre en Irak a servi de révélateur à un phénomène insoupçonné et inattendu qui démontre que ces zones oubliées de l'histoire sont l'objet d'une convoitise non négligeables. On pourrait appeler ce phénomène la convoitise périphérique.

Le phénomène apparaît dès lors qu'on observe la liste des pays qui ont appuyé l'agression de l'Irak. On retrouve dans cette liste d'abord les pays des peuples de l'Océan: la Grande Bretagne, l'Espagne, le Danemark, les Pays Bas et bien sûr les États Unis dont la destinée océanique est plus récente. On y retrouve ensuite les pays de la périphérie de l'Europe qui caressent le projet d'y entrer ou qui, tout en y étant, sont marginalisés par le couple Franco-Allemand. Il y a enfin le Japon et l'Australie qui sont géographiquement périphériques et semblent manquer d'un rapprochement d'avec le continent.

Ces pays, ou les dirigeants de ces pays seulement, ont embarqué dans l'attaque de l'Irak qui faisait suite à celle de l'Afghanistan pour des raisons qui paraîtraient obscures- En quoi la Pologne ou la République Tchèque pourraient en vouloir à l'Irak?- sauf à comparer la liste de ces pays à ceux qui ont refusé d'accréditer l'aventure. Ces derniers sont tous des pays dont la destinée a toujours été continentale. La scission entre les deux listes s'est opérée entre l'Océan et le Continent, ou plus précisément entre la périphérie et le centre continental. Comme si le centre continental suscitait la jalousie ou l'envie des pays périphériques et qu'il était attaqué pour cette raison. Un peu comme si tout le monde était convaincu, à tord ou à raison, qu'au cœur du continent il se passe quelque chose de majeur qu'il faut aller chercher. Il ne s'agit pas seulement du continent asiatique. L'Europe aussi est objet de convoitise en son centre par les pays qui souhaitent s'intégrer à l'Union Européenne. L'appui de ces pays à une hostilité avérée à l'égard de l'Irak en dit long sur leur propre sentiment d'hostilité à l'égard du centre européen. Le centre du continent asiatique aussi bien que celui de l'Europe sont l'objet d'une hostilité soutenue de la part de ceux qui pensent ne pas y avoir accès.

L’invariance géographique
On dirait que ces centres continentaux polarisent les passions comme autrefois, du temps des nationalismes, la suture afro-asiatique pouvait le faire. Il est difficile d'imaginer pourquoi ces centres continentaux suscitent une telle passion. Mais on ne peut que constater la récurrence du phénomène.

Lorsque l'Europe a délégué à d'innombrables reprises des forces militaires pour mettre la main sur l'Égypte et la Palestine, on aurait pu croire à des raisons religieuses. Les croisades puis l'État d"Israël ont une coloration religieuse évidente. Pourtant le phénomène a été tellement répétitif qu'on peut aisément soupçonner des mécanismes géographiques qui viendraient sous-tendre le phénomène religieux.

De la même façon que l'inflammation de la route continentale des Indes que nous avons compris comme un assaut du centre par les pays périphériques peut avoir des raisons aussi bien religieuses que géographiques

Il est vrai que d'un point de vue religieux, dans tous ces cas c'est l'Islam qui est assiégé dans sa jouissance intimiste par l'Occident. Pourtant le modèle de cette querelle multiséculaire se trouve chez Alexandre le Grand qui bien avant que l'Islam n'existe, a voulu conquérir Tyr et l'Égypte puis a ouvert la route des Indes.

Sans vouloir trop approfondir ces mystérieuses répétitions, on peut au moins dire qu'au-delà des vicissitudes de l'Histoire des zones géographiques de la planète conservent des caractéristiques qui restent invariables en dépit des changements apparents.

Conclusion
Pour conclure sur cette question, on peut dire que la problématique enflammée du nationalisme européen s'est aujourd'hui apaisée après tant de conflits si virulents. Elle s'est transformée en un débat pour la construction de l'Europe, débat qui ne semble pas traîner trop de passions dans son sillage.

Israël qui s'enflammait dans le cadre de la problématique nationaliste européenne s'est intégré à une autre problématique de dimension plus planétaire: celle qui oppose les peuples de l'Océan à la route continentale des Indes. Cette fois cependant les Peuples de l’Océan n'ont plus du tout envie de contourner le continent asiatique. Ils sont au contraire bien décidés à y prendre pied manu militari en y bousculant l'ordre tribal multimillénaire.

Dans cette longue querelle qui redouble d'intensité, il n'est plus question de nationalisme, mais de néolibéralisme. La différence entre les deux tendances est traditionnellement associée à la question économique. Le néolibéralisme ayant tendance à promouvoir les lois du marché au détriment de celle de l'État. Il est pourtant une autre différence qui, pour être moins apparente n'est est pas moins importante, c'est le fait que le nationalisme apanage traditionnel de l'Europe mettait en valeur l'image de soi comme protection majeure contre les avanies aussi bien extérieures qu'intérieures. L'unité aussi bien que la cohésion et l'homogénéité de la nation sont des facteurs importants de protection que l'Europe a dû se donner dès la Renaissance pour protéger sa croissance nationaliste.

Les peuples de l'Océan en revanche n'ont pas eu besoin de créer cet artifice protecteur. L'isolement géographique et le fait qu'ils orientaient leurs préoccupations vers un ailleurs lointain les a mis à l'abri des vicissitudes d'une trop grande proximité. Ils on bénéficié d'une protection naturelle dont ils n'ont pas vraiment eu à se soucier.

Lorsque le monde s'est tout à coup rétréci pour de multiples raisons cette protection naturelle est devenue de plus en plus fragile et à la première agression, celle du 11 septembre en particulier, toute la naïve quiétude s'est transformée en traumatisme.

Les États Unis ont été traumatisées mais, par contagion, l'ensemble des pays périphériques se sont identifiés aux États-Unis et se considèrent eux-mêmes comme traumatisés. Et comme tous les traumatisés ils sont partis en quête d'un danger en participant à la guerre en Irak.

L'ère des nationalismes est révolue. Désormais c'est le post-nationalisme qui va prévaloir. Les pays post-nationalistes sont des pays traumatisés qui déploient des boucliers matériels parce qu'ils n'ont aucune confiance en des protections verbales. Les intégristes voilent leurs femmes, les Israéliens construisent un mur, les États-Unis se protègent électroniquement. Ces gens sont terrorisés, ils attribuent à l'autre, à l'ennemi, des pouvoirs destructeurs démesurés. Tous ceux qui les entourent même leurs plus proches amis sont susceptibles de détenir des armes de destruction massives. Même une pierre lancée par un enfant sur un char d'assaut est une arme de destruction massive à laquelle il faut réagir par un obus.

Curieusement les pays d'Europe même les plus nationalistes commencent lentement à se laisser entraîner dans un post-nationalisme de bouclier. Les hommes politiques qu'on appelle aujourd'hui populistes se multiplient partout en Europe et s'approchent quelquefois dangereusement du pouvoir. Les gouvernements même non populistes sont souvent obligés d'appliquer les mesures sévères qu'ils préconisent concernant l'immigration. Et l'on voit apparaître des boucliers inattendus comme la Ligue du Nord en Italie ou la loi sur le port du voile en France.

Bref, il semble que la tendance au post-nationalisme de bouclier est en train de s'étendre partout sur la planète, même dans les zones à forte tradition nationaliste. Il semble donc qu'aussi longtemps qu'on n'aura pas inventé des formules de coexistence adéquates on va devoir s'accommoder d'une levée universelle de boucliers derrière lesquels vont se réfugier tous les peuples traumatises et terrorisés. Même les plus fanfarons d'entre eux.

Alors que durant la deuxième moitié du XX siècle, la tâche de l'heure était de résoudre le problème Israélien dans le cadre d'un nationalisme en pleine extension. Aujourd’hui, et depuis la dernière décennie du XX siècle, il s'agit plus de résoudre l'énigme du colonialisme et de son rapport oppositionnel avec l'Islam et ce dans le contexte d'un post nationalisme défensif.

Contrainte et liberté
Le plus frappant est que l'axe sur lequel le post-nationalisme est le plus effervescent est constitué par les trois religions monothéistes. L'intégrisme, Israël et les États Unis. C'est peut-être tout simplement la preuve qu'il s'agit d'une problématique politique qui se reflète de façon comparable sur les trois religions. Le fait qu'il y ait un intégrisme religieux dans le monde musulman et un intégrisme étatique en Israël et aux États-Unis n'est pas à lire dans le sens d'une opposition entre ces religions. Les religions sont ce qu'elles sont; elles n'ont pas en elles-mêmes des raisons de s'opposer entre elles. Il en est de même des nationalismes européens qui sombrent lentement dans un intégrisme laïc. La laïcité n'y est pour rien.

