dimanche, mai 31, 2009

Week-end "Le Corbusier" à Pessac


De la route principale qui rejoint le centre-ville de Pessac, la troisième ville de l'agglomération bordelaise, on ne se doute de rien. Dans les années 1920, Le Corbusier y aurait réalisé une cinquantaine de maisons, à l'attention des classes modestes. Ce serait la première cité ouvrière et la seule composée d'habitations individuelles de la carrière de l'architecte.





Un panneau indique « Cité Frugès-Le Corbusier ». Ce premier nom évoque des souvenirs chez certains Bordelais : Henri Frugès était un riche industriel dans le secteur du sucre. Il aimait les arts - des artistes bordelais et parisiens travaillaient dans sa maison - mais n'avait pas les faveurs de la grande bourgeoisie bordelaise, qui snobait ce progressiste et n'appréciait guère sa conception de l'économie sociale.
« Pour l'époque, rendre heureux les ouvriers était une idée très subversive », confirme Carole Davenne, animatrice de la Maison municipale Le Corbusier, le seul logement de la cité ouvert au public. L'entrepreneur s'est enthousiasmé pour les idées novatrices de l'architecte. En 1924, il lui propose de concevoir une cité de 150 logements, de 70 à 100 m2 chacun, qu'il compte vendre à ses ouvriers. Les maisons, sur deux niveaux, sont ultramodernes pour l'époque : salle d'eau et douche, WC intérieurs, cuisinière, chaudière fournissant l'eau chaude et courante, calorifère pour l'air chaud, etc.
Plus de quatre-vingts ans plus tard, dans un cadre sans fard, entre une voie ferrée et sa barre d'HLM, un petit bois et des pavillons années 1970, émergent les « Quartiers modernes Frugès ». Le projet initial était plus ambitieux, mais seules une cinquantaine de maisons ont vu le jour dans la sueur et la douleur. Henri Frugès y a englouti une grande partie de sa fortune.
L'administration faisait la grimace. Les entrepreneurs locaux butaient sur les nouvelles techniques de construction souhaitées par Le Corbusier (canon à ciment, préfabrication...). Tout Bordeaux critiquait ce « rigolarium Frugès (...), construit avec les morceaux de sucre de l'épicier ».
MAISONS « ZIGZAG »
Deux maisons dites « zigzag » sont les figures de proue de cet ensemble d'environ 2 hectares. Dans leur alignement, les « jumelles » ferment la composition de l'îlot. A chaque nom, un style architectural différent : le Gratte-Ciel, l'emblème du quartier, domine toutes les autres ; l'Arcade offre un patio couvert donnant sur le bois, sorte d'oeil ouvert sur la nature. En face, dans un angle, la Vrinat, du nom du directeur des travaux de l'époque, est la maison se rapprochant le plus des cinq points de l'architecture de Le Corbusier : pilotis, toit-terrasse, plan libre, façade libre et fenêtres en longueur.


Longtemps surnommé le « quartier des Marocains » à cause des terrasses, les habitants ont transformé l'extérieur - plus rarement l'intérieur - à leur goût, selon leurs moyens, les contraintes de construction et les altérations du temps. Jusqu'au début des années 1980, on était plus proche du bidonville que du quartier branché.


Depuis, le site est protégé, et les restaurations sont surveillées de près. Le tout forme un patchwork étonnant. Grâce à l'investissement d'un habitant passionné, une maison Arcade est même classée monument historique. Les trottoirs et lampadaires sont d'époque, et la plupart des murs ont retrouvé leurs couleurs d'origine : terre de Sienne, vert pâle, blanc, bleu outremer, terre d'ombre brûlée. Au fil du temps, la Cité devient plus homogène. L'esprit de Le Corbusier peut courir à nouveau sur les toits-terrasses.

2 commentaires:

michel.caire a dit…

voir les commentaires du texte publié le mercredi, août 15, 2007
et intitulé : le cimetière des fous

est-ce tellement difficile de citer la source quand on copie (sans accord de l'auteur, bien sûr)

vous avez dit "éthique"!!!???

Anonyme a dit…

http://psychanalyse.blogspot.com/2007/08/le-cimetire-des-fous.html
éthique? éthique???