Tous ces pays ne souffrent pas d'une difficulté propre à leur système religieux ou politique, elles souffrent d'une difficultés beaucoup plus universelle, qui pourrait atteindre n'importe quel système religieux ou politique: la perte de toute référence extra-institutionnelle. Chacun de ces pays ou de ces communautés a adopté un système institutionnel particulier: la religion musulmane, l'État laïc d'Israël, la Démocratie américaine, la laïcité française. Ces institutions sont codifiées dans des lois écrites et ont ainsi un caractère littéral. Habituellement cette littéralité est pondérée par un certain esprit des lois qui est forcément extérieur à cette littéralité. Autrement il ne pourrait contraindre la littéralité dans un sens ou dans l'autre. L'esprit de la loi est toujours extérieur à la lettre de la loi. Ainsi pour une religion l'esprit de la loi sera soit la divinité elle-même, soit le fondateur de cette religion. De la même façon pour un état. les fondateurs de l'État ont une grande importance: il faut conserver la souvenir de leurs faits et gestes pour éventuellement pouvoir s'y référer en cas d'incertitude au niveau de la littéralité.

Curieusement, et en dépit de l'extrême importance de ces personnages fondateurs ou divins qui représentent l'esprit des lois, ceux-ci sont marqués de façon essentielle par l'incertitude. Un Dieu est marqué par l'incertitude de son existence, un chef d'État ou une idéologie sont marqués par l’incertitude de leur pouvoir. Ils n'ont d'existence ou de pouvoir que par la foi ou l'adhésion qu'ils suscitent. Et l'incertitude n'est pas un prédicat extérieur à leur statut dont ils pourraient éventuellement se dispenser. Au contraire, l'incertitude est essentielle au maintien de leur statut d'extériorité par rapport à la lettre de la loi. Pour peu que cette incertitude soit réduite dans un sens ou dans l'autre, et la position d'extériorité est illico battue en brèche.

Un dieu ou un chef d'état qui s'est discrédité ne peut remplir son rôle autant qu'un dieu ou un chef d'état qui a acquis tant de pouvoir qu'il ne laisse plus aux gens l'opportunité de le choisir. Dans les deux cas, la certitude du discrédit ou la certitude du pouvoir, il ne peut plus jouer le rôle d'une référence extra-institutionnelle. Même que dans le deuxième cas, il finit par intégrer le système dont il était supposé contre-balancer le pouvoir bureaucratique.

L’exemple des États-Unis est à cet égard éclairant. Tant que la notion des sécurité était laissée dans un flou incertain, elle pouvait représenter une alternative au pouvoir bureaucratique. En revanche dès qu’il a fallu garantir avec certitude la sécurité, celle-ci perdit son efficace, devint un impératif bureaucratique au même titre que les autres et fit sombrer les USA dans le trauma.

Naissance des premiers États civilisation?
Il semble opportun ici d’oser une hypothèse freudienne. À savoir que tout les processus qui ont été décrits ci-dessus s’orientent vers la constitution de plus grands ensembles et seraient donc le fruit du travail d’Éros. Chaque ensemble définit sa subjectivité commune du fait de son traumatisme spécifique. On verrait ainsi se dessiner

L’ensemble des pays de l’Océan
L’ensemble des pays intégristes islamiques avec deux variantes
Chiites
Sunnites
Les pays de l’Europe continentale
Ces trois ensembles semblent vouloir cristalliser et acquérir de plus en plus de cohésion et c’est le fait que chacun, ils aient été traumatisés en commun qui leur confèrera cette cohésion. On pourrait à l’instar de l’État nation les nommer États civilisation.

Karim Jbeili

Juifs de tous les pays...!



Juifs de tous les pays...!

Lettre ouverte aux Juifs

Je prends la plume avec une certaine appréhension car j'ai des choses graves à vous dire, des choses qui méritent toute votre attention, des choses que vous n'avez pas souvent l'occasion d'entendre. Je vais prendre le temps de tout dire, lentement et clairement. Il est possible cependant que, sans le vouloir, je passe rapidement sur certains passages. Il faudra alors me le signaler et je m'engage à apporter toutes les clarifications requises.

Je m'adresse à vous, Juifs de tous les pays, car il m'importe que des Juifs, il y en ait partout, en Afrique, en Chine ou en Alaska. Vous vous reconnaissez tous d'une même religion ou d'une même origine religieuse puisque certains d'entre vous sont laïcs, athées ou agnostiques. Il existe entre vous une certaine solidarité et il m'importe que cette solidarité demeure et se renforce. Je trouve cette solidarité saine, vivifiante et surtout humaine. Ça fait partie de notre patrimoine humain que de tisser de telles solidarités sur le plan local ou international. D'ailleurs, à l'ère d'Internet ces tissages fraternels sont grandement facilités par la Toile universelle.

La responsabilité nationaliste

Juifs de tous les pays, certains, une grande partie d'entre vous ont subi cette effroyable horreur que fut l'Holocauste. Il est toujours un peu difficile de comprendre de quelle fièvre s'est embrasée l'Europe, mais un regard suffisamment naïf sur les événements permet de diagnostiquer cette frénésie convulsive; Elle s'appelle la rage nationaliste.

Hélas, depuis lors, le nationalisme a pris une telle ampleur qu'un aveuglement généralisé a recouvert ce moment si dur de notre histoire. Depuis plus de 60 ans, on accuse le Nazisme des pires maux en oblitérant le fait que le Nazisme est, avant tout, un nationalisme. S'il est plus coupable ou plus odieux que d'autres nationalismes, il n'en demeure pas moins qu'ils le sont tous, à des degrés divers, et pour les mêmes raisons.

Les Nazis ont trucidé les Juifs, les Tziganes et les Communistes. Qu'ont en commun ces trois groupes de gens sinon de faire fi des frontières nationales, souci premier des nationalistes? Les Juifs, depuis la nuit des temps antiques, ont tissé les voies des échanges commerciaux et culturels de l'Europe. Grâce à eux, une lettre de change émise à Paris pouvait être encaissée à Bagdad. Ils furent l'Internet du Moyen-Âge et d'une partie des temps modernes. Ils n'avaient aucun souci des frontières, comme les Communistes d'ailleurs, qui rêvaient d'internationalisme ou les Tziganes qui les franchissaient sans cesse. N'oublions pas qu'ils ont aussi envoyé à la mort les fous et les homosexuels qui, eux, se souciaient peu respectivement des frontières de la raison ou des frontières entre les sexes.

Le nationalisme est ce moment particulier de l'histoire d'un peuple par lequel il décide de rejeter l'hétérogénéité qui le constitue en évacuant une partie non négligeable de lui-même. Le plus souvent sans hésiter à recourir au génocide. Une fois l'expulsion ou le génocide accompli, une fois qu'ils se sont assurés d'une homogénéité suffisante au sein de leurs frontières, les Nationalistes se lancent habituellement dans une guerre de conquête au nom d'une universalité qu'ils s'inventent sur le moment et qui n'est le plus souvent que le reflet de cette homogénéité intérieure idéale qu'ils ont obtenue au fil de l'épée.

La Reconquista

L'exemple le plus clair du phénomène nationaliste et, d'ailleurs, le premier du genre fut celui de la Reconquista espagnole. L'année même qui vit s'achever la reconquête de l'Espagne et la chute de Grenade aux mains des Catholiques, fut aussi l'année de la découverte de l'Amérique lorsque les Caravelles de Christophe Colomb furent armées par ces mêmes Catholiques.

Par la même occasion les Juifs et les Musulmans furent expulsés hors d'Espagne. Une communauté juive importante prit alors racine à Constantinople devenue Istambul une quarantaine d'années auparavant. Cette communauté demeurera prospère jusqu'à la chute de l'Empire Ottoman au lendemain de la guerre de 1914 et a continué, pendant plusieurs siècles, à s'exprimer… en espagnol.

Les violences collectives

Dans la violence qui vous a été adressée au long des siècles, il faut essayer de voir clair. Je ne suis pas un grand connaisseur de l'histoire de ces violences mais je peux au moins dire que logiquement ces violences peuvent être classées en trois catégories :

La première est celle qu'on peut qualifier de violence intercommunautaire. On peut dire grosso modo que lorsque plusieurs communautés coexistent, il apparaît toujours entre elles un rapport de force, qui est souvent une lutte pour le prestige. Cette lutte s'exprime entre autres, à travers des pogroms ou des razzias durant lesquels des individus sont tués mais la vie de la communauté violentée est en général sauvegardée puisque le but de ces attaques est, le plus souvent, d'humilier l'autre afin d'en tirer du prestige. La survie de l'autre en tant que groupe est donc nécessaire. Sa reconnaissance de sa défaite est indispensable au prestige recherché.

La deuxième catégorie pourrait s'appeler violence nationaliste. Elle consiste pour une communauté à vouloir physiquement éliminer la totalité d'une communauté avec laquelle elle coexiste sur un même territoire. Ce moment très particulier dans l'histoire d'un peuple a pour but de refouler les éléments apparents de l'identité religieuse ou ethnique pour promouvoir une image chiffrée, statistique de la collectivité dans laquelle on ne risquera plus d'additionner des pommes et des oranges. L'autre communauté est passée par les armes parce que sa présence même rend apparent, non pas la multiplicité des communautés comme on pourrait le croire, mais le fait communautaire en lui-même. Une fois qu'elle a éliminé l'autre communauté, la communauté restante peut vivre en croyant que le fait communautaire n'existe plus. Tous les signes qui l'entourent, même les religieux d'entre eux, lui sont familiers et, perdent, du fait même, leur caractère de marquage communautaire. Et si, au hasard de l'évolution de la conscience historique, certains signes, jusque là anodins, reprennent leur caractère religieux, rien n'empêche de se débarrasser spécifiquement de ces signes là pour retrouver une conscience sans tache. On pourrait comparer ce phénomène au fait qu'on a beaucoup de difficulté à tolérer les odeurs intimes du prochain, alors qu'on sent à peine nos «propres» odeurs. Pour le nationalisme c'est essentiellement une question d'image. Il s'agit, pour la communauté génocidaire, de se donner une image de soi de laquelle sont absents les signes extérieurs de religiosité ou d'ethnicité. Le projet une fois réalisé, le nationalisme a besoin de pousser plus loin l’homogénéisation du monde..

Ce qui nous donne le troisième cas de figure où la violence est en jeu : la violence universaliste. Il s'agit du cas où il faut mettre fin à une dispersion ou à un morcellement géographique en se donnant une image de soi absolument unitaire. Le nationalisme adopte alors les mêmes options logiques que dans le cas précédent. Pour effacer de sa conscience son propre morcellement il faut qu'il l'élimine du monde extérieur. Il lui faut donc aussi bien effacer la diversité des autres, que la différence des autres en tant qu'autres. La solution est dès lors très simple quoique impérative : C'est la conquête de l’autre. Elle unifie la diversité et annule l'autre en tant qu'autre.

Telles sont les trois sortes de violence que vous avez dû subir successivement ou conjointement en tant que communauté juive, sur la planète mais surtout en Europe. Je vous laisse le soin de décider de laquelle des trois catégories relèvent chacune des exactions que vous avez subies. Il est évident que l'Holocauste fut un événement particulièrement traumatisant aussi bien pour vous que pour le reste de l'humanité qui y a vu une sorte de dépassement des limites de l'humain : Une volonté de détruire une population entière doublée d'une capacité effective de réaliser le projet. Quelque chose qui ressemble au fond à la bombe atomique de Hiroshima mais avec la ferme intention d'en faire usage jusqu'au bout. L'Holocauste représente ce moment où détruire totalement une population devient techniquement possible. Mais c'est aussi l'horreur d'un ensemble de gens qui soutiennent longuement et haineusement leur désir de mettre en acte cette possibilité contre leurs voisins d'hier.

D’avoir vu la mort d’aussi près, d’avoir vu la haine dans les yeux de tout un peuple est une expérience innommable qui laisse des traces profondes, quelquefois indélébiles. Il s’agit d’un traumatisme extrêmement important qui peut être traité de multiples façons. La manière dont il a été traité n’est pas forcément la seule, encore moins la meilleure loin de là. Le trauma nazi a inauguré la capacité effective de déplacer et d’exterminer des populations entières. Il est vrai que le génocide arménien avait déjà précédé la tendance, mais il avait un caractère artisanal qui est loin de valoir le caractère industriel des camps Nazi, des bombes de Nagasaki et Hiroshima ou des famines de l’Ukraine. Ce n’est pas du tout une caractéristique du Nazisme mais bien une particularité du nationalisme que de vouloir ainsi trier dans les ethnies et les religions.

Le grand enfermement

Ce mouvement est comparable à une autre échelle au traitement que vont subir les fous à partir du 18ième siècle et que décrit Foucault dans l’Histoire de la Folie à l’Âge Classique. De façon très soudaine à un moment donné, un ensemble d’individus atypiques, dont les fous, ont été écartés de la vie publique et enfermés. Les raisons qu’on a données de cet enfermement relevaient de l’hygiène sociale et pas du tout de la sollicitude à l’égard de ces parias. Ce n’est que longtemps après les avoir enfermés qu’on a pris la peine de les trier entre condamnés du droit commun, vagabonds et fous. Et c’est alors, et alors seulement que les fous ont commencé à recevoir un traitement clinique spécifique autre que d’être seulement enfermés.

Le concept sioniste de l’état d’Israël s’inscrit dans cette même logique prométhéenne de déplacement des populations. Sélectionner ainsi les Juifs du monde entier, les retirer de leur milieu naturel pour les envoyer en Israël relève d’une logique comparable, une logique qui consent à l’idée que leur présence dans leur pays d’origine est désormais anormale. Il y a là un parti pris ségrégationniste qui fait suite à toutes les ségrégations produites par le nationalisme dans le cours de son expansion.

Un fait à noter cependant, c’est que contrairement à la ségrégation qui a enfermé les fous l’expulsion de Juifs est loin d’être le produit des collectivités dont ils sont issus. Au contraire, elle est le résultat de l’esprit nationaliste encouragé pat les anciennes puissances nationales et par le mouvement sioniste lui-même. En d’autres termes, dams la plupart des cas les Juifs se sont expulsés eux-mêmes des collectivités dans lesquelles ils vivaient depuis plusieurs millénaires, sans autre motif que l’attrait d’une idéologie nationaliste qui leur faisait miroiter un prétendu contrôle de leur destin. Ils ont lâché la proie de leurs racines pour l’ombre du pouvoir et du contrôle.

Rien ne les obligeait à le faire. Ils auraient très bien pu rester. Mais l’horreur de l’holocauste a sans doute semé la panique dans leurs rangs. C’est sans doute à ce moment, dans le surgissement de ce mouvement de panique que tout s’est décidé. Pourquoi les Juifs ont-il quitté leur patrie respective pour se jeter dans l’aventure du contrôle et du pouvoir? Telle est vraiment la question, si on veut comprendre la suite des événements.

Il aurait pu ne pas être

Avant d’essayer de comprendre les causes du phénomène il importe de dire quelque chose, que de nos jours on a du mal à comprendre : à savoir que les Juifs auraient fort bien pu rester ou ils se trouvaient depuis toujours et que rien ne menaçait leur survie. Ils auraient pu, chacun dans son pays, encaisser le trauma de l’holocauste et en faire quelque chose de différent d’un pays à l’autre.

Une solidarité aurait pu ainsi naître entre les Juifs de tous les pays autour de ce traumatisme. Il est probable qu’alors le caractère nationaliste de l’Holocauste aurait été beaucoup plus évident. Que les Juifs par nature, si je puis dire, sont rétifs au nationalisme n’aurait plus fait de doute pour personne. Ils auraient alors pu soutenir et activer les tendances non nationalistes de zones importantes de notre planète, qui n’ont jamais eu ce penchant notamment les zones musulmanes.

Les Juifs auraient pu poursuive leur lutte multi-séculaire contre l’état de type romain, puis l’état nationaliste. Lutte qui n’avait pas seulement pour but de maintenir leur existence contre la volonté destructrice de l’état nationaliste, mais qui avait plutôt l’avantage de toujours mettre en valeur la dimension essentielle du communautaire face à un état qui y est aveugle.

Et enfin, poursuivre leur élan intellectuel remarquable dont les principaux artisans étaient des intellectuels Juifs soutenant un point de vue toujours original et enrichissant. Les Juifs auraient pu continuer de questionner une science occidentale qui se pâme dans la certitude de soi. Retrouver une situation historique capable de produire Marx, Freud et Einstein, ne sera plus à notre portée de sitôt.

Toutes ces perspectives se sont malheureusement écroulées en raison de la peur. Les Juifs pour des raisons qui méritent d’être clarifiées se sont tous rassemblés en Palestine après la guerre pour créer ce qu’ils pensaient être leur ultime refuge : « l’état d’Israël ». La peur peut certes inciter les gens à se rassembler et, pour ceux qui n’ont pas ressenti la peur, c’est sans doute l’attrait d’Israël, terre promise, qui a pu les inciter à laisser leur patrie.

L’instinct grégaire

On appelle instinct grégaire cette tendance qu’ont les humains et les animaux à se rassembler en cas de peur. Les moutons par exemple ont tendance à rejoindre le troupeau dès qu’ils ressentent la peur. Les bergers ont exploité cet instinct à leur profit. Lorsqu’un animal s’égare, il suffit de lui envoyer un chien qui aboie et le tour est joué, il retourne se réfugier au sein du troupeau.

Pour les humains, les choses semblent se passer de façon comparable. On pourrait penser en effet que le nationalisme en particulier exploite beaucoup la peur pour procéder à des purifications ethniques. Les voisins d'hier deviennent les ennemis d’aujourd’hui parce que la peur serinée par la propagande les amène à se tourner soudainement vers leur communauté et à voir désormais leur voisin comme un ennemi. On rencontre des situations comparables lorsqu’un état se trouve incapable de maintenir l’ordre public. L’inquiétude qui prévaut alors invite également les gens à se réfugier dans leur communauté respective.

La peur protectrice

Ceci étant dit, les choses ne sont malheureusement pas aussi simples. Chez l’humain, la peur n’est pas un fait épisodique et passager. Dès qu’elle en a la possibilité, la peur s’installe à demeure, elle modifie le paysage psychique et le détourne en sa faveur. Un effet, parmi les plus importants, de la peur, de la première peur, celle qui provoque le trauma, c’est qu’elle discrédite celui qui jusqu’à présent assurait la protection de la personne. Cet élément qui protège est aussi un élément essentiel de la structure psychique, c’est à dire que le psychisme spontanément a tendance à remplacer ce protecteur discrédité... par la peur elle-même.

Et il se met à croire à la peur comme d’autre croiraient en Dieu, c’est à dire en ayant des doutes sur l’existence de cette peur ou en l’existence d'un soudain et invraisemblable sentiment de sécurité. Cette croyance va tellement faire partie de son paysage mental qu’il va la convoquer aussi souvent que sa détresse la lui réclamera. La « croyance » en la peur va le « consoler » du désarroi dans lequel le plonge son traumatisme. La peur, ses pompes et ses œuvres, ses doutes et ses angoisses sera la couverture de sa détresse.

Chaque fois qu’il aura trouvé une parade ou une protection contre sa peur, il se sentira démuni devant le souvenir de son traumatisme. Il lui faudra alors se créer de nouvelles raisons d’avoir peur pour éviter de sombrer dans l’horreur du trauma.

Israël instrument du traumatisme

Pour en revenir aux Juifs, la peur ou plutôt l’horreur que leur a inspirée l’Holocauste les a certainement précipités pour la plupart vers un point d’accumulation qui se trouvait être le tout nouvel État d’Israël. C’est là cependant que le cycle infernal du traumatisme a assuré son emprise sur eux.

Israël est devenu un refuge pour eux, mais aussi le plus sûr moyen de vivre ensemble les effets du traumatisme, le plus sûr moyen de garantir qu’à chaque fois que l’horreur de l’Holocauste va les atteindre, ils auront le moyen de rendre crédible la peur. Le premier geste par lequel a transparu l’effet du traumatisme fut de créer un état Juif et nationaliste dans un milieu à prédominance musulmane et qui n’avait jamais connu le nationalisme. Cette forme étatique n’avait rien d’obligatoire. D’autres formes auraient été plus adaptées au milieu moyen-oriental. Ne serait-ce que la forme multi-communautaire avec prédominance d’une communauté qui venait d’être créée au Liban.

La forme choisie était celle qui garantissait le plus un état de guerre permanent pour plusieurs décennies. Les dirigeants sionistes en étaient tout à fait conscients. Ils savaient qu’une guerre de plusieurs décennies serait nécessaire pour se faire accepter par les Arabes. Il est vrai que le mouvement sioniste était nationaliste et ne pouvait pas imaginer faire les choses autrement.

L’amalgame

Le trauma a pu ainsi se « nourrir » d’un état d’hostilité avec l’environnement de façon quasi permanente. Les dirigeants sionistes ont convaincu les Juifs qu’il eut été normal que les Arabes les acceptent dans leurs régions et sur leurs terres et que leur réaction rétive était la preuve de leur hostilité et de leur antisémitisme. Ils ont pu ainsi cultiver l’amalgame entre l’antisémitisme européen de l’Holocauste et la réaction tout à fait normale et prévisible des Arabes.

Il était donc clair ici, et ce point est primordial, que les dirigeants sionistes ne cherchaient nullement à se faire « accepter » par les Arabes et encore moins à s’imposer à eux, ils cherchaient, consciemment ou non, à maintenir présente de façon permanente la situation traumatique originelle. Ils ont attisé par tous les moyens possibles l’hostilité des Arabes sachant fort bien que sans cette arrogance systématique les Arabes les eussent acceptés sans aucune difficulté comme ils avaient accepté massivement les Arméniens victimes du génocide en 1918.

Le trauma mis en scène

Revivre le trauma de façon fréquente et régulière est souvent une bonne façon de le comprendre et éventuellement de le dépasser. Encore faut-il que les circonstances s’y prêtent, que le traumatisé reconnaissance dans ses cauchemars par exemple une volonté inconsciente de sa part de revivre le traumatisme; que dans la violence que lui inspire encore le trauma il puisse faire la part de ce qui appartient au présent et mérite d’être conservé comme tel et ce qui appartient au passé et mérite au contraire d’être transformé, sublimé en quelque sorte.

Hélas, la reviviscence du trauma s’est vécu en Israël dans la réalité. Les Arabes étaient des Nazis antisémites indubitablement et ils méritaient par conséquent toute la violence et la haine possibles. À aucun moment il n’est apparu à personne que cette guerre endémique qui a chevauché des décennies pouvait être une mise en scène destinée à retravailler et transcender le traumatisme.

Le théâtre est pris pour la réalité

Habituellement, pourtant, on s’en aperçoit aisément. Les comportements des traumatisés sont souvent si excessifs qu’ils ne trompent personne sur leur nature psychologique. Le traumatisé lui-même, finit rapidement par concéder que sa haine de l’autre est symptomatique. Le cas des États-Unis en ce moment, par exemple, est suffisamment hors normes pour que le monde entier se rende compte qu’il s’agit d’un trauma. Une bonne partie des Etats-uniens eux-mêmes en ont pris conscience et militent pour l’abandon de la peur comme moteur principal de leur subjectivité.

En Israël pourtant, rien de tout ça. Aucun Israélien, aucun Juif de la diaspora, aucun Occidental, aucun Arabe, n’a saisi l’aspect théâtral de l’affaire. L’impasse totale est faite sur cette question. Tout le monde convient et doit convenir que le trauma est insurpassable et que si la querelle dure encore, près de 60 ans plus tard, c’est parce que les Palestiniens et les Arabes sont des... On peut remplacer les points de suspension par ce qu’on veut, c’est de toute façon leur faute et non pas les effets du trauma.

Ici on pourrait me renvoyer mes propres arguments en les utilisant contre moi. En disant que si j’estime que revivre le trauma est le chemin habituel pour en arriver à le résorber, comment expliquer le fait que 60 ans après, les effets du trauma se fassent encore sentir comme s’il était encore tout récent.

Ou bien la question du trauma n’a rien à voir avec le comportement des Israéliens qui ne font que se défendre, ou bien le trauma était tellement effroyable que même 60 ans n’ont aucunement suffi à le résorber. Je conviens que soutenir que le comportement arrogant d’Israël est un effet du trauma et sert, en quelque sorte, de thérapeutique à ce trauma peut paraître outrancier lorsque tant d’années plus tard la thérapie semble rester sans effet. Mais je soutiendrais en revanche qu’une difficulté supplémentaire est venue se greffer sur un problème déjà difficile et l’a rendu presque insoluble. Il s’agit de votre rapport à l’Occident (et par suite à l’Orient) qui vous a piégés dans une situation sans issue.

Le piège de la compensation

Il est admis de façon générale qu’Israël vous a été donné par les vainqueurs de la deuxième guerre mondiale en compensation de l’Holocauste. Cette version des faits est totalement fausse pour plusieurs raisons. D’abord parce que les seuls qui peuvent vous donner un bien sont ceux qui le possèdent. Après la guerre les vainqueurs, qui n’étaient nul autres que les états coloniaux du passé et néocoloniaux de l’avenir, en vous offrant une partie de la terre de Palestine, n’ont fait que voler aux Palestiniens le loisir de vous accueillir sur leurs terres. Ce faisant, non seulement ils vous ont donné un bien qui ne leur appartenait pas, vous transformant ainsi en receleurs, mais vous ont privés à jamais de pouvoir jouir en paix de cette terre.

L’idée que les Palestiniens puissent vous offrir l’hospitalité sur leurs terres peut paraître aujourd’hui, totalement invraisemblable. Pourtant, il faut le reconnaître, c’est ce qu’ils ont fait depuis déjà le XIX siècle, sans jamais rechigner. C’est seulement lorsqu’ils ont été obligés de le faire, lorsque vous, les Juifs, êtes devenus une carte dans le jeu politique de domination coloniale et néo-coloniale qu’ils ont commencé à résister en 1936.

Autochtones à la place des Autochtones

Vos dirigeants sionistes ont pensé qu’en s’alliant au colonisateur, par la loi du plus fort, ils auraient plus de chance d’avoir gain de cause. Ils ont fait là un très mauvais calcul. Ce qu’on leur a donné a été conquis par la force et vous devrez indéfiniment le conserver par la force. Il est vrai que leur mauvais calcul était déjà inscrit d’avance dans leur culture nationaliste. Ils ne cherchaient pas un refuge pour les Juifs, ils cherchaient à mettre fin au caractère nomade des Juifs, ils voulaient les plaquer sur une terre et une seule. Ils voulaient les transformer en autochtones à la place des autochtones mettant fin ainsi à une tradition riche et tumultueuse de trois millénaires.

Demander l’hospitalité des Palestiniens eut été reconnaître qu’il y avait là des autochtones et tout le rêve nationaliste d’une terre sans peuple pour un peuple sans terre s’effondrait. Il fallait donc nier non seulement que l’avis des Palestiniens importait mais il fallait nier jusqu’à leur existence. C’est une idée aussi absurde et imbécile qui vous a coûté des décennies de guerres incessantes. Sans cette utopie parfaitement inutile vous auriez aujourd’hui des communautés prospères dans tout le monde arabe et la terre entière aurait été votre refuge. Au lieu de cela vous vivez cachés derrière un mur, en étant constamment terrorisés.

En vous «donnant» la terre de Palestine les vainqueurs de 45 ainsi que vos dirigeants sionistes, vous ont piégés dans une souricière ou vous êtes haïs par le monde entier à quelques exceptions près. Les responsables de ce désastre, qu’ils soient occidentaux ou israéliens, continuent de prétendre que cette haine est due à l’antisémitisme. C’est leur seule ligne de défense pour cacher la catastrophe presque planétaire qu’ils ont provoqué.

L’Occident ne vous a rien donné que des ennuis et des malheurs. Il est temps que vous le reconnaissiez. Non pas comme on reconnaît une vérité en passant dans le cheminement d’une réflexion, mais parce qu’il s’agit d’une idée qui contribue de façon essentielle et insistante à votre malheur.

Le pacte du silence

Croire que l’Occident vous a dédommagé de votre malheur est non seulement une contrevérité mais, de plus, cette croyance vous dépossède de votre malheur. C’est tout simplement comme si on avait acheté votre silence, comme si on avait acquis le droit de vous interdire de questionner l’Holocauste. L’Occident est plein d’égards pour vous, jusqu’à l’outrance, parce qu’il a peur; il a peur qu’un jour les Juifs ne se réveillent pour essayer de comprendre ce qui leur est arrivé.

Jusqu’à présent on a convenu d’une solution facile : celle de dire que Hitler était l’incarnation de la monstruosité. Mais, est-il possible un jour d’en dire plus? Sera-t-il possible de dire que le mot «national» de Parti National-Socialiste se retrouve au fronton de tous les parlements occidentaux? Et comment expliquer cette hâte si étonnante de vous envoyer dans ce piège qu’est la Palestine? Était-ce vraiment si urgent que cela? Est-on vraiment sûr qu’il s’agisse là de sollicitude? Logiquement on est certainement plus menacés dans un même lieu que dispersés aux quatre coins du monde. Toutes ces questions paraissent flotter dans les airs sans personne pour les assumer. Elles auraient eu un tout autre poids si vous les aviez posées en étant demeurés en Europe.

Ce que vous ne saviez pas cependant, c’est que renoncer à poser ces questions est un acte quotidien. Que ces questions vont continuer indéfiniment à surgir et qu’il faudra, à chaque fois qu’elles surgissent, trouver une nouvelle raison de les réprimer en réclamant à nouveau une compensation à jamais insatisfaite. La terre qu’on vous a octroyée est trop étroite, il en faut encore plus, ou alors on veut vous la prendre et il faut décourager les prédateurs éventuels. Bref la lutte pour la sauvegarde ou la conquête de la terre devient le substitut du questionnement indéfiniment suspendu.

Ces questions que vous vous posez concernant l’Europe sont effacées systématiquement par l’idée que vous avez été «compensés» par le don d’une terre, que vous avez été payés pour ne plus vous poser ces questions. La seule chose qui vous permettrait de poser quand même ces questions serait que la compensation soit insatisfaisante ou qu’il y ait une quelconque faille dans ce faux contrat qui vous lie à eux.

L’Holocauste, impossible à questionner, toujours revécu au présent, demeure indépassable. Au lieu que progressivement son fardeau en soit allégé, au lieu qu’au fil du temps il devienne un événement commémoré, il reste aussi vif qu’au lendemain d’Auschwitz, voire même encore plus pesant de ce que des décennies de luttes incessantes ont ajouté de lassitude et de désespoir. Et, soyons clair, ce n’est pas l’horreur du génocide qui le rend indépassable, c’est le fait qu’on vous ait piégé dedans en prétendant le «rétribuer».

Vous êtes pris dans un cercle vicieux;

1. poser ces questions qui interrogent les nationalisme occidental.

2. Ne plus pouvoir se les poser puisque vous croyez avoir été rétribués pour vous taire.

3. Vous contestez certaines parties du pacte du silence, pour pouvoir parler à nouveau.

4. On vous rétribue à nouveau grassement pour vous faire taire.

Bref, l’Holocauste ne peut jamais être retravaillé, requestionné sur ses causes. Il est devenu au mieux un repoussoir de l’horreur, au pire, un instrument de chantage.

Là ou le cercle vicieux prend des proportions proprement dantesques, c’est lorsqu’il s’adresse aux Arabes ou aux Palestiniens. Les trois premières étapes sont alors identiques, sauf que les Arabes ne se sentant nullement concernés par l’Holocauste, prennent toutes ces nuances pour des gesticulations qui n’ont d’autre but que des les provoquer à une lutte de prestige à laquelle ils se sentent bien obligés de prendre part. Ils ripostent tant bien que mal avec le peu de succès que l’on sait, dans la mesure ou ils se sentent peu concernés dans ce qu’ils prennent pour de l’arrogance conquérante d’un tête de pont de l’Occident de toutes façons plus fort qu’eux.

Du côté des Juifs, par contre, et comme le comportement No 4 ne se réalise pas, comme l’ennemi ne les compense pas spontanément pour la contestation du contrat qu’ils ont entrepris, qu’à cela ne tienne, ils se compensent spontanément, et prélèvent leur « dû » sur la terre d’autrui. Le plus étrange toutefois est qu’au sommet de la phase trois, au moment où les Juifs se sont aménagés la possibilité de parler en contestant le contrat du silence, ils finissent quand même par tomber dans le silence de la phase 4. Même si les Arabes ne sont pas prêts à comprendre ce que l’Occident comprend et ne vont pas renouer avec eux un nouvel accord de silence, ils se taisent quand même en se payant une nouvelle tranche de terre arabe.

Plusieurs facteurs jouent contre cette prise de parole. D’abord la faiblesse des Arabes qui résistent si peu que la cession de leur terre en est presque un don. Ensuite, les victoires successives rendent le processus facile et répétitif, presque irrésistible. Enfin, au sommet de la phase 3, il faut bien que quelqu’un dise vraiment ce qu’il en est, qu’il leur signale la possibilité de parler en ce moment particulier. Entre l’à-plat-ventrisme occidental et l’incompréhension craintive des Arabes il en est peu qui oserait s’aventurer sur un terrain aussi glissant. Comme rien ne vient mettre à profit ce moment de grâce de la phase 3, la phase 4 peut alors se dérouler comme prévu.

C’est peut-être l’intérêt de cette lettre ouverte en elle-même, de pointer qu’à chaque tour du cercle vicieux, si quelqu’un est là pour en prendre note, vous seriez capables de vous soustraire un peu, de prendre une petite liberté dans votre dépendance à l’Occident. C’est peut-être l’intérêt de cette analyse en quatre étapes que de montrer les lieux ou les libertés peuvent être pises.

Les lieux de liberté

Dès la phase 1 par exemple, l’Holocauste pourrait ne plus être pris dans le misérabilisme de la récompense. Sorti de ce carcan, l’Holocauste pourrait être un bon moyen de questionner ceux qui rétribuent et les raisons pour lesquelles ils rétribuent.

Hors du misérabilisme, dans un contexte où, enfin, la dignité des Juifs serait respectée on pourrait au moins se donner la peine de constater que les Juifs avaient quelque chose à défendre et qu’ils ne sont pas seulement morts à cause de la folie arbitraire des Nazis. Ce n’est pas parce qu’ils sont fous ou méchants que les Nazis se sont attaqués aux Juifs. Les antisémites ne sont pas des névropathes dégénérés comme on présente les Néonazis aujourd’hui. Les Juifs sont les dépositaire d’un certain savoir qui me s’accorde en rien avec la Nazisme ni du reste, avec aucun nationalisme. C’est pour cette raison, et pour cette raison seulement qu’on s’attache à les faire disparaître.

Étrange retournement

Dans le même esprit des questions impertinentes factrices de liberté on pourrait se demander comment les Juifs qui s’opposent depuis plus de 2000 ans à l’État Romain et à son successeur l’État nationaliste, ont pu être totalement retournés par le nationalisme sioniste en l’espace de quelques années.

Qu’une communauté entière abandonne soudainement des traditions multi-millénaires sur lesquelles elle a fondé son existence est déjà surprenant en soi, mais que cette même communauté adopte des positions radicalement opposées à ses traditions en l’espace de quelques années relève presque du miracle.

Ce phénomène est probablement dû au trauma. Les Juifs ont réussi à maintenir leurs distances par rapport aux états nationalistes qui les incluaient. Ils ont réussi à maintenir leurs distances par rapport à leurs institutions communautaires. Face à ces deux pressions uniformisantes, ils ont su maintenir un certain cap. Probablement grâce à un dieu dont le caractère phallique est très apparent. Ce dieu protège, mais il peut aussi punir sévèrement par Philistins interposés. Il a autorisé qu’ils perdent quelques batailles, même quelques guerres. Il ne lui est cependant jamais arrivé d’abandonner son peuple aux mains d’un ennemi décidé à le détruire. S’il l’a fait c’est peut-être parce qu’il a renoncé à l’incertitude de son existence pour se décider du côté de la non-existence.

Abandonné de lui, les Juifs ne pouvaient plus résister, ni à l’esprit communautaire qui les a poussés à se regrouper après l’Holocauste, ni à la pression nationaliste qui a enfin pu les dévorer après s’être aiguisé les incisives tant de milliers d’années. Ce retournement de situation n’en est pas vraiment un. C ‘est plutôt l’accomplissement de quelque chose d’indéfiniment remis, une sorte de passage à l’acte, dû à la décisive non-existence de Yahvé.

Piégés dans le communautaire

L’identité communautaire de Juifs a été tenue en respect par ceux-ci pendant des millénaires. C’est ce qui leur a permis de conquérir des territoires sans cesse nouveaux. Ils avaient cette liberté de mouvement par rapport à l’esprit communautaire qui leur a ouvert le monde.

Avec l’Holocauste et la détermination de Yahvé du côté de la non-existence, l’esprit communautaire s’est imposé impérativement et a agi comme une impulsion au rassemblement. Tous les territoires que les juifs avaient laborieusement conquis pendant tant de siècles ont été abandonnés presque du jour au lendemain comme si un raz-de-marée ou une bombe à neutrons avant tout emporté sur son passage.

Certains Juifs résistent encore à l’appel du rassemblement : les Juifs de la diaspora. Ils maintiennent leur présence un peu partout dans le monde, sauf dans les pays ou la tension a été la plus dure. Mais cette présence presque héroïque se fait au prix d’un changement notable d’identité. Ils sont devenus des Nationaux en puissance de l’état d’Israël. Ils doivent justifier le comportement d’Israël, ou s’en désolidariser, payer leur contribution à l’état Israélien ou refuser de la payer.

Être Juif pour eux revient à être un pseudo-Israélien ou un pseudo-non-Israélien. Ils ont cependant conservé la faculté de rencontrer des non-Juifs sans que ça ne menace leur fidélité au Judaïsme.

Le retournement des Juifs en faveur du nationalisme après plusieurs millénaires de résistance acharnée mérite lui aussi une explication minutieuse. L’attribuer au mouvement sioniste ne fait que décaler le problème d’un cran. Parce qu’il faut alors expliquer la sympathie des Juifs pour ce mouvement alors que 50 ans durant ils l’ont considéré avec indifférence. On pourrait aussi dire que c’est l’effroi de l’Holocauste qui les a jetés dans les bras du sionisme. Mais là c’est une étape du raisonnement qui est sautée. Entre l’effroi de l’Holocauste et la frénésie nationaliste, il y a sûrement des étapes intermédiaires.

Abraham fiancée de Yahvé

J’ai évoqué toute à l’heure ce rapport particulier des Juifs avec Yahvé. C’est je crois un des points les plus importants sur lequel on gagne à s’attarder. Beaucoup depuis des millénaires ont trouvé inadéquat ce rapport, privilégié en quelque sorte, qui rendait les Juifs le « peuple élu » d’un dieu, unique de surcroît. Choix unique d’un dieu unique, ils se trouvent évacuer le reste de l’humanité dans les ténèbres. Cette dernière interprétation est extrêmement superficielle et ne résiste pas à l’analyse, mais il faut la citer parce qu’elle est très courante et se trouve être un des fondements le plus souvent évoqués de l’anti-sémitisme.

Le rapport des Juifs avec Yahvé est, rappelons-le, un rapport d’alliance. Alliance qui a été scellée entre le patriarche Abram, et Yahvé au puits de Beer Sheba. Il y a là un rapport contractuel passé entre Abram et Yahvé. En échange de sa fidélité, Abraham (désormais) reçoit la promesse d’avoir autant de progéniture que les étoiles du ciel et le sable de la mer. Lorsque par ailleurs ce contrat est scellé autour d’un puits, qui représente ici les organes génitaux féminins, il devient assez clair qu’il concerne un rapport de nature sexuelle. Il est vrai que malgré toutes les indications qui en sont données on a du mal à reconnaître derrière la barbe vénérable du patriarche....une fiancée. L’élection est ici la sélection d’une épouse. L’épouse est Abraham qui représente la communauté. Sa fidélité à l’époux divin lui assurera une reproduction sans limites de temps et de nombre.

Bris d’alliance

L’alliance est donc un mariage qui vise la reproduction et donc la survie de la communauté. Le contrat a toujours été rempli par Yahvé et justifiait donc d’être maintenu. Avec l’Holocauste les termes du contrat ont changé. On peut dire que d’une certaine façon Yahvé n’en a plus respecté les termes. Non seulement il a cessé d’assurer la reproduction des Juifs, mais il a également omis de les protéger lors de la Shoah. Il y a là manifestement un bris de contrat.

Ce contrat a protégé les Juifs contre toutes sortes de pressions qui auraient pu les broyer. Sans lui le Judaïsme n’aurait sans doute jamais existé. Le bris de ce contrat a dès lors des conséquences désastreuses, dans la mesure ou il laisse les Juifs sans contrat. En soi, le nationalisme dans lequel sont immédiatement tombés les Juifs n’est pas un nouveau contrat. C’est un contrat entre une « nation » et un état qui semble vouloir se substituer au contrat avec Yahvé. Mais ils n’ont aucune commune mesure l’un avec l’autre.

Israël peut-il remplacer Yahvé?

Yahvé est une entité abstraite qui a besoin de la collectivité des Juifs pour exister. Alors que l’état d’Israël est une entité relativement concrète qui, en principe, pourrait se dispenser du soutien des Juifs pour exister. Un état « normal » n’est pas menacé dans son existence si sa population ou le reste du monde cesse de se passionner pour celle-ci.

Pour que l’État d’Israël puisse ressembler en termes d’abstraction à Yahvé, il faut qu’il ait, comme lui, le même statut incertain et dépendant d’une certaine volonté collective. Il faut par conséquent que l’existence de l’état d’Israël soit continuellement menacée pour qu’il puisse postuler à susciter le même niveau de mobilisation que Yahvé. Advenant cependant que la menace ne soit plus d’actualité, que de façon prévisible aucun danger ne risque manifestement de prendre forme, l’état d’Israël change automatiquement de statut. Au lieu d’être un équivalent de Yahvé en période de danger, il devient une institution qui inspire soit la lassitude, soit la culpabilité.

La culpabilité laïque et la lassitude traumatique

La culpabilité est certainement la façon la plus économique d’aborder la pesanteur institutionnelle de l’État. Le fait de posséder quelque chose sans avoir de rival est contrebalancé par le sentiment de culpabilité. On retrouve ce sentiment de culpabilité surtout chez les Juifs de gauche qui, se sentant coupables de posséder quelque chose d’illicite, sont prêts à en sacrifier une partie pour avoir la conscience tranquille. Ils ont sur les autres un avantage : celui de disposer d’un idéal laïc qui n’a pas été trop ébranlé par l’Holocauste ou la perte de Jehovah. La culpabilité s’inscrit dans le cadre de cet idéal laïc de partage égalitaire.

En revanche, ceux qui éprouvent de la lassitude face à un Israël sécurisé vivent une situation autrement plus dramatique dans la mesure ou c’est leur énergie vitale qui est grandement atténuée. La lassitude est le siège de leur difficulté, ils sont piégés dedans. Elle ne peut que s’accroître s’ils ne prennent pas de mesures rapides pour y mettre fin.

La première mesure, la plus naturelle est l’insatisfaction. Si dans ce rapport plein avec un état pacifié on conserve une marge d’insatisfaction on court moins le risque d’être terrassé par la pesanteur institutionnelle. Un État dont il importe qu’on le soutienne de notre désir pose de sérieux problèmes si non seulement il n’a plus besoin de nous mais de surcroît prétend nous satisfaire.

Il ne s’agit pas bien sûr d’une insatisfaction qui porte sur les services offerts par l’État, mais de l’insatisfaction fondamentale qui porte sur les modalités d’existence de cet État. Face à un donateur hypothétique (l’Occident), on se présente comme manquant d’un petit supplément de respect ou de terre. On revendique ce petit plus avec d’autant plus de véhémence que la revendication a en elle-même des effets bienfaisants.

La revendication trouve cependant rapidement ses limites. Il y a longtemps que l’Occident n’est plus preneur dans ce genre de négociation. Il s’est lavé les mains du sang de ces justes puisqu’il s’est fait remplacer par les Arabes. De fait l’insatisfaction ne pouvant s’exprimer à l’égard de l’Occident, se manifeste par des provocations de toutes sortes à l’égard des Arabes. Humiliations, emprisonnements, meurtres, accaparement de terre et d’eau : tout est bon pour ranimer la guerre et le danger qui mette fin à la lassitude qu’engendre la paix.

Ceux qui sont familiers avec la Psychanalyse auront reconnus dans les premiers les névrosés obsessionnels qui se nourrissent de culpabilité et vivent dans un monde relativement cohérent même si le père y est mort. Dans le cas présent, celui de la laïcité ou Yahvé est mort non pas à cause de l’Holocauste, mais à cause d’un mouvement général de modernisation laïc.

Le cycle infernal des hystériques

Dans les seconds on peut aussi reconnaître l’insatisfaction des hystériques qui débouche rapidement, faute d’interlocuteurs, sur les provocations des traumatisés. Les Israéliens de droite et plus particulièrement Sharon sont les modèles de ce genre de comportement. Pour eux le processus est relativement complexe. Il commence par la disparition de Yahvé, personnage paternel, en raison de l’Holocauste ce qui les rend extrêmement vulnérables à toutes les formes institutionnelles englobantes, de type maternel.

Lorsque, en période de paix, ces formes maternelles deviennent prévalantes ils cherchent une marge de liberté aussi minime soit-elle. C’est ainsi qu’ils essaient de contester le « don » d’Israël que l’Occident leur a fait comme pour faire émerger un lieu de parole dans cet enfermement maternel. Peine perdue, la position angélique de l’Occident ne laisse aucune marge à un dialogue. Il leur donne satisfaction rapidement pour ne laisser aucune prise à des récriminations.

La contestation doit alors déboucher dans l’acte au lieu de se déployer dans la parole. Les provocations à l’encontre des Palestiniens et des Arabes se substituent à la négociation avec l’Occident. Ainsi de proche en proche un processus qui commence avec l’Holocauste et la mort de Yahvé débouche comme par nécessité sur une guerre endémique.

L’échec des laïcs

Aussi longtemps que le projet laïc était encore crédible, cet aspect était beaucoup moins évident. Mais à partir des accords d’Oslo et leur incapacité à apporter de véritables solutions psychologiques tant aux Palestiniens qu’aux Juifs, c’est progressivement le «projet» traumatique qui a pris le dessus sur le projet laïc.

Aujourd’hui les laïcs sont sous perfusion au Moyen-Orient. Il ne leur reste que le prestige du passé. Pour le reste, ils meurent de vieillesse ou bien subissent un dernier recyclage comme cible abhorrée des «traumatiques». Ils s’éteignent alors dans un dernier feu d’artifice. Sadate, Rabin, Saddam Hussein, Arafat, ont subi les derniers outrages pour avoir soutenu un nationalisme laïc que l’histoire n’a pas voulu retenir hors des frontières de l’Europe.

L’essor des nationalismes religieux

Le nationalisme religieux, en revanche, semble avoir un énorme potentiel d’extension. Je n’entrerai pas ici dans des considérations géostratégiques, mais il est certain que le nationalisme religieux qui est capable de constituer de grands ensembles religieux, est particulièrement favorisé par le mouvement actuel de mondialisation.

On voit actuellement se dessiner, ce qui était inimaginable il y a quelques années seulement, un bloc islamiste. En apparence ce bloc est en opposition avec l’intégrisme juif et chrétien, alors qu’en réalité les trois intégrismes se nourrissent mutuellement. Preuve en est que l’intégrisme islamiste n’a jamais été aussi puissant que depuis qu’il «bénéficie» de l’hostilité américaine. De la même façon que l’intégrisme juif n’a jamais été aussi sûr de ses arguments que depuis que le Hamas et le Djihad ont prospéré.

Les circonstances actuelles favorisent énormément les intégrismes parce qu’ils militent en faveur de la constitution de grands blocs religieux. De plus, actuellement, les trois intégrismes ont accumulé une potentiel de nuisance extrêmement élevé en termes d’armement ou en termes de potentiel haineux.

En leur défaveur cependant, il devient de plus en plus clair qu’ils ont atteint tous les trois un niveau de bestialité qui révulse jusqu’à leurs propres militants. On ne peut pas descendre impunément à de tels niveaux de déchéance. Ce qui est fabuleux chez l’être humain c’est qu’aux niveaux les plus bas de l’abjection il trouve toujours le moyen de lever la tête pour reconstruire un monde d’espoir. L’intégrisme a atteint un tel niveau de puissance que la seule force capable de le contrer ou de modérer ses ardeurs est la main nue de l’homme. En ces moments ou les horizons sont particulièrement sombres, le temps est peut-être venu de dire non à la bestialité. Le temps est peut-être venu de rendre à l’humanité ses droits.

D’un retour à l’humain

Ce sursaut d’humanité doit cependant être mené avec la plus grande vigilance pour avoir des chances d’atteindre son but. Il faut prendre garde à ce qu’il ne doit pas être avant d’élaborer ce qu’il sera.

1. Il ne sera pas un sursaut d’indignation. Car l’indignation est une arme à caractère politique qui malheureusement ne débouche pas toujours sur plus de clairvoyance.

2. Il ne sera pas non plus un sursaut religieux car on ne peut pas demander à des gens qui ont perdu le sens du divin de le retrouver dans un sursaut. L’intégrisme est une réaction à la disparition du sens du divin et non pas une croyance excessive au divin comme il voudrait nous le faire croire. C’est une réaction qui veut faire «comme si Dieu n’était pas mort». L’exagération dans l’application de la loi est une façon de camoufler la disparition de celui qui est supposé en défendre l’application. C’est en somme une dénégation qui dit «Non il n’est pas mort puisque la loi est quand même appliquée».

3. Il ne sera pas non plus un sursaut laïc. La laïcité a complètement épuisé ses ressources au Moyen-Orient. Il reste encore quelques états laïcs au Moyen-Orient qui ne doivent leur survie qu’à l’habitude. Les partis laïcs perdent progressivement leur électorat et ne réussissent guère à stimuler que quelques bons sentiments. Il est clair que la laïcité est loin d’avoir transcendé les frontières religieuses, encore moins les frontières nationales. Surtout depuis que certains ont prétendu être laïcs et juifs sans y voir la moindre contradiction.

4. Il ne sera pas enfin un sursaut politique ou des compromis portés pas la lassitude viennent terminer un conflit dans l’insatisfaction générale. Ces solutions sont le plus souvent éphémères et il suffit de quelques jusqu’auboutistes insatisfaits pour souffler l’édifice politique comme un château de cartes.

Le sursaut ne sera ni moral, ni religieux, ni laïc, ni politique. Il s’agira plutôt d’un sursaut ou le savoir va jouer un rôle majeur. Un savoir qui va porter aussi bien sur le moral, le religieux, le laïc et le politique. Bref un savoir qui va exercer son talent sur les savoirs. Un savoir qui va porter sur la façon dont une collectivité aborde sa réalité, sur sa conception du monde en somme. Un savoir qui pourra comprendre les modifications les plus soudaines de conceptions du monde comme celles qui ont atteint les Juifs après l’Holocauste.

Des conceptions uniques et universelles

Chaque fois qu’on a voulu construire un état de type nationaliste, il a fallu se baser sur une conception du monde particulièrement propre à une religion particulière. Il lui faut cependant subir un certain nombre de transformations pour qu’elle parvienne à s’imposer aux commandes de l’état. Ces transformations ayant pour but de lui faire perdre son apparence religieuse pour ne garder que sa structure logique.

On a vu comment pour le nationalisme européen la mutation s’opère en deux étapes. La première consiste à éliminer les autres conceptions du monde c’est à dire les autres religions ou, au moins, à leur demander d’effacer tous leurs signes religieux apparents. Moyennant quoi le nationaliste européen pourra conserver ses signes religieux. Ceux-ci deviennent transparents du fait qu’ils ne sont plus comparés à d’autres signes religieux. Le nationaliste peut ainsi oublier sa religion tout en continuant de la pratiquer.

La deuxième étape consiste à éliminer les autres conceptions du monde à l’extérieur du territoire national dans leur environnement géographique pour se poser comme universelles. Ce qui est insupportable cette fois c’est la diversité géographique. Si, dans le premier temps le nationaliste veut oublier qu’il a une religion, dans le deuxième temps il veut oublier la concrétude de son être de chair, ses caractéristiques ethniques et raciales et ses limites géographiques. Il continue certes à être un être de chair marqué racialement et ethniquement mais parvient à l’oublier en s’installant dans une abstraction universaliste. L’élimination des autres conceptions du monde hors frontières lui permet de n’être qu’un être parmi tant d’autres qui s’approche on ne peut plus de la pureté du chiffre un. Il conquiert tout ce qui peut être conquis dans son environnement géographique pour couvrir d’un voile pudique ces impertinentes différences.

Géographies des universalités

Il y a l’universalité dont l’espace géographique était continental. On pense à Napoléon ou à Hitler. Il y a eu aussi les universalités de type océanique exercées par des pays qui n’avaient pas d’inscription géographique continentale. On peut penser à l’Espagne, le Portugal, la Belgique, les Pays-Bas, l’Angleterre et le Japon. Ces dernières universalités ont été qualifiées de coloniales parce qu’elles allaient chercher très loin la négation de l’autre, faute de pouvoir le faire dans leur environnement immédiat.

Parmi ces universalités océaniques et coloniales, il en est une qui se démarque assez nettement dans sa technique de négation de l’autre. Au lieu de dominer l’autre directement comme l’ont fait les autres universalité, elle pratique la mise à l’égalité inter communautaire. Il s’agit de l’universalité anglo-saxonne qui a pris son envol ave l’empire britannique puis, avec le déclin de ce dernier, l’Empire Américain.

Égaliser pour régner

L’universalité anglo-saxonne dès qu’elle domine une population donnée, désigne à l’intérieur de cette population les différentes religions ou les différentes ethnies. Elle formule ensuite l’idée, qui n’était jamais venue à personne dans cette population, selon laquelle les différentes religions ou ethnies devraient être égales entre elles. Cette seule idée d’égalité inter communautaire bouleverse totalement l’équilibre communautaire et provoque des guerres endémiques qui peuvent durer des décennies.

En effet, avant cette intervention de l’universalité anglo-saxonne, les différentes ethnies vivaient à l’intérieur d’elles-mêmes et ne songeaient que rarement à se différencier de l’ethnie voisine et encore moins à se mesurer entre elles. La notion d’égalité les sort de leur intériorité et les force à se mesurer l’une à l’autre de façon incessante. À chaque instant de leur vie, le soupçon s’installe dans leur esprit que l’égalité a été rompue au profit du voisin et qu’il faut se mobiliser contre l’usurpateur qui les prive de leur droit à l’égalité.

Si bien que chacune de ces communautés qui vivait autrefois à l’intérieur d’elle-même dans un rapport mystique avec son dieu ou ses ancêtres est tout à coup dépossédée d’elle-même et obligée de migrer vers l’image qu’elle projette face au monde extérieur. Chaque communauté n’est plus alors que l’image d’elle-même et finit par habiter sa peau au lieu d’habiter son corps.

La main invisible

Pendant ce temps, l’universalité anglo-saxonne, qui tient les rênes du processus, tire tout le bénéfice possible de sa position dominante tout en bénéficiant d’un statut d’invisibilité et de discrétion qui la met à l’abri des vicissitudes. Elle n’a absolument pas besoin d’exercer directement sa domination la plupart du temps. Il lui suffit de rallumer ou d’éteindre les feux entre les communautés si promptes à s’enflammer.

Il s’en suit que la communauté anglo-saxonne finit par être la seule communauté à ne pas avoir de contours dans la mesure où elle n’a nul besoin de se mesurer à une autre communauté. Elle peut dès lors vivre à l’intérieur d’elle-même sans se préoccuper de son image. Et comme, par ailleurs, elle peut gérer de loin et à sa guise des tas d’événements dans le monde sans avoir l’air d’y toucher directement, comme elle sert de modèle presque désincarné aux autres communautés qu’elle domine elle en acquiert un caractère unique et abstrait comparable à celui de la reine.

Les différentes universalités continentales ou océaniques ont toutes subi un déclin important et plus particulièrement l’universalité laïque française qui continue régulièrement à perdre des plumes au profit de l’universalité américaine. Seule cette dernière associée à l’universalité britannique continue de connaître une expansion phénoménale.

La double tutelle et son déclin

Le meilleur exemple en est l’acharnement des anglo-saxons sur l’Irak. Le principal reproche qu’on pouvait faire à Saddam Hussein était ses liens avec la France et son obstination à maintenir le cap de la laïcité. Avec le déclin de plus en plus prononcé de la laïcité, les Anglo-Saxons se sont sentis autorisés à détruire Saddam dans la perspective d’y jouer le jeu de la mise à l’égalité confessionnelle et à créer ainsi un conflit endémique qu’ils pourront manipuler à loisir et étendre éventuellement à toute la région. L’opposition de la France est essentiellement due au fait qu’elle perdait un allié sûr professant la même forme étatique qu’elle : la laïcité.

Au début du XX siècle, à la chute de l’Empire Ottoman le Moyen-Orient se trouvait dans une situation de grande homogénéité à dominante sunnite. Les seuls potentiels de conflit qu’il était possible d’attiser se trouvaient au Liban ce qui leur donnait une portée plutôt restreinte.

Les Juifs immigraient déjà en Palestine depuis le XIX siècle à titre individuel. Les Anglais y ont vu un potentiel de conflit à attiser. La déclaration Balfour vint donner une ampleur politique à un phénomène purement communautaire. Les Juifs étaient aussi promus égaux des Arabes et le germe de l’interminable conflit était ainsi planté.

Curieusement cependant l’Angleterre n’était pas seule sur les rangs. La France elle aussi a voulu imprimer son universalité en concurrence avec celle des Anglais. Effectivement le régime politique de l’état d’Israël depuis 1948 jusqu’aux accords d’Oslo ou jusqu’à l’assassinat de Rabin fut celui d’un état laïc à la française. Très largement encouragé d’ailleurs par la France qui lui a offert en prime la bombe atomique. Idem du coté palestinien, le mouvement de la Résistance palestinienne ainsi que l’Autorité palestinienne à laquelle il a donné naissance étaient des organisations laïques extrêmement cohérentes.

La double tutelle française et anglo-saxonne est désormais révolue. La domination anglo-américaine l’emporte largement et parvient à imprimer au Moyen-Orient ce caractère conflictuel ethnico-religieux avec un succès grandissant. Tous les groupes religieux du Moyen-Orient sont ainsi piégés dans un conflit endémique avec un groupe voisin autour de la question de l’égalité. Ils ont ainsi l’impression de défendre l’authenticité de leur être alors qu’en réalité ils habitent hors d’eux-mêmes dans un espace imaginaire circonscrit par le regard de ce voisin qu’ils jalousent. Dans cette lutte contre le voisin-rival, ils ne sont que les marionnettes du système néo-colonial qui prospère en toute quiétude dans les coulisses.

Le triage nationaliste

Chacune de ces communautés ne se sent plus capable de retrouver son intériorité originelle et, pour la plupart, ont totalement oublié que c’était une chose possible qui avait, du reste, déjà existé dans le passé. La polarisation par l’égalité avec le voisin rival reporte toute l’attention sur la frontière extérieure et oblitère jusqu’au souvenir de la situation passée où toute la tension était intérieure.

Le nationalisme a fait croire dans un long travail de sape qu’il était impossible de faire coexister plusieurs religions, plusieurs ethnies à la fois dans un même état. Il a réussi dans une certaine mesure à opérer un triage planétaire des ethnies et des religions de manière à ce que chaque ethnie et chaque religion ait son espace politique indépendant et rival des autres.

Que plusieurs ethnies ou religions puissent coexister et se partager le même espace d’expression politique est devenu totalement invraisemblable. Pourtant il y a soixante ans ou cent ans, une bonne partie du monde était gouvernée de cette façon. Il a fallu deux guerres mondiales, plusieurs génocides et la purification ethnique provoquée par le sionisme pour que ce fait devienne impossible.

C’étaient les grands empires qui assuraient la gestion des mosaïques ethniques et religieuses. L’empire Russe, Austro-Hongrois, Ottoman étaient des pépinières de communautés diverses dont ils encadraient la prospérité de façon assez équilibrée. Les diverses communautés juives ont connu d’ailleurs beaucoup de prospérité dans le cadre de ces empires.

Un savoir du multi-communautaire

Il est difficile aujourd’hui de souhaiter le retour des empires, même s’ils présentent des avantages non négligeables. On les a tellement discrédités pour instaurer le nationalisme. Il est possible en revanche de créer un savoir du collectif qui puisse servir de cadre à la multiplicité ethnique et religieuse. Un savoir qui permette à chaque communauté d’avoir une vie intérieure tout en ménageant la possibilité de la multiplicité communautaire.

Un savoir comparable a été construit au niveau du psychisme individuel. Il autorise à l’intérieur d’une même entité psychique l’expression d’une multiplicité de pulsions sexuelles différentes en favorisant le fait qu’elles n’aient nullement à se gêner les unes les autres. Ce savoir est, bien sûr, la Psychanalyse que, soit dit en passant, un Juif a inventé dans le cadre éclairé de l’Empire Austro-Hongrois. Il y a un savoir comparable à créer sur le plan collectif qui autoriserait les diverses formes de gestion religieuses et ethniques de la sexualité et de la reproduction, de coexister dans un même cadre politique sans qu’elles soient boutées hors de leur intériorité.

Tout le monde est colonisé

En attendant l’émergence d’un tel savoir il faut se rendre à l’évidence que le nationalisme est en train de dévaster le Moyen-Orient comme il a dévasté l’Europe. Il faut se rendre à l’évidence que la domination coloniale est loin d’avoir pris fin. Après avoir été dominé conjointement par la France et l’Angleterre, le Moyen-Orient est désormais l’objet exclusif du colonialisme anglo-saxon exclusivement.

Ceux qui au Moyen-Orient s’imaginent être les acteurs de leur destin, ne sont en fait que des marionnettes dans un théâtre où ils ne contrôlent rien. Il ressemblent à des taureaux qui foncent sans discernement sur les chiffons rouges de la prétendue égalité inter communautaire. Israël, aussi puissant soit-il, n’est qu’un pays colonisé, au même titre que tous les pays du Moyen-Orient. Ce sont des pions du jeu colonial qu’on appelle aujourd’hui mondialisation. Pions que l’on déplace en agitant le chiffon rouge de la jalousie et de l’inégalité.

Les perspectives d’amélioration de la situation sont tout simplement inexistantes. À court et à moyen terme les choses ne font qu’empirer. Défendre chèrement sa peau face à l’ennemi ne fait qu’accroître la dépendance coloniale tout en donnant l’impression qu’on est acteur de son destin. Ce jeu n’a tout simplement pas de fin.